“Aheuk Sidi Réhan”. Beaucoup à Aokas ne jurent que par ce saint. Sidi Réhan est un saint vénéré et craint par les habitants de la région. Sa “koubba” reconstruite en 1922 est comme enfouie sous des oliviers millénaires que respecte la hache du bûcheron. Cette mosquée est édifiée à quelques mètres de l’ex-RN 9 à la sortie est de la ville d’Aokas sur un monticule qui n’a pas plus de 10 mètres de large en certains endroits. A quelques mètres, court un oued qui porte son nom, rivière qui prend sa source au col de Kéfrida (l’opidum aqua frigiae “la forteresse de l’eau fraîche”). Cette eau est tellement glacée à sa source que nos anciens disaient que nul n’était capable d’en retirer sept cailloux l’un après l’autre. Plusieurs légendes courent sur le marabout de Sidi Réhan dont on ignore le véritable nom et l’origine. On dit qu’il s’était présenté couvert de haillons chez les Aït Larbi (famille Zaïdi) qui habitaient à l’époque Andriech (Le magnum agrarium romain “le dépôt des céréales”), quartier situé à l’entrée du village de Akkar actuel, ancienne ferme d’un colon nommé Aubertier. L’ancêtre des Aït Larbi qui, à ce moment-là, ignorait tout de Sidi Réhan, engagea celui-ci comme domestique. Au moment des semailles, il le chargea d’aller labourer. Justement, l’une de ces légendes raconte qu’en arrivant au champ, il ordonna aux bœufs de s’apparier, plaça sa calotte sur le mancheron de la charrue et laissa ainsi l’attelage accomplir seul la besogne. Quant à lui, il se retira sur une éminence d’où il dominait le champ. Pendant ce temps, des oiseaux de toutes sortes l’entouraient, tandis que les perdrix lui épouillaient la tête. Quelque temps après, des voisins, témoins cachés de ce prodige, s’empressèrent d’en faire part à l’employeur de Sidi Réhan. Tout d’abord, incrédule, il voulu s’en rendre compte. Convaincu à son tour de la réalité du miracle de Sidi Réhan, il lui témoigna son respect et sa vénération en l’exemptant de tout travail. Mais son épouse ne l’entendait pas ainsi. Un jour, elle dit à Sidi Réhan : “Au lieu de rester sans rien faire, va nous chercher du bois.” Sidi Réhan ne répondit rien. Il se rendit à la forêt voisine, il chargea sur le dos d’une panthère un gros fagot de bois et l’attacha avec des serpents ; puis il s’en retourna à la maison. En arrivant, il dit à sa patronne : “O Lala, va décharger le bois qui est à la porte.” Celle-ci, croyant trouver un chargement ordinaire, mourut de frayeur à la vue de la panthère et des serpents. Depuis ce jour-là, Sidi Réhan fut respecté par les habitants de la région qui voulaient tous le servir. D’ailleurs, il était vénéré au point où même récemment on dit qu’il avait fait sortir son pied de sa tombe. Mais l’un des représentants de la génération actuelle qui ne croit pas trop à ce genre de “sornettes” avait dit que s’il pouvait faire sortir son pied de la tombe, on l’aurait retrouvé tout entier au café maure en train de siroter un bon café au lieu de rester tout seul dans sa tombe.Toutefois, on nous raconta qu’il resta chez les Aït Larbi jusqu’à sa mort. Il faisait ses dévotions et passait la nuit sous un myrte (“tarihant” diminutif d’”arihan”). Avant de mourir, il demanda à être enterré sous cet arbrisseau. C’est pour cela qu’on l’appelle Sidi Réhan “le seigneur du myrte”.D’aucuns prétendent qu’il n’est autre que Sidi Abdelhaq, mort et enterré au camp inférieur à Bgayet et qui aurait ainsi deux tombeaux. Sidi Réhan n’a pas laissé d’enfant. Les descendants de ceux qui l’avaient accueilli continuent à gérer les zerdas et autres, organisées au niveau de cette mosquée. D’ailleurs, ils gardent à ce jour son baluchon par respect à ce marabout venu on ne sait d’où.
A. Gana
