Dans certains cercles médiatiques, et dans ce qui pompeusement fut appelé classe politique au début des années 2 000, on a pris l’habitude, lorsqu’on est à court d’argument à opposer au Premier ministre, Ahmed Ouyahia,de dire de lui qu’il noie son sujet dans les chiffres et qu’il raffole maladivement des statistiques et bilans. Ces cercles ont visiblement tort. Nos ancêtres de Kabylie ont leur adage lorsqu’il s’agit de la gestion du foyer (dépenses et recettes): ‘’l’argent est fait pour être compté’‘. Cette réflexion est provoquée par la vacuité de certaines harangues faites par les candidats à la députation. Au vu des généralités qui parsèment leurs discours, on est en droit de soupçonner chez eux deux choses. Soit un manque flagrant de compétence et une grave ignorance de l’économie et de la société algériennes, soit un désir de se soustraire à tout engagement ‘’compromettant’&lsquo,; préférant ainsi diluer leurs péroraisons dans des anecdotes et autres discours où le pathos et le lyrique le disputent à la raison. L’on sait que le concept de sous-développement est loin de se limiter à son acception économique. Ses effets pervers sont aussi et surtout à constater dans les mentalités et le niveau culturel de son élite, ou supposée élite, et dans les pratiques politiques quotidiennes de ses gouvernants. La vacuité des discours et la démagogie qui suintent des promesses fantaisistes de certains candidats au scrutin du 10 mai prochain font assurément le jeu des islamistes qui, eux, ‘’savent’‘ ce qu’ils veulent, c’est-à-dire un projet de gestion théocratique qui ne promet pratiquement rien aux vivants ici-bas. Cette fausse alternative vient d’être malheureusement renforcée par les déclarations, faites avant-hier, d’un responsable chargé de l’administration des Droits de l’homme, en l’occurrence Farouk Ksentini, où il en appelle à l’amnistie générale des terroristes islamistes en plein campagne électorale. Voilà les seules choses ‘’palpables’‘ et tangibles de cette campagne que certains fossoyeurs de la République pourront prendre pour des acquis. La réalité du terrain- s’agissant des pratiques, des mentalités et de la mercantile hypocrisie qui font mouvoir certains acteurs sociaux ou des responsables politiques, malheureusement en déphasage complet avec l’angélisme des clauses écrites, fussent-elles la Constitution ou la Charte de la réconciliation nationale. Cette dure réalité d’un pays qui n’arrive pas encore à classer définitivement l’insécurité dans ses pages ‘’Histoire’’ pour la déclasser de la hiérarchie de ses préoccupations premières a fait une inévitable incursion dans la présente campagne électorale. De même, ce qui s’est dit ces derniers jours dans certains rassemblements publics à propos du prix de la pomme de terre, de la grève dans les lycées et même des accidents de la route a rarement dépassé le stade du constat primaire pour donner lieu, quelques minutes plus tard, à des propositions fantaisistes destinées à édifier un paradis sur la terre d’Algérie en l’espace de cinq ans.
Le risque encouru par la campagne est que les quelques moments de lucidité autorisés par des candidats à la hauteur de l’événement soit couvert par la cacophonie et le ronronnement ambiants de façon à ce que les électeurs concluent: “ils sont tous pareils”. Des partis ou des candidats indépendants, à défaut de présenter un projet valide pour le pays, en sont arrivés à ratiociner sur les résultats du scrutin et à donner des taux. Là où les instituts de sondage auraient de la peine à donner même des fourchettes, eux s’aventurent dans la bataille des chiffres- pas ceux de l’économie, mais celui du charlatanisme électoral- en s’adjugeant chacun une ‘’quote-part’’ dont la somme dépasserait les 100% des voix.
L’on ne se soucie guère du risque du discrédit qu’ils font peser sur le déroulement des élections. N’est-ce pas que l’image la plus prégnante qu’auront retenue les citoyens de cette campagne électorale est le sens même que charrie le mot campagne en arabe. En effet, ‘’hamla’’ veut d’abord dire en langue algérienne : la crue. Avec la décrue qui aura lieu dans quelques jours, ce sont les espoirs du petit peuple et les grands défis de l’Algérie de demain qui marqueront leur présence dans les urnes.
Amar Naït Messaoud
