A la recherche de passerelles démocratiques

Partager

La cartographie politique sortie des urnes de jeudi dernier donne l’impression d’un certain statisme qui se dégage de la configuration de la nouvelle Assemblée populaire nationale. En effet, l’on assiste à une quasi reconduction de l’ancienne Alliance présidentielle avec, cette fois-ci, le renvoi à la portion congrue de la composante islamiste et, ce, malgré sa constitution en une alliance regroupant trois partis. Le recul des islamistes, toutes chapelles confondues, est, en tout cas, une réalité indéniable. Quelles que soient les accusations que certains animateurs de ce courant expriment à l’endroit de l’administration, la réalité est que les islamistes ont perdu beaucoup de leur ‘’aura’‘ par laquelle ils se présentaient comme une alternative à ce qui est trop commodément appelé “système”. Ils en étaient même arrivés, à la veille des élections, à ne jurer que par la première place, comptant abusivement sur un charisme défraichi depuis longtemps et espérant ‘’calquer’‘ les exemples de certains pays arabes où le besoin de révolution a conduit à faire élire un parlement islamiste. Or, le crédit des islamistes algériens s’est profondément érodé: les islamistes légaux se sont nourris, depuis 2004, à la mamelle de l’Alliance présidentielle et ont, de ce fait, perdu même leur électorat traditionnel qu’ils avaient sous Mahfoud Nahnah; ce même rapprochement trop serré du pouvoir a valu au MSP une dissidence interne qui a aggravé sa crise d’identité. Quant aux partisans du Fis dissous, après avoir rejeté en 2005, la Charte de la réconciliation nationale, ont appelé au boycott des législatives de 2012; appel qui n’a pas eu un grand effet sur la population du fait que la participation a augmenté par rapport à celle de 2007, tout en étant, il faut le dire, faible par le réflexe d’une certaine tradition d’ “apolitisme” qu’il y a lieu de diagnostiquer et de prendre en charge. Le ministre de l’Intérieur et des Collectivités locales a résumé au cours de la conférence de presse de vendredi dernier, le nouveau souffle du FLN-par lequel il vient d’acquérir 220 sièges à l’Assemblée nationale- par un ‘’vote refuge” qui viendrait ‘’faire oublier’‘ le vote-sanction de décembre 1991. On peut concéder au représentant de l’État cette vision, si l’on situe le contexte du scrutin du jeudi 10 mai dans les appréhensions et le “vague à l’âme” qui ont fait leur intrusion dans l’esprit des Algériens quelques semaines avant la date du vote. En effet, l’hypothèse d’un raz-de-marée islamiste- à l’image de ce qui s’est passé en Tunisie, en Égypte et au Maroc- a conduit beaucoup d’électeurs à opter pour le vote “utile», celui pouvant assurer un minimum de stabilité dans une situation où se multiplient les facteurs de division, les incertitudes sociales et les impasses politiques. On connaît la recette: elle a été brillamment mise à l’essai dans les pays de l’Europe de l’Est juste après la chute du mur de Berlin. La peur du libéralisme qui commençait à charrier ses cohortes de chômeurs et de SDF à pu convaincre les populations de se replier, comme par une espèce de doucereuse nostalgie, dans la valeur-refuge des reliquats des anciens partis communistes déboulonnés quelques mois auparavant. En Kabylie, malgré le faible taux de participation enregistré le FFS a pu décrocher 21 sièges, se plaçant ainsi en 4ème position sur l’échiquier politique national. Le charisme de son premier responsable et l’aura du parti n’ont pas subi la patine du temps malgré une absence au sein de l’instance parlementaire depuis les élections de 1997. Les nouveaux partis agrées à la fin de l’année passée ou au début 2012 n’ont pas ou faire une entrée fracassante dans l’Assemblée, et pour cause. L’impréparation de beaucoup d’entre eux et la longueur d’avance prise par les partis structurés depuis longtemps ont joué en leur défaveur. Une remarque s’impose pour le Mouvement populaire d’Amar Benyounès: les 6 sièges qu’il vient de décrocher proviennent des wilayas de Mascara, Relizane et Tissemsilt. Cela est, sans doute, de nature à brouiller les cartes de ceux qui l’on trop promptement accusé de parti régionaliste. Beaucoup de questions resteront cependant pendantes pour ce qui est de la perspective démocratique que la jeunesse algérienne attend depuis des décennies. C’est à ce titre que les dissidences et les lézardes de la maison FLN, qui ne regardaient jusque-là que les militants structurés de ce parti, vont intéresser désormais tous les Algériens soucieux de l’avenir politique, économique et social de leur pays. Au vu de l’esprit de décision de certains ténors dissidents du parti, la jubilation de Abdelaziz Belkhadem risque d’être de courte durée, d’autant plus que, pour la formation du nouveau gouvernement, le président Bouteflika n’est tenu par aucune obligation de choisir un Premier ministre issu de la majorité.

Avec la nouvelle composition de l’Assemblée populaire nationale, de nouveaux défis vont se poser à la mouvance démocratique et républicaine, non seulement pour se reconstruire organiquement et politiquement, mais aussi pour daigner jeter les passerelles entre les partis défendant les mêmes principes de liberté et de démocratie et avec le reste de la société civile, en dehors de l’esprit de chapelle et de secte qui a fait des ravages incommensurables dans la société.

Amar Naït Messaoud

Partager