Entre le cultuel, le culturel et le social

Profitant de l’éclaircie du jour, un temps rare en ce début de mois de mars plutôt maussade, nous avons préféré se rendre à pied vers cette zaouia de Sidi Ali Moussa qui se trouvait à 2 km environ au bas de ce chef-lieu communal. La «descente» était raide, mais la splendeur des paysages et des décors qui ornaient cette contrée sud de la wilaya de Tizi Ouzou avec en face cet imposant Djurdjura en blanc, nous faisait oublier la notion de distance et de l’inconfort. Il fallait réellement faire ce «Pèlerinage» à la zaouia. Et un pèlerinage, mieux vaut le faire en randonnée pédestre. Le rendez-vous, avec le président de l’association de la zaouia, M. Mecheout Nordine, étant déjà pris. Au téléphone, il nous informait qu’il nous attendait. Sur ce chemin qui descendait, nous croisâmes des villageois qui eux montaient, et nous scrutaient en devinant sans doute notre destination qui est quasiment celle de tout étranger se rendant dans les parages : la sacrée zaouia de Sidi Ali Moussa. Un grand panneau sur la devanture d’une vaste cour nous fait comprendre que nous y sommes arrivés. A proximité, se trouve un kiosque multiservice appartenant à une jeune fille handicapée. Plus tard, nous apprimes que c’est grâce à la zaouia que ce KMS a été «arraché».

Zaouia : Un lieu de bienveillance et d’hospitalitéNous fûmes donc reçus par M. Mecheout et des membres de la «loudjna», qui étaient ravis de la visite d’un correspondant de presse. Des étudiants de la zaouia, qu’on appelle tendrement ici les «tolbas», assis en face avec des ardoises en main, nous firent un signe de bienvenue. «Ils sont une vingtaine, encadrés par un imam et un enseignant de Coran», nous dira le président de l’association. En fait, la zaouia compte également un agent de service, un gardien et un cuisinier. A une question relative à la prise en charge de tout ce personnel, nous qui avons cru qu’il était rénuméré par les affaires religieuses, M. Mecheout appuyé par Si El Hadj Ali Ousadek, diront en substance : «Nous gérons tout cela grâce aux offrandes et aux dons», avant que le premier rajoute : «Nous saisissons d’ailleurs cette occasion pour rendre un grand hommage aux donateurs et à toute la population kabyle qui est très généreuse et musulmane, contrairement à ce que prétendent certains milieux… Et mettez cela dans votre reportage !»Les membres de la «loudjna» nous invitèrent aussi à effectuer le tour de cette sacrée institution. En fait, la zaouia compte en son sein deux mausolées. Celui de l’aïeul Sidi M’hamed Ben Youcef, descendant de Hocine Ben Ali Ben Abi Taleb et Fatma Zohra, fille du prophète. A sa proximité, le mausolée de Sidi Ali Moussa qui, lui, fut un disciple du premier, un cimetière est érigé à côté de ce monument. «Voilà où repose le père de Mme Khalida Toumi, la ministre de la Culture», nous a-t-on indiqué. En se recueillant sur ces lieux sacrés, notre attention fut attirée par ce grand coffre-fort en partie percé sans doute par une chignole. «Ce sont les terroristes !», nous ont affirmé nos interlocuteurs, qui ont deviné tout de suite notre interrogation.

La zaouia a participé à tous les combatsDurant cette dramatique décennie rouge, la zaouia de Sidi Ali Moussa a énormément subi. En fait, les islamistes du GIA et du GSPC se sont pris sauvagement à cette institution. «Ils nous ont pris un véhicule (404 bâchée), qu’ils ont chargé de tous les biens de la zaouia : la literie, les effets vestimentaires, les bonbonnes de gaz… », dira un membre de l’association. «Le véhicule a été incendié ensuite, en plus de la chaudière qu’ils ont complètement saccagé… ». En somme, la zaouia n’a pas été en reste durant cette tragique époque. Il convient de rappeler que toute la région a payé un lourd tribut en résistant à cette barbarie terroriste. Il mérite de rappeler aussi que la région a énormément donné pour le mouvement national et la révolution. «La zaouia servait de relais pour la révolution. Les offrandes et les dons, qui lui parvenaient, alimentaient en fait les maquis de l’ALN», dira un membre de l’association avant que M. Mecheout réplique : «La zaouia Rahmania était réputée par son hostilité aux colons… Vous savez que des citoyens de cette localité furent déportés en Syrie… il y a même un descendant qui était venu récemment… ». En somme, la zaouia fidèle à sa réputation de bienfaisance a contribué à tous les combats pour les causes justes. «Aujourd’hui, c’est celui de la lutte contre le sous-développement que nous menons», dira le président de l’association, M. Mecheout, qui nous a expliqué : «La vocation de la zaouia repose sur trois piliers fondamentaux : le culturel, le culturel et le socio-économie et on n’y peut en extraire aucun !» Poursuivant toujours notre conviviale avec tout le groupe de la «loudjna», nous fumes invités à rentrer dans cette «khaloua», une sorte de grotte où le cheikh se retirait pour se recueillir et probablement évoquer. «Nous comptons restaurer cette khaloua incessamment», précise notre interlocuteur. Ensuite, le tour est vite fait, les chambres des tolbas, la cour, la bibliothèque… une grande bibliothèque se trouve en fait dans la zaouia, elle a été financée par la CTB (Coopération technique belge), à hauteur de 95 millions de centimes. « Nous désirons l’enrichir avec le maximum d’ouvrages… », arbore un membre du comité (Loudjna).

