Accès à l'Internet, droits de l'Homme, corruption, développement humain,… – L'Algérie évaluée et (mal) classée par… les autres !

Le dernier classement effectué par la compagnie NetIndex, portant sur l’importance du débit Internet, classe l’Algérie à la 176e place dans le monde avec un flux de 0,95 Mbps. Les autres pays du Maghreb sont mieux situés que l’Algérie.

En matière de taux de pénétration de l’Internet dans les foyers, les administrations et les entreprises, notre pays atteint 13,6%, d’après le classement réalisé par le site Online de la société américaine Nielsen, alors que l’Égypte est à 21,2%, le Maroc à 33% et la Tunisie à 34%. La fougue et la frustration des Algériens sur le plan de l’accès à l’Internet sont très perceptibles et franchement exprimées à l’occasion de l’offre commerciale que la compagnie de téléphonie mobile Nedjma met, pendant ce mois de Ramadhan, à la disposition du public via la connexion sans fil (clef USB). Des milliers de jeunes forment des chaînes interminables dès le moment du S’hour pour acquérir la clef magique qui vous ouvre l’univers de Facebook et d’autres applications. Un autre tableau est celui offert par la surcharge des cybercafés aussi bien de jour comme de nuit, et ce, malgré les ruptures intempestives de la connexion, et souvent aussi, du courant électrique. Bien sûr que sur le terrain économique, le monde du web est autrement plus riche et plus porteur que ce qui se pratique dans un cybercafé. Sous d’autres cieux, c’est un outil de gestion, permettant non seulement d’acquérir l’information en temps voulu, parfois instantané mais également de faire des opérations d’achat, d’échange d’information, de documentation, de téléenseignement,…etc. L’Algérie est manifestement en retard, non seulement par rapport aux performances et au taux de pénétration de l’Internet, mais plus généralement dans le domaine vaste de nouvelles technologies de l’information et de la communication. Dans ce domaine, comme dans bien d’autres, ce sont des sociétés, des compagnies ou des organismes étrangers qui font des enquêtes pour diagnostiquer et mettre en relief l’état des lieux en Algérie, et pour enfin procéder au classement de notre pays dans le panel des autres pays enquêtés. Depuis la disparition de la bipolarité Est-Ouest qui plaçait notre pays dans la sphère des “démocraties populaires’‘ à la périphérie de l’Union soviétique- malgré un non-alignement crié sur tous les toits-, et depuis aussi l’adoption du libéralisme économique comme système quasi messianique, l’Algérie s’offre à toutes sortes d’appréciations, d’évaluations et de classifications venant de tierces parties, généralement des organismes financiers internationaux ou des organisations non gouvernementales activant dans le domaines des droits de l’Homme. Auparavant, les seuls ‘’signaux’‘ auxquels nos gouvernements et autres responsables étaient sensibles, et même exagérément sensibles, étaient ceux émis par les chancelleries étrangères au sujet de la situation sécuritaire en Algérie et les notations des organismes d’assurance des pays occidentaux (à l’exemple de la COFACE française) sur le risque-pays destiné à couvrir les investisseurs qui engagent des contrats en Algérie. Tout en en gardant leur validité ces deux tableaux d’analyse- sécuritaire et risque-pays- que les pays partenaires de l’Algérie et certaines ONG établissent pour notre pays ne sont plus les seuls. Ouverte au vent de la mondialisation, liée à l’Union européenne par un accord d’Association et candidate à l’OMC, l’Algérie se voit régulièrement intégrée dans les panels mis sur pied par des institutions internationales assurant des missions économiques, financières ou sociales. Ainsi, le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) classe, dans ses rapports annuels, l’Algérie en matière d’indice de développement humain (IDH), indices qui réservent une place privilégiée à la santé l’espérance de vie et l’éducation des populations.

