A Ighil Ali, et à la veille de l’inauguration de la stèle dédiée à Jean El Mouhoub Amrouche, prévue pour ce 16 avril 2012, le climat est mal sain. Enjeux mal définis, intérêts contradictoires de forces en présence, absence de médiation et de compromis font que le massage de la logique de la confrontation à celle de l’apaisement soit difficile, d’autant plus que le temps est un ennemi cruel. Face à cette situation qui a trop duré les pouvoirs publics, incapables d’anticipation et de gestion intelligente, sont indécis. En effet, l’absence d’un projet de société clair aux contours définis fait que les institutions publiques se placent souvent dans la défensive, gérant les effets de situations que leurs sources.
De la maison de Fadhma, Taoues et Jean El Mouhoub
Le ministère de la culture doit, dans l’immédiat, prendre la décision de la classification de la maison des écrivains Amrouche comme patrimoine culturel national de l’Etat algérien. La maison doit être mise à la disposition de la direction de la culture de la wilaya de Béjaïa qui, en concertation avec le mouvement associatif et les acteurs culturels, gérerait ce patrimoine dans l’intérêt de la culture dans cette région. En outre, le ministère est dans le devoir d’intervenir auprès des institutions concernées (wilaya, service des domaines, trésor public …) afin que l’occupant actuel de la demeure, un moudjahid, soit indemnisé sans «douleur». A la veille du cinquantenaire de l’indépendance, Ami Rabah mérite toute notre considération et notre haute estime. Car, dans les dix années qui suivront, nous n’aurions plus aucun témoin vivant de cette révolution qui a donnée à l’Algérie sont droit d’être parmi les nations.
De la stèle
Jean El Mouhoub Amrouche est un poète, un écrivain, un intellectuel qui a fréquenté les plus grands et qui, de cette position, à beaucoup aidé comme médiateur et facilitateur durant les accords d’Evian et avant. C’est cette figure d’homme de savoir et de culture dont ont besoin les Algériens, essentiellement la jeunesse. Le réduire à sa contribution à la révolution, dans un effort de justification poussé à l’extrême, est une faute à mon sens. Car, l’objectif de rétablir une certaine vérité quant au parcours de Amrouche, son réinsertion dans le processus de résistance et de libération du peuple algérien, ne doit pas prendre le pas sur ce que cet homme est et restera : un homme de lettres et de savoir. De ce qui précède, nous pensons que la stèle doit être déposée devant un édifice culturel : centre culture, maison de la culture, ou devant une institution éducative : Lycée, collège… Pour conclure, nous appelons les autorités publiques, administratives et élus, les associations, les hommes des arts et des Lettres, les bonnes volontés parmi les citoyennes et citoyens à réagir afin d’installer dans notre région, et au delà dans notre pays, la pratique de la médiation et du dialogue comme unique instrument de règlement des conflits et des malentendus. Jean El Mouhoub Amrouche doit nous inspirer par son action ; dans ce sens, il doit être un modèle à suivre et non pas un symbole vidé de sa substance au service de la déraison et de la démence des hommes.
Par Brahim Tazaghart, écrivain
