Artiste difficile à décrire, mais douée, remplie d’énergie créative et aimant à transmettre la passion qui l’anime, elle est également ce que l’on appelle une préformée, une artiste peintre capable de créer une toile en quelques minutes, le temps d’un morceau de musique. Merci à l’artiste de nous avoir accordé cet entretien et pour l’amour de l’art qu’elle communique avec tant de fougue, il s’agit de Nadia Aït Hamouda, écoutons-la.
La Dépêche de Kabylie : Qui est Nadia Aït Hamouda ?
Nadia Aït Hamouda : Je suis une artiste peintre autodidacte, née en 1972 à Ighil Ouaântar dans la commune de M’Cisna. Épouse d’un enseignant et mère de quatre enfants. J’ai choisi la peinture comme moyen d’expression, mais aussi pour sublimer la culture berbère.
Voulez-vous nous évoquer votre style, madame ?
J’ai essayé tous les styles pour enfin me retrouver dans l’abstrait et le contemporain, là où il y a plus de liberté de mouvement et d’expression.
Quelle est votre technique picturale ?
Huile sur toile avec pinceau. Je pense que c’est avec la peinture à l’huile qu’on arrive à transmettre plus d’émotion et de profondeur.
Le geste dans vos œuvres semble très important, est-ce vrai ?
C’est le geste qui donne la valeur au tableau et détermine sont mouvement. C’est avec le geste que l’artiste arrive à promouvoir sa perception particulière du monde et sa manière d’interpréter la vie et la réalité. De là l’importance de contrôler et d’harmoniser mes gestes pour avoir des tableaux constitutifs et surtout constructifs.
Vous avez reproduit, dans vos œuvres, des signes typiquement berbère, pourquoi cette fascination pour ce style ?
Je suis fascinée par la culture berbère, subjuguée par le signe qui raconte et évoque toute la somptuosité de notre civilisation. Pour toutes ces raisons, je ferais tout pour l’inculquer aux générations futures.
Lorsque vous commencez une toile, avez-vous une idée précise de l’aboutissement souhaité ?
Quand un sujet m’inspire, le tableau est immédiatement achevé et structuré dans ma tête, de ce fait, le tableau ce réalise par une simple extrapolation d’une image évanescente à une image réelle.
Vos toiles sont de différentes dimensions. Pourquoi vous n’avez pas de préférence pour un format particulier?
J’aime laisser libre cours à mes envies et à mes besoins du moment, pour choisir les dimensions et les formats qui conviennent aux sujets.
Qu’aimeriez-vous que les gens ressentent en contemplant vos œuvres ?
J’aimerais qu’ils ressentent de l’émerveillement et que je les transporte à travers mes couleurs pour les faire voyager dans les temps et c’est là le rêve de chaque artiste.
Vous avez commencé la peinture sur un coup de tête. Est-il facile pour un artiste autodidacte de s’immiscer dans ce monde de l’art ?
Van Gogh, l’autodidacte, a réussi à s’imposer dans le monde de l’art et à devenir l’un des peintres les plus connus au monde, cet exemple m’encourage énormément et me laisse beaucoup d’espoir, ce qui fait qu’à ce niveau le problème ne m’a jamais été posé au contraire, je suis libre comme un oiseau, loin des clichés préconçus et des carcans que les artistes professionnels acquiescent sur les bancs des écoles d’art.
Comment a commencé votre carrière ?
J’ai toujours aimé dessiner, dès mon jeune âge. Je me souviens comme aujourd’hui, quand mon instituteur a fait le tour de l’école pour montrer aux élèves et aux instituteurs mes deux marguerites jaunes que j’ai dessinées sur mon cahier de classe. Certains diront que c’est arrivé à plus d’un, mais ça n’a rien décidé pour eux dans ce domaine, certes il y a une certaine vérité à ce propos, mais s’agissant de moi, c’est à partir de là que ma carrière a pris naissance. Et quoique nos us et coutumes ne nous offrent pas la possibilité de nous émanciper dans ce domaine, cela ne m’a pas empêchée de me frayer un chemin avec des moyens de fortune. Et c’est en l’an 2000 que mon vœu s’est réalisé là où j’ai commencé à exposer mes œuvres en participant à différentes manifestations culturelles, lesquelles m’ont permis de recevoir des prix et des honneurs.
Quels sont les artistes peintres qui vous inspirent ?
Issiakhem m’intimide avec les émotions qu’il transmet à travers ses thèmes et ses couleurs. Picasso m’impressionne avec son cubisme et sont talent hors du commun… et tant d’autres aussi, mais je m’inspire beaucoup plus de la cause féminine, de la femme, victime de toutes les crises que le monde depuis le commencement.
Y a-t-il une certaine filiation avec le peintre Issiakhem ? Qu’en pensez-vous ?
On me l’a dit à plusieurs reprises, mais j’avoue que je n’ai jamais essayé de reproduire les traits de ses œuvres, à aucun moment. Je dirais tout simplement que ça arrive à deux artistes de se croiser pour composer une même note, sans qu’ils fassent de calculs, mais c’est juste une soumission à l’art proprement dit.
A votre avis, les artistes ont-ils un rôle spécifique dans la société d’aujourd’hui ?
Plus que jamais notre société a besoin d’artistes. Leur rôle, en vérité n’est pas d’embellir et d’égayer la vie fade de notre société mais de jouer leur vrai rôle, celui de précurseur de l’avenir et d’être le pont qui lie le passé avec cet avenir tout on cristallisant le présent et, surtout, de s’intéresser à l’élément le plus essentiel qu’est l’enfant. Apprenons leurs à s’exprimer par des dessins et de la peinture dès leur prime enfance, avant l’écriture et la lecture, c’est très important du côté psychologique et j’espère que les psychologues me rejoindront sur cette idée. D’ailleurs, mon souhait est de créer, un jour, une école de dessin pour enfants, pour leur inculquer les vraies valeurs esthétiques et quand ils grandiront, ils auront un esprit délesté de haine et de violence.
Qu’en est-il exactement de l’histoire du portrait de cheikh Aheddad dont vous revendiquer la paternité ?
C’est exact, je l’ai réalisé en 1996, histoire de mettre un visage sur une légende dont on parlait, chantait et racontait de belles histoires. De plus, j’étais inspirée par le personnage et ça a donné ce que ça a donné. J’ai eu les encouragements de tout le monde, des autorités, de sa famille, des citoyens et des médias, d’ailleurs, le portrait figure sur beaucoup de supports relatifs à l’histoire de cheikh Aheddad, de films documentaires et j’en passe. C’est un honneur pour moi et je mérite cet honneur, et comme dit le dicton : « à tout seigneur tout honneur ». Malheureusement, excepté la reconnaissance verbale, je n’ai rien reçu en retour, en tant qu’artiste. Aucun de mes droits ne m’a été attribué que ce soit moral ou financier, pire encore, lors d’un évènement en hommage à cheikh Aheddad, on a commandé à un autre peintre, la reproduction du portrait que j’ai dessiné moi-même. Croyez-moi, j’ai été offusquée par cet acte auquel je ne trouve pas de qualificatif.
Madame, où pouvons-nous vous découvrir prochainement ?
Bientôt, Inchallah, dans une exposition individuelle.
Un dernier mot.
Je remercie votre journal de m’avoir permis de m’exprimer, je vous fais une révélation, La Dépêche de Kabylie compte beaucoup dans notre vie, elle est au même titre que la JSK d’antant.
Tahar Bouallak