Une ‘’surface d’attaque” plus étendue

Mieux encore, pour l’établissement de ces rapports, cette instance onusienne sollicite le Conseil national économique et social algérien (CNES). Le PNUD a pour habitude de traiter du chômage, du pouvoir d’achat, des indices de développement humains qu’il a mis en place depuis le début des années 1990, des politiques publiques mobilisées par le gouvernement pour lutter contre la pauvreté le chômage, les maladies qui menacent la santé publique, l’analphabétisme…etc. Au cours de ces dernières années, deux signaux venus de deux autres institutions ont probablement valeur d’‘’avertissement’’. Transparency International (TI) s’inquiète des ravages de la corruption et classe Algérie à la 99e place sur un panel de 180 pays. La Banque mondiale, elle, met notre pays à la 125e place sur un ensemble de 178 pays étudiés sur le plan du climat des affaires. Ce sont des classements effectués il y a trois ans et qui n’ont pas beaucoup évolué. L’on connaît la convergence, les passerelles et la relation dialectique qui lient ces deux phénomènes: corruption et lourd climat des affaires. Plus le climat des affaires est lourd, empêtré dans une légendaire bureaucratie et dissuadant les investissements, plus la tentation et les circuits de la corruption à grande échelle investissent et gangrènent le corps de la société et minent la pyramide déjà vermoulue des principaux rouages de l’administration. Dans un contexte de mondialisation rampante, de multiplication de partenaires et d’ouverture sur le marché mondial, l’Algérie offre une ‘’surface d’attaque’‘ de plus en plus étendue aux critiques, aux remontrances et aux classements qui viennent de parties étrangères. Dans l’absolu, ce travail accompli par des laboratoires ou des boites de communication ne sont pas un mal en soi, d’autant plus que pour l’élaboration de leurs dossiers, ils sollicitent et font participer des Algériens à titre individuel, en tant que compétences dans la matière. Néanmoins, ce phénomène ne manque pas de soulever la question de la vocation et de la mission dévolues à certains de nos organismes nationaux en matière d’analyse, d’évaluation et de jugement des performances de certains secteurs de l’économie et de la société algériennes. L’interrogation est d’autant plus légitime que certains de ces organismes emploient des fonctionnaires de l’État payés justement pour élaborer de tels dossiers où sont censés confluer un état des lieux, un diagnostic exhaustif et des perspectives dans une dynamique basée sur la prospective. Tenez: une grande institution publique, créée il y a cinq ans de cela, porte dans son intitulé même le mot “prospective’‘; il s’agit du Commissariat général à la planification et à la prospective, dirigé par un éminent économiste, Sid Ali Boukrami. Le gouvernement Ouyahia compte dans son organigramme tout un ministère dédié à la statistique et à la prospective. L’Office national des statistiques (ONS) est un ancien organisme rompu aux chiffres et aux agrégats de l’économie national. Le Centre national de l’informatique et des statistiques (CNIS), lui, est quasiment spécialisé dans le commerce extérieur, en relation avec l’administration des Douanes nationales. À cela s’ajoutent des centres et des bureaux d’études publics (CENEAP, BNEDER,…). Des ébauches de boites privées sont initiées depuis le début des années 2 000, à l’image de l’Institut Abassa qui a fait des sondages de médiamétrie.

Se débarrasser de la muselière de l’autocensure

Donc, logiquement, avant de faire état et de prendre acte des griefs, des leçons ou des rappels à l’ordre de la part d’organismes internationaux, ne serait-il pas plus souhaitable et plus efficace de “réveiller’‘ les structures et les instituions algériennes appropriées (publiques et privées), et disposant de la matière grise nécessaire, pour qu’elle puissent alerter les gouvernants et la société sur les dérives d’ordre social ou économique que la magie de la rente pétrolière installe insidieusement chez les gestionnaires et les responsables des institutions publiques et chez leurs clientèles ? Indéniablement, lorsque la marge de manœuvre est laissée pour l’Université et le Conseil national économique et social (CNES) pour s’associer à une telle noble tâche, dans le respect des règles scientifiques et sans contrainte politique, le résultat ne peut être que positif, installant ainsi un début de crédibilisation des institutions et des laboratoires algériens en matière de diagnostic social et économique. La presse, de son côté peut merveilleusement contribuer à cette mission. Elle le fait presque chaque jour, mais d’une manière diffuse, diluée dans l’urgence de l’actualité. Certaines enquêtes de terrain, réalisés par des journalistes aguerris, peuvent constituer des ‘’morceaux choisis’‘ d’une étude qui pourrait être étendue et extrapolée à grande échelle. Il en est ainsi de la ‘’carte linguistique’‘ présentée dernièrement pour la partie nord de Médéa où il est fait état des derniers berbérophones autochtones qui se comptent aujourd’hui sur les doigts de la main. C’est une enquête ponctuelle, touchant une portion du territoire nationale, qui peut en inspirer d’autres pour rendre service à la recherche universitaire et au monde de la culture. Pour peu que toutes les institutions et structures de recherche et d’études-organismes scientifiques, associations, instances consultatives, presse écrites, organes audiovisuels, instituts de sondage,…- bénéficient de la liberté d’action et se débarrassent de la muselière de l’autocensure, le potentiel d’études et de recherche algérien révèlera toute son énergie et tout son talent.

Amar Naït Messaoud