“L’ethnocritique comme nouvelle approche des textes littéraires”

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L’université Abderahmane Mira (Pole Aboudaou) a abrité les 17 et 18 avril derniers des journées d’étude portant sur l’«Anthropologie des textes maghrébins et subsahariens, nouveaux enjeux pour l’ethnocritque». Initié par le Département de français, en collaboration avec le laboratoire des langues appliquées Lailemm de la même université l’événement était une occasion pour les intervenants de présenter leurs communications sur une nouvelle approche (l’ethnocritique) d’étude et d’analyse des textes littéraires. Outre les communicants de l’université de Béjaïa, Jean Marie Privat (université de Metz) et théoricien de cette nouvelle démarche est largement revenu sur les quatre temps de l’analyse en définissant la théorie comme «l’étude de la pluralité culturelle des œuvres littéraires telle qu’elle peut se manifester dans la configuration d’univers symboliques plus au moins hétérogènes et hybrides …». En somme, il s’agit de «la culture du texte et non de la culture dans le texte». Sa consœur, Marie Scarpa, de la même université a, quant à elle, parlé du «voisinage disciplinaire de l’ethnocritique». Une nécessaire jonction entre plusieurs disciplines, la critique littéraire à proprement parler, mais aussi la sociologie et l’ethnocritique. A bien suivre la co-fondatrice de cette théorie, tout en la paraphrasant, l’objectif est de «reculturer la lecture tout en se gardant de détextualiser celle-ci». Méthodologie définie, place à l’analyse des corpus. La professeure F. Boualit (Université de Béjaïa et initiatrice du projet) a revisité un classique de la littérature algérienne en centrant sa communication sur l’œuvre de Feraoun qui, en dépassant la polémique de l’implication ou non de l’écrivain dans le combat nationaliste, analyse, grâce aux outils de cette discipline, «l’ethno-poétique» de l’œuvre feraounienne, et démont(r)e la culture du texte et non celle dans le texte …» En plus des doctorants du système classique qui ont pris part aux rencontres, ceux du nouveau système -LMD- (Ammar Benkhodja, Zahir Sidane, Lynda Benadjaoud, Yahioune Melkhir, Chaourrar Berri, …) sont largement revenus sur les œuvres d’El Mahdi Acharchour, Kateb Yacine, Nabil Farès, et autres, sous le regard critique de leurs professeurs et de la nombreuse assistance attentive, avant de se prêter aux jeux des questions-réponses … Les interventions, ayant touché l’objet «livre» sous différents angles, constituent en elles une preuve des capacités de cette approche à aborder d’un nouvel œil le fait littéraire. Les gains espérés seraient ainsi des plus grands dans la rénovation des études littéraires. Les premiers «essais» d’application élaborés par les doctorants de l’université organisatrice (travaillant sous l’égide du laboratoire cité plus haut, et chapeautés par la Professeure F. Boualit en sa qualité de directrice de ce laboratoire) révèlent, entre autres, la diversité des «objets culturels » qui pourraient fonctionner comme des clefs aidant à la compréhension d’un texte littéraire. Allant d’une photographie, prise comme «vecteur» d’une identité historique dans un roman de R. Boudjedra, (Le démantèlement), pour saisir comment la trame narrative est véhiculée par cet objet tout en instaurant lui-même une identité historique (M. Belhocine), on passe à Anzar, le dieu de la pluie dans la mythologie berbère, pris comme «culturème» aidant à comprendre un texte de Fellag (Ch. Berri). Ceci après avoir fait connaissance avec Fama, un personnage de Ahmadou Kourouma, un auteur africain. La lecture faite par Melle Zouagui de l’un de ses romans, «Les soleils des indépendances», démontrerait ainsi, et selon elle, que «la théorie de l’ethnocritique est très utile aux romans africains». Serait-ce ainsi une occasion pour une lecture des textes maghrébins et africains loin de celle, souvent idéologique, des années coloniales et postcoloniales (?) La critique littéraire pourrait faire de très grandes avancées à partir de ce type d’analyses appliquées à ces textes. Pourvu que l’on se garde des dérives «ethnologistes»,tel que signalé justement, durant ces journées.

Nabila Guemghar

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