L’habitat précaire attend toujours son éradication dans ce village d’Ighrem de plus de 5 000 habitants, dans la commune d’Ahnif, où les traces de la cité de regroupement de sinistre réputation, pour son lien avec les atrocités de la guerre de libération, sont toujours visibles à travers des bâtisses en pisé et toitures basses en tuiles. Des bicoques demeurées telles que construites par le colonialisme français en 1958, auxquels on a eu recours pour y installer les populations des villages de montagnes de Ath Oualbal et Ath Ali Outhmine dans la commune de Saharidj. Populations livrées au feu et à la destruction de la soldatesque française en représailles à leur soutien à la révolution. L’option finale retenue et envisagée à travers l’aide publique à l’habitat rural semble buter sur le formalisme, la bureaucratie et le juridisme de l’administration qui fait dépendre le projet, de la régularisation de la cité de regroupement devant aboutir à la délivrance des permis de construire. Bien que, selon une source auprès de la population concernée, l’épilogue est imminent concernant cette procédure de régularisation, si toutefois une entrave quelconque ne viendrait pas tout compromettre. Toutefois, le doute persiste jusqu’à la vue du concret. Ce scepticisme perceptible chez les citoyens n’est pas sans raison, car , au moment où partout ailleurs l’éradication donne ses fruits avec beaucoup de logements livrés à leurs bénéficiaires qui ont vu ainsi leurs souffrances soulagées, ‘’ici nous avons été contraints à la patience, en nous contentant de saliver à la vue de ces images de l’ENTV montrant les déménagements de citoyens vers des logements neufs et les bulldozers en action de démolition des bidonvilles’’, nous confie un habitant de cette cité. Si sous la pression du nombre croissant, au fil des années, des membres de leurs familles, certains résidents ont pu improviser une rénovation, des aménagements, et parfois des extensions par grignotage sur la voirie et autres poches foncières vides. Ils ont en effet réussi à s’offrir des murs en béton, avec des surélévations souvent non conformes aux normes urbanistiques. Cependant, des personnes moins nanties continuent à végéter en ces lieux, avec toutefois l’espoir de voir l’Etat concrétiser le projet d’une aide pour reconstruire leur gîte. Ils n’ont jamais désespéré malgré les rebondissements qui ont jalonné ce dossier pour lequel, jusque- là aucune des solutions envisagées et miroitées par les autorités n’a pu aboutir, butant sur l’ambiguïté du statut, à savoir le juridique de l’assiette foncière et les conflits entre les membres d’une même famille qui se disputent une même parcelle dont ils sont les héritiers et dont la superficie ne permet pas la réédification de plusieurs logements. En 2001, la wilaya, l’avait intégré ainsi que le village Tameziavt de la même commune, dans le programme dit de résorption de l’habitat précaire, financé pour partie par la banque mondiale. Un comité de village ad hoc a été même mis en place pour suivre cette opération et impliquer les bénéficiaires, dont on a sollicité l’adhésion par une contribution financière et l’acceptation d’un plan type imposé soit un rez-de-chaussée en charpente non extensible en hauteur. Un plan qui ne répondait pas aux exigences des familles, dont la vulnérabilité économique ne pouvait supposer un quelconque apport en numéraire. Cette option ne pouvant être satisfaite dans ses différentes exigences, son annulation s’avéra inévitable pour les autorités. Cependant, les autorités ont promis une substitution par l’octroi d’une subvention financière avec un plan adéquat dans le cadre de l´auto construction, après une restructuration du village et la délivrance des actes de possession aux citoyens. Cette promesse, faite par l’ancien chef de daïra en novembre 2001, demeure lettre morte à ce jour, mais l’espoir est toujours vivant chez les concernés qui veulent bien rappeler le dicton qu’une chose promise est chose due et qu’il est des dettes qui ne s’effacent pas par un trait de plume dans les registres comptables, mais par leur acquittement envers des créanciers qui ne souhaitent plus devoir accorder un report d’échéances.
Mohand Meghellet
