Vacances scolaires, dites-vous ?

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Alors que les élèves sont livrés à eux-mêmes après une année scolaire bien chargée, les directeurs de l’Education des wilayas qui s’illustrent en matière de réussite au BAC, BEM et 5e ont droit, quant à eux, à des vacances en Turquie aux frais de l’Etat.

Après une année scolaire faite d’efforts et de labeurs, les écoliers de la wilaya de Tizi-Ouzou, à l’instar des autres, sont en vacances depuis la fin du mois de juin passé. Après avoir honoré la wilaya en la propulsant en haut du classement national, avec le meilleur taux de réussite, ces enfants mériteraient bien d’être récompensés, au moins par quelques jours de vacances, à la mesure de leurs efforts et de leurs résultats. Hélas, la donne est tout autre, les enfants se retrouvent livrés à la rue et à la routine. Ni départ en colonie de vacances, ni voyage organisé ni même une petite excursion. Hormis les enfants issus de famille aisées, et ils ne sont pas nombreux malheureusement, les autres n’ont droit qu’à la rue, d’autant plus que dans la région, les espaces juvéniles sont pratiquement inexistants. Les élèves n’ont que les ruelles étroites et poussiéreuses de leurs villages pour passer leurs longues et creuses journées. A Maâtkas, Souk El Tenine, Ouadhias et autres localités de la wilaya, enfants et adolescents ne font que traîner, à longueur de journée, dans les rues, tuant le temps comme ils peuvent. D’autres, vu leurs misérables situations familiales, se retrouvent aux abords des routes, proposant cacahuètes, bonbons, cigarettes, fruits et légumes… Les plus âgés d’entre eux travaillent durement dans des chantiers. Amine, un jeune garçon rencontré au chef-lieu communal de Souk El Tenine, dira en toute innocence : «Je suis écolier et je viens de décrocher ma 5éme. Comme mon père, un journalier, n’arrive pas à joindre les deux bouts, je préfère vendre des cacahuètes pour l’aider et pour pouvoir acheter mon trousseau de la prochaine rentrée scolaire. Concernant les vacances en bord de mer, je n’y songe même pas !». Comme lui, ils sont nombreux, issus de familles modestes ou orphelins comme certains. Un autre jeune lycéen de Maâtkas, à qui l’on a parlé de vacances, rétorquera : «Les vacances, ce n’est pas pour moi. Je travaille dans un chantier, chez un privé depuis la fin du mois de mai. Mon vieux étant retraité sa pension est maigre et, pour m’habiller correctement, à l’instar de tous mes camarades, je dois retrousser mes manches. Je ne pourrai pas demander à mon père de m’acheter des habits dont les prix sont hors de sa portée. Qu’il arrive à nourrir toute la famille, c’est déjà beaucoup. Quant à partir en vacances, c’est une idée qui ne m’effleure même pas l’esprit. Les voyages et les randonnées, c’est pour les riches». Des propos, en somme très intelligents et plein de bon sens, mais qui laissent perplexe, tant un écolier, collégien ou lycéen, mériterait bien de ou un étudiant sa place ne doit être ni dans la passer au moins quelques jours à se détendre. Sous d’autres cieux, tous les enfants, riches comme pauvres, ont le droit, à des vacances d’au moins deux semaines. Chez nous, les services sociaux, ceux de l’éducation et les pouvoirs publics, sont absents dans ce domaine. Pourtant, à la rentrée, on demandera à ces mêmes élèves de persévérer et de redoubler d’efforts. Mais un enfant qui ne se repose et ne se change pas les idées durant cette longue période de vacances estivales, sera à coup sur éreinté et lassé. Les vacances c’est pour se ressourcer, charger ses batteries et évacuer le stress d’une année scolaire généralement épuisante. A force de trop forcer sans jamais récupérer, beaucoup tomberont dans la déperdition et les mauvais résultats scolaires. Il est urgent de mettre des mécanismes pour remédier à cela, à trouver des solutions et offrir au moins une petite semaine de vraies vacances à tous les enfants. Cela ne devrait certainement pas ruiner le pays.

Hocine T

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