Amar Naït Messaoud
Le ministère de l’Intérieur et des Collectivités locales vient de délivrer l’autorisation à trois nouveaux partis de tenir leur congrès constitutif. Ce qui équivaut à un agrément de facto. Cela se passe juste après que la même institution eut agrée une ribambelle d’autres formations; c’était à la veille des élections législatives du 10 mai; échéance que beaucoup de nouveaux partis politiques n’ont pas pu préparer convenablement. Après une ‘’stérilité’‘ qui aura duré plus d’une dizaine d’années et le niet catégorique essuyé par quelques formations, à l’image de celles conduites par Taleb Ibrahimi et Sid Ahmed Ghozali, la machine administrative de l’État a été mise en branle pour agréer, sans excès de bureaucratie, de nouveaux partis que la première Constitution de l’ “ère démocratique’&lsquo,; celle de février 1989, nommait trop pudiquement, sans doute même ridiculement, ‘’associations à caractère politique’‘. Certains acteurs de la vie politique nationale voient la floraison actuelle de partis avec des préjugés défavorables, suggérant parfois que c’est là un travail de ‘’laboratoires’‘ impénétrables consistant à discréditer l’action politique par la multiplication des acteurs-marionnettes, expliquant d’autres fois que derrière chaque parti se cacherait une faune de rentiers formant des cercles concentriques autour du pouvoir politique. En revanche, d’autres personnalités politiques, pourtant concernées par les compétitions qui les associent à cette kyrielle de partis, ne voient aucun inconvénient dans ces agréments en série. On va jusqu’à proposer la procédure du mode déclaratif pour faire l’économie de la procédure d’agrément. Le principe pour eux étant que la décantation se fera d’elle-même, selon les capacités dont disposent les uns et les autres à persuader une partie de l’opinion et à mobiliser une frange de l’électorat. En tout cas, tout en restant ouvert sur le plan de la philosophie politique, le débat est tranché par le ministère de l’Intérieur en levant les restrictions qui pèsent sur les agréments des partis, et ce, en vertu de la nouvelle loi organique (n°12-04 du 12 janvier 2012) relative aux partis politiques. Cependant, il y a lieu de rappeler ici que des limites et des règles sont posées par le législateur, non seulement à travers le texte fondamental du pays, à savoir la Constitution, mais aussi à travers la Charte pour la paix et la réconciliation qui interdit aux éléments du Fis dissous, désignés comme ayant été à l’origine de ce qui est appelé la tragédie nationale, l’exercice de l’activité politique. Le ministère de l’Intérieur a même pu dénicher certains de ces éléments dans d’autres formations politiques qui ont présenté leur dossier d’agrément (à l’exemple de Wafa d’Ahmed Taleb Ibrahimi); ce qui leur a valu, selon l’argument de Zerhouni, le refus d’agrément. À moins de trois mois des élections locales (APC et APW), les formations politiques affûtent leurs armes en préparant les candidatures et la campagne électorale. Dernier avatar d’un processus pluraliste qui peine à atteindre sa maturité l’on a des exemples vivants de partis, n’ayant aucune base électorale ni un quelconque effectif d’adhérents qui mérite d’être signalé qui en sont arrivés à se payer des encarts publicitaires dans la presse écrite pour susciter, voire ‘’quémander’‘ des candidats-maires au nom de leur parti. Cela a déjà commencé cette semaine. En panne d’imagination, le parti n’a pu insérer dans le haut du carré publicitaire que la photo du…secrétaire général. Un certain paradoxe veut que, au moment où les grands choix du pays en matière politique, économique et social sont encore à la phase de recherche et de ‘’tests’&lsquo,; transition qui prend allure de statu quo, l’actualité des partis politiques ‘’impose’‘ derechef sa logique au point de donner le tournis au commun des citoyens. N’est-on pas arrivé par l’intermédiaire d’un travail de perversion de la notion de démocratie, à considérer le pluralisme politique, instauré depuis deux décennies maintenant, comme la raison principale des déboires du pays? Pour certains, cette vision continue de servir ou de sévir à la suite des nouveaux agréments opérés cet été par le ministère de l’Intérieur, et qui ont fait monter le nombre de partis légaux à près d’une soixantaine, c’est-à-dire à telle enseigne que les journaux et les électeurs potentiels finissent par oublier leurs sigles et même les noms de leurs secrétaires généraux ou présidents. Une expérience quasi similaire, certes non étalée dans le temps, a été vécue par certains pays de l’Europe de l’Est, aujourd’hui faisant partie de l’UE, après la fin de la bipolarisation et la chute du Mur de Berlin. Les craintes et la hantise du libéralisme économique qui commençaient à produire leurs premiers effets avaient amené de larges franges d’électeurs à vouloir s’accrocher aux basques des anciens partis uniques par une sorte de vote-refuge. La phobie de l’inconnu a joué sur un fond fait de la médiocrité d’une élite qui n’a pas su apporter une alternative crédible, et aussi sur un fond de misère culturelle que ne pouvait irriguer spirituellement que l’underground clérical. Les craintes des lendemains incertains ont donc profité momentanément certes, aux vieux appareils politiques ; et cette situation de remake a discrédité le renouveau politique supposé être basé sur la perspective démocratique. La victoire écrasante du FLN en mai 2012, quoi qu’on ait pu dire d’une éventuelle part de fraude, ne doit-elle donc rien à cette dispersion des partis et des voix? Pour le prochain scrutin du 29 novembre, la même ‘’mécanique’‘ électorale semble maintenue. À quelle carte politique donnera-t-elle lieu?
A. N. M.
