Retour sur une date historique !

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Charnière, l’est aussi cette date, qui a marqué l’aboutissement d’un long processus de libération du peuple algérien du joug colonial.

Elle se confond avec la signature des accords d’Evian, qui sont le fruit d’âpres négociations entre les représentants du Front de libération nationale et de la France. Ces accords ont mis fin officiellement à une colonisation qui aura duré 132 ans et, à la guèrre d’Algérie. Un espoir nommé indépendance et pour lequel 1 million et demi de chouhada sont tombés au champ d’honneur, tel est la symbolique des accords d’Evian signés dans la ville éponyme ( Suisse) coté algérien par Krim Belkacem et du coté français par Louis Joxe, accompagnés de leurs délégations respectives . Cette date référence dans l’Histoire de l’Algérie met en réalité fin à près de huit années de guerre entre la France et l’Algérie et ouvre la voie de l’indépendance pour le peuple algérien. Cependant, alors que le cessez-le-feu entré en vigueur le 19 mars à midi officialise la fin des combats contre les indépendantistes algériens, l’armée française et les forces de l’ordre continuent de se battre contre les commandos de l’Organisation Armée Secrète (OAS). Depuis l’échec du putsch des Généraux, l’organisation dirigée par le général en retraite Raoul Salan intensifie ses actions de guérilla urbaines afin de peser dans le maintien de l’Algérie française. Pris entre les feux d’une guerre civile et un règlement politique qui les dépasse, les Européens d’Algérie n’ont finalement d’autre choix que celui de s’exiler vers la métropole. Invisible physiquement, l’OAS apparaît pourtant sur les murs à travers les messages et les inscriptions que l’organisation souhaite transmettre à l’opinion publique, et les attentats commis contre les magasins ou les personnes. Ces images témoignent alors de la radicalisation de son action armée. C’est ensuite l’essoufflement du mouvement qui est figuré avec le démantèlement des caches d’armes qui laisse entrevoir les arsenaux dont disposaient alors les commandos de l’OAS.

La délégation du GPRA a montré de grandes aptitudes à négocier

Les accords d’Evian, ayant pour titre officiel : «Déclaration générale des deux délégations du 18 mars 1962», sont signés le 18 mars 1962 à Évian-les-Bains (Haute-Savoie, France) et se sont traduits immédiatement par un cessez-le-feu applicable sur tout le territoire algérien dès le lendemain. Ils ont été conclus après de longues et interminables négociations. L’histoire retiendra longtemps les noms des négociateurs algériens, Krim Belkacem, Saâd Dahlab, Benmostefa Benaouda dit Siamar, Lakhdar Bentobal, Taïeb Boulahrouf, Mohamed Seddik Ben Yahia, Seghir Mostefaï, Redha Malek, M’Hamed Yazid, Ahmed Boumendjel, Ahmed Francis. Ils avaient en face, une délégation constituée de Louis Joxe, Bernard Tricot, Roland Cadet, Yves Roland-Billecart, Claude Chayet, Bruno de Leusse, Vincent Labouret, Jean Simon (général), Hubert de Seguins Pazzis (lieutenant-colonel), Robert Buron, Jean de Broglie.Le texte des accords d’Evian, publié dans «Le Monde» du 20 mars 1962, se présente différemment de celui paru dans El Moudjahid du 19 mars 1962, notamment dans la dénomination des deux parties. Ainsi, le texte algérien porte la mention «Gouvernement provisoire de la République algérienne» (Gpra), alors que le texte français écrit «FLN». Le texte, stipule d’abord, dans son article premier, qu’il sera mis fin aux opérations militaires et à toute action armée sur l’ensemble du territoire algérien le 19 mars 1962, à 12 heures. Il est écrit, dans son article 2, que les deux parties s’engagent à interdire tout recours aux actes de violence collective et individuelle, et toute action clandestine et contraire à l’ordre public devra prendre fin. L’accord porte également, dans cette même partie, sur la période de transition jusqu’au référendum d’autodétermination, pour laquelle étaient mis en place un Exécutif provisoire et un Haut-commissaire représentant l’État français, la libération des prisonniers dans un délai de vingt jours et une mesure d’amnistie générale, ainsi que l’organisation d’un référendum d’autodétermination dans un délai minimum de trois mois et un maximum de six mois. Le document comporte, des clauses portant sur «l’organisation des pouvoirs publics pendant la période transitoire et des garanties de l’autodétermination». Ensuite, les «déclarations de principe, relatives à la solution d’indépendance de l’Algérie et de coopération entre la France et l’Algérie, qui seront soumises aux électeurs lors du scrutin d’autodétermination». En sus du règlement des litiges et les conséquences de l’autodétermination, les accords comportent, en outre, des dispositions relatives aux statuts de la minorité européenne d’Algérie, aux cas du Sahara et des bases militaires (Mers El-Kébir…) et aux essais nucléaires français. Ces accords portent aussi sur le règlement des questions militaires. Dans ce domaine, les accords stipulent, que si la solution d’indépendance de l’Algérie et de coopération entre l’Algérie et la France est adoptée, les questions militaires seront réglées selon les principes suivants : «Les forces françaises, dont les effectifs auront été progressivement réduits à partir du cessez-le-feu, se retireront des frontières de l’Algérie au moment de l’accomplissement de l’autodétermination ; leurs effectifs seront ramenés, dans un délai de douze mois à compter de l’autodétermination, à quatre-vingt mille hommes ; le rapatriement de ces effectifs devra avoir été réalisé à l’expiration d’un second délai de vingt-quatre mois.

La base de Mers El Kebir, le pétrole…

Des installations militaires seront corrélativement dégagées». Également que : «L’Algérie concède un bail à la France, pour l’utilisation de la base de Mers El-Kébir, pour une période de quinze ans, renouvelable par accord entre les deux pays» ; et enfin : «L’Algérie concède également à la France l’utilisation de certains aérodromes, terrains, sites et installations militaires qui lui sont nécessaires.»Les accords d’Evian comporteraient, en outre, des clauses dites «secrètes». Lesquelles clauses autoriseraient la présence française au Sahara cinq années de plus. Une présence qui aura profité au développement et à l’expérimentation de bombes atomiques dans la série des «gerboises», qui furent testées jusqu’en 1967 à In-Eker, Oued Namous, et dont les conséquences sont encore visibles de nos jours sur des civils algériens…

Ferhat Zafane

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