Le Ramadhan, c’est avant tout les soirées : si le jour la plupart des gens fonctionnent au ralenti, la nuit, après avoir mangé copieusement, beaucoup se sentent « revivre ». Et comme dit le proverbe kabyle, yer’wa aâbuh, ss’alli qaruy, « le ventre plein, la tête chante ». On chante mais aussi on bouge, on parIe, on sort, on gesticule. Bref, la vivacité et les activités bruyantes prennent le pas sur la monotonie et la nonchalence diurnes. Des maisons, éclairées une bonne partie de la nuit, s’échappent les écIats de voix et les rires, à moins qu’il ne s’agisse des répliques, des tonitruants personnages des sketchs et des feuilletons télévisés. La rue n’est pas en reste, avec le tintamarre des voitures et les aIlées et venues des piétons, qui remplissent les trottoirs et envahissent même la chaussée. Beaucoup de boutiques sont ouvertes, notamment celles qui vendent de l’alimentation: restaurants, fast-foods, cafés et salons de thé… ll est certain qu’en ce mois, en principe de ferveur religieuse et de sobriété, les nourritures terrestres priment largement sur les nourritures spirituelles. Et dans ces lieux de bouffe et de ripaille, on ne manque pas de faire du bruit, quand ce ne sont pas les postes-cassettes qui hurlent toute une partie de la nuit. Les villages, d’habitude si paisibles, ne sont pas en reste. Ici aussi, les maisons s’animent, mais ce sont surtout les centres, où se trouvent en général les cafés, qui s’excitent. Tard dans la nuit, ils résonnent des cris des consommateurs qui bavardent, rient ou jouent aux dominos. C’est seulement le sh’our venu, le dernier repas de la nuit, que le caIme revient et que les gens, repus, vont dormir. On se lévera tard, pour commencer une journée de monotonie, en attendant la nuit…
S. Aït Larba
