Si l’avènement du Ramadhan n’a pas produit de hausse sensible à Bgayet et dans la vallée de la Soummam, il n’en est pas de même au Sahel où les prix ont subitement pris l’ascenseur. Du côté des régions est de la capitale des Hammadites, notamment à Tichy, Aokas, Souk El Tenine, Melbou, Darguina, Bordj Mira et Kherrata, ce début du mois de Ramadhan s’annonce, d’emblée, très inquiétant devant la hausse inexplicable des prix des légumes et de la viande. En effet, si les « affameurs » du peuple ne ratent aucune occasion pour se remplir les poches au détriment des bourses maigres déjà mises à rude épreuve. Le poulet, les fruits et légumes, les viandes et même les abats sont devenus en l’espace de deux journées, hors de prix ! Qui s’y frotte, s’y pique ! Bien que les étals soient partout bien achalandés, les mercuriales affichent une tendance « haussière » et donnent la chair de poule !Face à un boucher de Souk El Tenine, un père de famille affiche un air déçu. En parcourant le trajet séparant son village Laâlam du marché, il pensait trouver une certaine clémence en matière de tarification ici. « J’ai fuis l’enfer et je me suis trouvé nez-à-nez sur sa porte », nous dit-il et d’ajouter : « C’est kif-kif, les Kehl erras partout ! ». Père de six enfants, il ne sait plus où donner de la tête. « J’ai envie presque de pleurer quand il m’a annoncé le prix de la viande », nous déclare-t-il, l’air abattu. De toute manière, je n’ai pas d’autres choix que de m’acheter deux ailes de poulet pour donner un peu de saveur à ma chorba », nous lance-t-il. A Kherrata, au niveau du marché hebdomadaire, personne n’arrive à croire ses yeux ! Les prix ont pris l’ascenseur et les pauvres citoyens l’escalier. Pour Da Mohand, un sexagénaire, le Ramadhan n’est pas encore bien entamé qu’il se demande déjà comment gérer tout le mois et par quelle « astuce » tromper ses extravagantes exigences. Ce souci, quant il n’est pas expliqué à vive voix, il se lit sur son visage et sur les visages « blanchards » de tous les visiteurs de ce marché au deuxième jour de jeûne. Ils sont peu à s’en sortir satisfaits. « Avec ces prix aussi élevés pour des produits malheureusement indispensables, on se demande comment peut-on vivre tout le mois », nous disent les citoyens de la ville historique du 8-Mai 45.
La viande congelée au secours des citoyensFace à des prix particulièrement embrasées de la viande, sachant que le kilo de veau revient à 560 DA, au moins, et celui de l’agneau à 650 DA, beaucoup de citoyens sont contraints de recourir à la viande congelée. « On sait pertinemment qu’elle ne peut pas remplacer la viande fraîche, mais que voulez-vous qu’on fasse ? », nous disent ceux qui ont opté pour cette « ruse » de moitié environ moins cher. « Pour la chorba, j’ai préféré m’approvisionner en viande fraîche mais pour le reste, j’ai opté pour le congelé… et encore ! », confesse une vieille dame que nous avons rencontrée, alors qu’un jeune père de famille préfère, quant à lui, s’en abstenir : « Je n’ai pas les moyens de me payer un kilo bien frais, mais je ne recourerai jamais au congelé, à présent, je préfère m’acheter un poulet, c’est plus savoureux ». Les vendeurs de volaille, eux, subissent le diktat des gérants grossistes qui ont décidé d’élever les coûts de 160 DA à 220 DA le kilo de poulet. Devant un étal de légumes à Aokas, un père de famille s’approvisionne en pomme de terre, dont le prix a augmenté, voire doublé au 2e jour du Ramadhan car de 15 DA, le kilo de ce légume entrant dans la majorité des préparations culinaires de chez nous, est passé à 40 DA, les courgettes, boudées par un grand nombre de consommateurs, ce légume oscille entre 60 et 80 DA, selon le choix. L’oignon, réputé pour n’être pas cher, est passé de 20 à 35 DA le kilo. D’autres produits saisonniers ont connu une flambée vertigineuse, à l’exemple de la tomate vendue à 80 DA, les haricots passent de 50 à 90 DA le kilo. Devant les hésitations des acheteurs, le vendeur tente tant bien que mal de se « disculper ». « Nous sommes innocents ! Nous ne faisons que réagir aux spéculations des grossistes », explique un marchand de légumes. Du côté des ingrédients propres à ce mois, à l’image des fruits secs, la situation n’est plus encourageante si bien qu’elle demeure un luxe pour beaucoup. Avec des tarifs oscillant entre 100 et 200 DA pour les raisins, la banane, les pommes, les marchands de la « zalabia » dictent leur loi, notamment au niveau de la coquette station balnéaire Melbou, où ce commerce bat son plein et tant mieux pour les enfants pendant ce mois censé vraiment être celui de la « rahma » ? Au fait, qui est habilité à contrôler ces spéculateurs, véritables faiseurs de misères ?
Rabah Zerrouk
