L’environnement, dont on célèbre la journée mondiale aujourd’hui, va de mal en pis dans une Kabylie qui offre, en effet, un visage et un décor des plus désolants et des plus choquants.
Le constat a été fait depuis belle lurette, mais force est de constater que la situation ne fait que s’aggraver d’année en année. L’artiste Zedek Mouloud a bien illustré la scène, dans son dernier album, à travers une chanson dédiée à l’environnement dégradé en Kabylie. L’album en question date de…2009. Plus de trois ans après, la situation demeure la même, sinon pire. Les sachets noirs, dont le chanteur a parlé sont toujours là et pullulent partout, volant à la merci des vents et de la brise. La région est devenue, en somme, une décharge gigantesque à ciel ouvert. A Tizi-Ouzou, à Bouira ou à Béjaïa, les ordures ménagères sont visibles dans tous les recoins et les décharges sauvages sont à profusion, au grand bonheur des animaux errants qui ne peuvent qu’y trouver leurs comptes. La santé publique se trouve, de ce fait, sérieusement menacée. Mais à qui la faute et à quoi incombe cette situation ? La question reste posée, même s’il est facile de déduire que la responsabilité est partagée par tout le monde, à commencer par l’administration et les responsables du secteur, qui doivent mieux faire que d’organiser une journée de célébration. L’environnement a, en effet, besoin d’actions concrètes sur le terrain, plus que de slogans et autres expositions qui ornent les salles, comme sera certainement le cas aujourd’hui, au niveau de la Maison de la culture Mouloud Mammeri de Tizi-Ouzou, qui abritera la manifestation initiée par la direction de l’environnement de la wilaya. Il est vrai que des projets ont été programmés et annoncés depuis quelques années, mais ils sont bien rares les CET (centre d’enfouissement technique) et les décharges publiques qui ont vu le jour. Les responsables vont certainement incomber la faute aux citoyens qui s’opposent ces réalisations, mais toujours est-il qu’ils doivent en trouver des solutions. Sinon, la population a également une part de responsabilités dans cette situation dramatique. Pas seulement à travers les oppositions, mais surtout à travers l’incivisme de certains, qui font dans l’indifférence en jetant leurs ordures n’importe où, faisant fi de la saleté et des méfaits qu’ils engendrent par ce geste des plus condamnables. Pour rectifier le tir, il n’est nullement nécessaire d’organiser des campagnes de sensibilisation. La prise de conscience s’impose d’elle-même. Cela dit, les pouvoirs publics doivent s’impliquer davantage pour mettre fin à ce désastre. Un désastre qui n’est pas sans conséquences, d’ailleurs, sur d’autres secteurs, tout aussi névralgiques, tel que le tourisme. En fait, si la Kabylie n’attire plus les estivants et les touristes, ce n’est pas seulement à cause de l’insécurité qui y règne. La saleté des lieux y est aussi pour quelque chose. Tizi, Bouira et Béjaïa, réputées pourtant pour leurs sites paradisiaques, sont devenues répugnantes. Les nostalgiques se désolent certainement, eux qui se souviennent de «la petite suisse » que fut cette même Kabylie, il y a à peine quelques années. Qui peut bien s’aventurer pour passer ses vacances dans une wilaya telle que Tizi-Ouzou, dont le chef-lieu, censé en être la vitrine, est « orné » de poubelles jonchant ses rues et ruelles.
Le tourisme sérieusement accablé
Décidemment, les temps ont changé. Jadis, à lui seul, l’Oued Sébaou attirait bien des foules, notamment en cette période de l’année, se rappellent-on. « Je me souviens que des coopérants allemands venaient chaque soir, pour certains en famille, au rives de l’Oued pour y passer quelques moments de détente », raconte un quadragénaire de la région de Fréha. «L’oued Sébaou constituait un véritable lieu d’évasion », estime-t-il. Qu’est devenue cette rivière aujourd’hui ? Celle-ci n’est qu’un dépotoir à ciel ouvert où convergent les ordures ménagères, mais aussi les égouts des villages riverains et, également, les cadavres d’animaux que des propriétaires y jettent sans en être aucunement gênés ni interpellés, ne serait-ce que par conscience. Aussi, faut-il également rappeler le massacre de cette rivière par des pilleurs de sable sans scrupules qui la mettent à mal chaque jour davantage. En évoquent les sites touristiques, on notera que la forêt de Yakouren a servi, durant un certain temps, de décharge pour la commune d’Azazga, avant que les riverains ne se révoltent pour imposer sa délocalisation. Il faut dire que les autorités locales d’Azazga ont trouvé toutes les peines du monde à dénicher un endroit pouvant contenir les ordures ménagères de la commune, après la fermeture, par les citoyens, de la décharge communale sise à Ighil Bouzel. Ces autorités ne voyaient le salut qu’en ce CET accordé à la municipalité et qui devait être réalisé à Boubhir, mais qui n’a pas reçu « l’avis favorable » de la population locale qui s’est farouchement opposée à son implantation dans l’endroit choisi. Le calvaire de l’APC d’Azazga est loin d’être un cas isolé à Tizi-Ouzou et dans les autres wilayas de Kabylie. C’est dire que la responsabilité est partagée entre pouvoirs publics et population locale, appelée à être plus souple. Quoi qu’il en soit, une solution s’impose pour permettre à l’environnement de respirer un tant soit peu, car au rythme où vont les choses, il risque fort de ne plus relever la tête.
M.O.B

