Par Anouar Rouchi
Djamel, dit « l’horloger » est journaliste au tout nouveau périodique satirique « le midi à 14 heures ». Après l’éclipse annulaire enregistrée le 3 octobre dernier, il s’est dit qu’il serait intéressant, histoire de sortir des sentiers battus, de susciter les commentaires des leaders politiques à ce sujet. Une seule question, la même, est posée par télécopie à l’ensemble des chefs de partis : « Quel commentaire vous inspire l’éclipse annualire ? »Si certains n’ont pas daigné le faire, croyant sans doute à un canular, d’autres y ont répondu volontiers. Lecture. Belkhadem (FLN) : En tant que parti majoritaire, nous considérons que cette rencontre entre le soleil et la lune, quatre jours seulement après l’adoption massive par le peuple algérien de la charte pour la paix et la réconciliation nationale est un signe, on ne peut plus clair, du Tout-Puissant. Avant même le conseil constitutionnel, Dieu a approuvé. Ouyahia (RND) : Au Rassemblement national démocratique, nous ne sommes pas spécialement férus d’astronomie, pas plus que nous ne sommes superstitieux. Nous notons néanmoins que les éléments continuent à être favorables au gouvernement puisque le temps particulièrement couvert durant toute la durée de l’éclipse nous a épargné l’importation de millions de lunettes spéciales. C’est autant de devises économisées. Aboudjerra (MSP) : Tout ce qui vient d’Allah, nous l’acceptons et le saluons. Bouteflika, comme l’éclipse, sont des dons de Dieu. Nous les acceptons et les soutenons. Djaballah (MRN) : L’éclipse aurait été beaucoup plus intéressante si les astronomes et autres scientifiques n’en avaient pas percé le mystère. Cela aurait été tellement beau de voir tout le monde, vert de peur, se mettre à prier. Louiza (PT) : Une éclipse à 97 %, c’est comme un dialogue sans le FIS. J’ai toujours revendiqué une solution globale et un dialogue sans exclusive. J’aurais aimé une éclipse totale. Aussi n’ai-je qu’un intérêt mitigé pour ce phénomène surmédiatisé. Abassi (ex-FIS) : En matière d’impact sur la foi des Algériens, le coup de laser dans le ciel du stade du 5-Juillet a été nettement plus efficace. Aït-Ahmed (FFS) : J’ai effectivement entendu parler de cette éclipse annulaire. Mais, franchement, à partir de Lausanne, je n’ai rien vu. Néanmoins, je ne vous cacherai pas que les éclipses, aussi spectaculaires soient-elles, ne sont pas ma tasse de thé. La seule éclipse qui vaille à mes yeux est celle que j’attends depuis 1963 : l’éclipse définitive du régime autoritaire d’Alger ! Elle a bien failli avoir lieu en 1992, mais… Sadi (RCD) : Je suis curieux de tout et c’est sans doute à cela que je dois d’être particulièrement intelligent. Je vous jure que pour ne rien perdre du spectacle, je me suis fait livré plusieurs paires de lunettes spéciales de chez Aflelou. Après quoi je me suis rendu au village de Takerboust où, en compagnie d’un militant du FFS auquel j’ai offert une paire des précieuses lunettes, nous avons ensemble scruté le ciel. Il faut dire que le mauvais temps a tout gâché. Mais mon expédition n’a pas été inutile car, je vous jure que c’est vrai, le militant du FFS m’a exprimé sa sympathie. Benyounès (UDR) : Avec le tapage médiatique qui a précédé l’éclipse, nous nous attendions à un spectacle exceptionnel. Il n’en a rien été. En fait, c’est une éclipse taïwan. Je vous disais bien que la contrefaçon et le trabendo ont atteint des proportions inacceptables !
A. R.
(1) : Ne cherchez pas ce titre dans les kiosques, c’est de la pure invention.
