Les vers de La Fontaine

l Les éditions « l’Odyssée » de Tizi Ouzou viennent de mettre sur le marché un nouveau livre intéressant sur la poésie kabyle. L’ouvrage, composé de 250 pages, a été réalisé par Boualem Rabia, un nom connu dans les milieux de la production littéraire berbère. Boualem Rabia est, entre autres, l’auteur des textes en tamazight du scénario du film « Mohand U M’hand, l’insoumis », réalisé par Rachid Ben Allal et Lyazid Khodja. En écrivant ce livre, Boualem Rabia a choisi donc de déterrer d’anciens poèmes kabyles, gardés et sauvegardés par la mémoire collective. Ces poèmes précieux auraient pu se perdre avec le temps. Et le réflexe de Rabia est à saluer surtout qu’il a accompagné tous les vers de traduction, réussis en langue française. Quand on sait l’importance que revêt la poésie dans le patrimoine kabyle, on ne peut que se réjouir de la parution d’un tel livre, que d’ores et déjà les bibliothèques, des universités et des lycées se doivent d’acheter afin de le mettre à la disposition des étudiants dans les branches amazighes. En guise d’exorde à son ouvrage, Boualem Rabia fait sienne cette citation de Jean El Mouhoub Amrouche dans « Chants berbères de kabylie » : « Toute poésie est avant tout une voix. Et celle-ci plus particulièrement. Elle est un appel qui retentit longuement dans la nuit, et qui entraîne peu à peu l’esprit vers une source cachée, en ce point du désert de l’âme où, ayant tout perdu, du même coup on a tout retrouvé. Poésie intérieure, qui tend au silence, mais un silence, peuplé de mille voix sans timbre, les voix des devenirs qui s’achèvent dans l’être vivant que nous sommes en l’instant précis où nous nous éprouvons comme un être unique et prédestiné dans la chaîne des êtres ». L’ouvrage de Boualem Rabia s’ouvre sur une introduction dans laquelle il est rappelé que ce recueil de poésies n’est que la trace rudimentaires et posthume de tout une kyrielle d’aédes, de poètes « très souvent anonymes », dont la magie, cette voix qui ne s’est jamais vraiment tue depuis l’orée des temps que Kateb Yacine a solennellement baptisée : génie collectif, réveille et réfléchit l’âme et la vie de la société berbère de Kabylie en particulier, et de la société humaine en général ». Boualem Rabia semble très marqué par les travaux de Mouloud Mammeri sur la poésie amazighe. Il adopte d’ailleurs la même méthode que l’auteur des « Poèmes kabyles anciens ». C’est dire que son livre est d’abord présenté sous forme d’introduction au début suivi des textes originaux en langue tamazight avec bien évidement des traductions dans la langue de Molière. La première partie est consacrée aux poèmes sur l’amour (dans le style Izlan). La deuxième chapitre est réservé à des poèmes sur la vie. Par la suite on retrouve en page (167) des poèmes sur la mort, la religion et la guerre et enfin des poèmes divers attribués à Malous dit Si Ali Ou Smaïl de Hendou. Parmi les poèmes traduits pas Boualem Rabia, celui-ci prélevé au chapitre des poèmes d’amour : »Fille de lionne faite de grâcePour toi mon cœur est briséDepuis mon enfance tu hantes mes rêvesJe ne puis te souhaiter que des douceursJ’ai épuisé mes os et mon sangPlus que ma mère je t’ai entourée d’égardsMaintenant que tous saventTu détournes tes regards de moiEn exhibant tes plus belles parures de colombe ». Comme tient à le rappeler l’auteur, ce corpus de vers sent la vérité d’être, le feu de l’inspiration spontanée à la fois singulière et plurielle.

A. Mohellebi