Berger, fils de berger

«Amachahou rebbi ats iselhou Ats ighzif anechth ousarou» (Ecoutez, que je vous conte une histoire, Dieu fasse qu’elle soit belle, longue et se déroule comme un long fil). Généralement, le chacal est l’ennemi juré du berger, mais dans le conte du terroir qui va suivre, c’est le contraire qui se produit. Suivez-nous et vous saurez pourquoi ! Cette histoire s’est passée à l’époque où les animaux avaient le don de la parole et communiquaient avec les humains. A cette période, il advint une fois qu’un jeune garçon âgé d’une douzaine d’années, orphelin de père et de mère, est employé comme berger chez un chevillard, qui possède beaucoup de moutons. Lui ayant confié la garde d’un troupeau, le jeune garçon s’acquitte de sa tâche sans incident jusqu’au jour où les ennuis commencent pour lui. Un matin, de bonne heure, il est sollicité par un chacal affamé, qui lui demande un agneau à croquer. Le berger refuse dans un premier temps mais vu l’insistance du chacal qui le supplie, il finit par céder. Le soir, en rentrant le troupeau dans la bergerie, le jeune berger ne dit rien au propriétaire terrien. Manque de pot pour lui, il se place devant la porte d’entrée et se met à compter les bêtes une par une et s’aperçoit du manque d’un agneau. Il lui demande ce qu’il est advenu de lui. Pour se défendre, il lui dit que le chacal s’en est emparé. Le propriétaire fait la moue. Le lendemain, la même chose se reproduit, et les jours suivants aussi. Exaspéré, le propriétaire sermonne et bat le jeune berger. Quand le chacal le sollicite de nouveau comme à l’accoutumée, le berger refuse de lui donner le moindre agnelet. Pour l’encourager à être généreux avec lui, il lui dit : – Continue à me donner, tu n’auras pas à le regretter, s’il te dit quoi que ce soit, viens me voir à cet endroit, j’ai des projets pour toi !Il lui remet un agneau. Le soir, en comptant ses bêtes et ayant constaté le manque d’un agneau, il chasse définitivement le jeune berger de chez lui. Le lendemain, à l’heure où il est habitué à sortir le troupeau, il se rend aux champs seul. Assis au pied d’un frêne, il se met à pleurer comme une source pleine d’eau. Quand le chacal vient le voir, le jeune berger lui dit :- Ay ouchen thekhlidh iyi Amâlem ih’aouziyi ! (Chacal tu m’as ruiné, mon maître m’a chassé !)- Ne t’en fais pas mon ami, le monde est vaste, il ne faut pas désespérer. En ma compagnie, tu auras une meilleure vie !Rassuré quelque peu, il le suit partout. Au cours de leurs pérégrinations, ils sont amenés un jour à passer dans une contrée où des femmes étaient occupées à laver du linge dans un cours d’eau et à le mettre à sécher. Ils s’en emparent sans être vus et le vendent au marché. Le jour suivant, tenaillés par la faim, ils voient un paysan et son fils, qui, après avoir labouré, s’apprêtent à déjeuner. Pour faire diversion, le chacal passe près d’eux et se met à boiter. Croyant qu’ils pouvaient le tuer, les deux hommes armés de haches se précipitent sur lui, laissant le temps au jeune berger de s’emparer de leur déjeuner. Quand ils s’aperçoivent de la supercherie, leur repas s’est envolé. Voyant qu’ils ne pouvaient indéfiniment vivre de rapines sans se faire un jour ou l’autre attrapés, le chacal met à exécution une de ses idées. A l’aide d’un roseau coupé, il confectionne une flûte pour le berger. Tandis que le berger jouerait, lui danserait. De cette façon, ils gagneraient un peu d’argent pour se sustenter. Ils vont de ville en ville et donnent des spectacles sur les places publiques.

Benrejdal Lounes(A suivre)