Section de l’informatique et école ménagère : On a menti au ministre de la Formation professionnelle sur leur opérationnalitéM. Mecheout n’a pas pu cacher son indignation face au retard mis dans le lancement, dans le cadre de la formation professionnelle, d’une section informatique et d’une école ménagère : « La DFP a menti au ministère de la Formation professionnelle au sujet de l’oprationnalité de ces deux sections, c’est faux, elle ne sont pas encore lancées et le blocage se situe au niveau de la DFP, qui veut nous imposer tout. Il est hors de question pour nous de contribuer à former des chômeurs, nous voulons une section de techniciens en informatique et non d’opérateurs. Nous voulons une école ménagère et non-celle qui se résume uniquement à de la couture traditionnelle, à du folklore quoi ! », avant de nous signaler : « Vous savez, les installations électriques n’ont été effectuées que très récemment… »Soudain, deux filles arrivent et se joignent à nous. « Ça tombe bien ! », s’exclama M. Mecheout. Ils s’agit de deux conseillères de la formation professionnelle. « Dites à vos supérieurs hiérarchiques qu’il est hors de question que nous contribuerions à former des chômeurs ! », leur a-t-il signifié tout de go. « Nous connaissons la région et sa jeunesse, nous connaissons leurs désirs mieux que quiconque ».

Un grand projet en perspectiveUn long débat s’en est suivi ensuite entre les fonctionnaires de la formation professionnelle et les membres de l’association. Auparavant, le secrétaire national chargé de l’organique et de l’administration au sein de l’observatoire national des Zaouias, en l’occurrence, M. Mecheout s’est dit convaincu que s’agissant du blocage concernant le fait que l’annexe de Maâtkas ne soit pas encore un CFPA, nonobstant la décision de M. El Hadi Khaldi en visite dans la région, en 2004, d’ériger cet établissement en un centre, celui-ci ne peut se situer qu’au niveau de la DFP. « Le blocage est local ! », n’a cessé de marteler. « Et nous n’allons pas nous taire tant que cela n’est pas encore effectif », a-t-il rajouté. Une maquette portant sur un projet de la réalisation d’un gigantesque ensemble culturel a été réalisée avec soins et délicatesse. Il contiendra deux salles de prières, une pour les hommes et une autre pour les femmes, une salle audiovisuelle, une bibliothèque, une salle de rencontre…En tout état de cause, pour l’heure cet ambitieux projet reste du virtuel et tout le monde est impatient de le voir réalisé. Mais comptant sur le dynamisme de M. Mecheout et de l’amour qu’il porte pour la zaouia, tout porte à croire que cette infrastructure (un beau chef d’œuvre architectural) serait réalisé dans les meilleurs délais. Le long entretien que nous avons mené avec ce sympathique groupe devait prendre fin. On nous a invité à déjeuner. Nous avons décliné tendrement l’offre. Il était l’heure de « remonter » vers Souk El Tenine. Avant cela, des membres de l’association nous ont rapidement cité les personnalités qui ont tenu à rendre visite à la Zaouia.

« Mme Khalida Toumi, notre fierté »Parmi les personnalités qui ont rendu visite à la zaouia en plus donc de Mme Khalida Toumi, ministre de la Culture, qui elle, à vrai dire, vient chez elle et toujours en privé puisqu’elle en est originaire « Nous sommes fiers d’elle et du travail qu’elle accompli au sein de son département », disent orgueilleusement les membres de la « Loudjna », nous retrouvons donc les ministres de la Formation professionnelle, M. El Hadi Khaldi, des ressources en eau M. Abdelmalek Sellal, des Postes et Télécommunications, M. Amar Tou, du ministre iranien de la culture, et de plusieurs autres personnalités diplomatiques. Par ailleurs, s’agissant du soutien qu’a apporté la zaouia au Président de la République, M. Abdelaziz Bouteflika, lors des dernières élections présidentielles, M. Mecheout dira fort à propos : « Nous avons soutenu le programme, car nous estimons qu’il est de loin le meilleur. En plus c’est le seul qui a su reconsidérer les zaouias et leur rôle dans la société. Par conséquent, nous assumerons notre soutien qui est indéfectible et nous allons agir toujours dans le même sillage », avant d’étayer « nous ne devons pas oublier que les zaouias ont été, de par le passé, littéralement dilapidées sans que personne ne daigne lever le petit doigt… aujourd’hui, nous sommes fiers donc de notre soutien au Président de la République qui a redoré le blason des zaouias ».

Reportage réalisé par Idir Lounès