Par Si El Hachemi Assad/Directeur de la promotion culturelle au HCA
L’action du HCA s’inscrit dans la durée. Elle œuvre, conformément à ses missions, à pérenniser une manifestation culturelle dédiée exclusivement à l’édition amazighe, car il s’agit-là d’un domaine inscrit au registre de la réhabilitation de l’amazighité dans ses dimensions historiques, culturelles et civilisationnelles, et particulièrement la promotion de la langue en mettant à sa disposition les outils nécessaires à son épanouissement. La deuxième escale à Tubiret d’auteurs, d’éditeurs et d’institutions sous l’égide du Haut-Commissariat à l’amazighité dénote de l’intérêt qu’il faut porter à l’édition car c’est un des domaines les plus promoteurs de la langue et de la culture dans toute sa diversité. Organiser un salon du livre et du multimédia amazigh a certainement une grande signification sur les plans symbolique et civilisationnel. D’autant plus que cela coïncide avec des questionnements en rapport avec l’officialité de tamazight, de la consolidation de l’identité nationale et de la réconciliation des Algériens avec leur histoire. Il s’agit-là d’un pas qualitatif et d’un effort institutionnel qui honore l’Algérie. La prise en charge de l’amazighité par l’Etat doit se traduire aujourd’hui par des actes concrets, liés à la production de tout les supports, livres et multimédias et autres supports du septième art. L’acte politique doit alors, venir en appoint pour anéantir les cercles d’exclusion et rectifier ce préjudice de l’Histoire. Le Salon du livre et du multimédia amazigh de Bouira est une manifestation culturelle singulière, car elle réunit chaque année de nombreux auteurs, éditeurs et promoteurs du livre et du multimédia d’expression amazighe qui, jusque-là, ne peuvent ni se rencontrer ou carrément faire prévaloir leurs expériences. Il est vrai que les efforts consentis, jusque-là sont éparpillés et la dislocation dans ce domaine est hélas une réalité et que la production demeure timide, voire insignifiante. Pour ces raisons, il est urgent de poser les premiers jalons d’un édifice dans lequel se reconnaissent tous ceux et celles qui ont fait, dans la plupart des cas par leur moyens propres, de tamazight une langue de support, écrite et diffusée.
L’effort éditorial du HCA et son action pour pérenniser cette rencontre :Si la première édition qui s’est tenue à Bouira du 27 au 29 avril 2004 a bien servi pour faire l’état des lieux et de capitaliser les efforts de deux générations de militants de tamazight, elle a aussi ouvert la voie de pérenniser ce rendez-vous culturel en l’érigeant au rang de salon. La wilaya de Bouira mérite bien un label, car elle demeure un vivier inestimable du patrimoine matériel et immatériel amazigh et ce, depuis les temps les plus reculés. Pour ce faire, le HCA fournit son dispositif structurel et organisationnel mis en place par un de ses départements techniques, en l’occurrence la Direction de la promotion culturelle. Celle-ci est chargée, entre autres, d’impulser et soutenir la promotion culturelle amazighe dans ses différents aspects, et aussi contribuer à la protection du patrimoine culturel amazigh. Le Haut-Commissariat à l’amazighité, malgré ses contraintes budgétaires, a fourni un effort appréciable dans ce domaine. En dépit d’autres problèmes liés à l’édition en tamazight, tels que les polices de caractères, les règles de transcription, l’imprimerie de qualité, l’encadrement de l’institution s’est mobilisé avec humilité et abnégation pour prendre en charge les travaux de saisie, de correction et de conception générale. C’est cet effort justement qui a permis à beaucoup d’auteurs de voir aujourd’hui leurs rêves enfin réalisés. Outre ses publications régulières comme la revue « Timmuzgha » et les différents actes de séminaires et colloques, il existe déjà trente-quatre (34) ouvrages édités sous le générique de la collection « Idlissen nnegh » initiée par la Direction de la promotion culturelle. Chaque titre est édité en 1 500 exemplaires avec un dépôt légal et un numéro d’ISBN. Le HCA, à travers son action, a certes posé les premières traverses, mais le rythme des travaux doit s’accentuer afin que le train puisse accélérer dans la progression vers l’égalité dans le soutien des fonds publics. Et cela ne peut se faire qu’avec l’implication d’autres institutions de l’Etat. Voici dans le détail les publications inscrites au registre de cette collection :1- « Lexique du corps humain » de Mohand Akli Hadadou, 20032- « Abane Ramadane : tamazight-français » de Khalfa Maâmeri, 20033- « Bu tqulhatin » de Omar Dahmoune, 20034- « Udan n’tegrest » de Slimane Zamouche, 20035- « Mmis n igellil » (Traduction du Fils du pauvre de Mouloud Feraoun) de Moussa Ould Taleb, 20046- « Tamacahutt