Le grand écart !

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Les services de la Direction de l’action sociale (DAS) de Bouira, ont établi une liste de 912 opérations de circoncision pour ce mois de Ramadhan.

Ce chiffre, contraste avec les 31 781 familles nécessiteuses recensées à travers toute la wilaya. Ainsi, ces chiffres fournis par la DAS peuvent prêter à équivoque, car il en ressort un certain  » déséquilibre » entre le nombre de familles démunies recensées et le nombre d’opérations de circoncisions en faveur de ces familles. Ce  » fossé » entre le nombre relativement élevé des familles dites pauvres, près de 32 000 et  » seulement » 912 circoncisions, pousse à s’interroger sur les modalités de ces opérations de circoncision collectives, mais aussi, sur d’éventuelles réticences de la part des bénéficiaires.

Circoncire son enfant : Un chemin de croix

Selon les propos du DSA de Bouira, M. Bentercha, ce sont les APC qui ont la charge d’établir les listes des familles nécessiteuses dans leurs communes et ensuite, ces listes sont transmises aux services de l’action sociale. Ces derniers, prennent en charge les opérations de circoncision en collaboration avec les différents EPH et les APC concernés. En somme, un travail qui se fait en amont et en aval, dans le but de garantir une prise en charge intégrale. Cependant, certaines familles se sont dites  » désappointées », par ce mode de fonctionnement qui selon elles, ne profiterait pas à tout le monde. Dahmen, habitant « haouch Abdallah », chômeur de son état et père de 5 enfants, dont un en âge de se faire circoncire, a affirmé : « Les démarches pour circoncire son enfant sont très contraignantes. Il faut fournir plusieurs documents et faire la navette entre l’APC et la DAS dans le but de bénéficier de cette opération ». Il nous exposera son cas :  » Me concernant, j’ai eu les pires difficultés à me faire orienter auprès des services concernés. On m’a baladé d’un service à un autre, tantôt à la DAS, tantôt à la mairie de Bouira. Finalement, il s’est avéré que mon dossier n’a pas été transmis à temps. C’est l’anarchie! ». Le cas de ce citoyen, n’est visiblement pas un cas marginal, puisque bon nombre de familles démunies attestent des  » difficultés » rencontrées dans le but de faire circoncire leurs enfants, dans le cadre de ces opérations de solidarités. Pourtant, ces  » obstacles » ont été écartés par M. Bentercha, qui avait affirmé lors d’un point de presse animé à la veille du mois de carême : « Toutes les facilitations et les efforts ont été déployés par les services de la DSA et les municipalités de la wilaya, pour que toutes les familles recensées, puissent bénéficier de ces opérations de circoncisions collectives ». Mais force est de constater que ces  » facilitations » n’ont visiblement pas été concrétisées sur le terrain, au vu du  » faible » nombre de circoncisions prévues.

Risques de complications : La hantise

Cependant et au cours de notre enquête, il s’est avéré que ces  » embûches » rencontrées par les familles les plus précaires, ne seraient pas entièrement derrière cette disparité entre le nombre de familles nécessiteuses et celui des opérations de circoncisions. Ainsi, un facteur plus sanitaire et médical rentre également en ligne de compte, à savoir la période estivale. En effet, il est de notoriété publique que les opérations de circoncisions n’y sont pas vraiment conseillées, du fait des risques sanitaires qu’elles impliquent. D’ailleurs, bon nombre de familles enregistrées dans le cadre des actions de solidarité ont tout bonnement  » décliné » cette offre. M. Achour et l’un de ces citoyens qui ont préféré repousser la circoncision de ses garçons par  » précaution’’. « Vous savez, par ces températures caniculaires, il n’est jamais évident de pratiquer de telles opérations. Malgré les assurances de certains médecins, j’ai préféré attendre qu’il fasse plus frais », a-t-il témoigné. Idem pour Mme Aïcha, mère d’une des familles répertoriées comme modestes, qui a, elle aussi, décidé de ne pas faire circoncire ses deux enfants durant cette période : « Franchement, les services de l’APC de Ain Türk ont été très correctes avec moi, ils m’ont inscrite en haut de la liste. Mais après avoir bien réfléchi et pris conseil auprès de nombreux médecins, j’ai décidé de décaler cette intervention », a-t-elle confié. De leur côté certains médecins contactés, ont relativisé les risques encourus par une telle intervention, mais ils insistent sur le fait que toutes les dispositions sanitaires doivent être prises au préalable. C’est ce qu’a indiqué le Dr Ben Ali : « Le facteur de la chaleur n’est pas un risque en soi. Il peut le devenir, si certaines mesures d’accompagnement, telles un environnement sain, une prise en charge en aval et un temps de cicatrisation, ne sont pas prises en compte ».

Ramdane.B

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