n Basghar » de Nadia Ben Mouhoub, 20047- « Tighri n Umesdrar » de Ahmed Hamadouche, 20048- « Teghzi n viles », Abdelhafid Kerouche, 20049- « Akli ungif », Remdane Ouslimani 200410- « Idurar ireqmanen », Hocine Arbaoui 200411- « Lexique sciences de la terre », suivi d’un « Lexique animal » de Yidir Ahmed Zaïd et de Rabah Kahlouche; 200412-« Inigan : ammud isefra », de Slimane Zamouche, 200413-« Ageldun amectuh » (traduction du Petit Prince de St Exupéry) de Habib Allah Mansouri, 200414- « Lasel ittabae lasel-is », suivi de « Tafunest igujilen », de Saâdi Hacid et Khaled Farhouh, 200415- « Lunja », recueil de contes amazighs de Lhadi Bella, 200416- « Agerruj n teqbaylit : si tnaqqist gher tmacahutt » de Djamel Himri, 200417- « Recueil de prénoms amazighe » de Mohand Akli Hadadou, 200418- « Acu igh-d-nnan ger yetran » de Halima Aït Toudert, 200419- « Taqbaylit ass s wass » de Youcef Merahi, 200520- « Angal n Webrid » (Code de la route) de Ali Khalfa, 200521- « Si tinfusin n umadal, trad, chaoui de Tolstoï » de Tayeb Djellal, 200522- « Tikli : ammud n tullizin » de Mourad Zimu, 200523- « Fadhma n Sumer » de Yahia Aït Yahiatène, 200524- « Hmed n ugellid » de Ali Makour, 200525- « Merwas di lberdj n yitig » de Abdellah Haman, 200526- « Awal ghef awal » de Slimane Belharet, 200527- « Afus sseg-m » de Madjid Si Mohammedi, 200528- « Tibhirt imedyazen » Collectif, 2005Certes le ministère de la Culture a donné de nombreuses preuves de son engagement et lancé des initiatives ponctuelles qui méritent d’être louées. Mais la mise en œuvre d’un plan d’action passe d’abord par l’affirmation d’une vision d’ensemble assortie d’objectifs d’échéances et d’évaluations de résultats.
Quelques objectifs assignés à cette rencontre annuelleLes objectifs assignés à ce Salon du livre et du multimédia amazigh peuvent être résumés comme suit :- Inscrire ce rendez-vous annuel dans le calendrier officiel des manifestations culturelles de l’Etat. – Donner à ce Salon du livre et du multimédia amazigh une dimension maghrébine à partir de sa troisième édition. – Faire découvrir la nouvelle production livresque en tamazight et sur tamazight- Sensibiliser davantage le grand public au métier du livre et à la passion de la lecture, et ce, à travers un travail de proximité par le moyen de bibliobus. – Déterminer les problèmes que rencontre le monde de l’édition amazighe et tenter de leur trouver des solutions. – Etablir le contact avec les quatre principaux maillons de la chaîne documentaire : auteur/producteur, éditeur/imprimeur, diffuseur (librairie ou bibliothécaire) et enfin le lecteurAutres mesures hautement significatives, c’est d’œuvrer dans le sens de la cohésion nationale. C’est dans ce sillage que le HCA et la BNA annoncent la création un prix de traduction. Ce prix couronne en alternance une traduction vers le tamazight de livre de langue arabe puis l’année suivante, une traduction vers l’arabe d’un livre de langue amazigh. Le HCA est particulièrement heureux de s’associer à un prix qui souligne l’excellence de la traduction vers le tamazight ou l’arabe, car cet art permet de rendre accessible aux membres de l’une des deux grandes communautés linguistiques ce que l’autre a de mieux à offrir en fait de production littéraire, ce qui contribue à jeter des ponts entre les deux communautés en favorisant une meilleure compréhension mutuelle. C’est en un mot donner du crédit aux efforts consentis par le président de la République. Au terme de cette deuxième édition, il a été dégagé des recommandations susceptibles d’être prises en charge directement par le HCA et d’autres sont à soumettre à ses partenaires, car c’est principalement avec l’implication des institutions que le saut qualitatif et quantitatif se fera certainement. 1- Institutionnalisation du Salon du livre et du multimédia amazighs de Bouira comme manifestation culturelle à inscrire dans le calendrier officiel des rencontres subventionnées par l’Etat. Celle-ci prendra une dimension maghrébine dès la prochaine édition. 2- Renforcer la prise en charge par les moyens de l’Etat de l’édition du livre et du multimédia amazighs avec l’implication du réseau institutionnel chargé de ce secteur : HCA, ministère de la Culture, ANEP, ENAG, OPU, INRE, etc3- Institution d’un prix de la lecture en tamazight dans les établissements de l’éducaion nationale, de l’enseignement supérieur et de la formation professionnelle4-Encouragement de l’initiative des participants aux deux éditons du Salon du livre pour la création de l’Union algérienne des écrivains d’expression amazighe5- Encourager les formules de jumelage dans le cadre de partenariats culturels nationaux et internationaux pour des projets de « résidence d’écriture » au profit des auteurs émergeants.
