Par Abdennour Abdesselam
Deux grandes sous-étapes marqueront cette période. En effet, après l’Indépendance, la revendication de la question berbère, longtemps refoulée dans le mouvement national durant les années 30 et 40 puis renvoyée durant la guerre de libération, refait surface après constat de l’exclusion du fait Amazigh. La chanson kabyle s’est saisie progressivement de cette situation ainsi que la déloyauté du pouvoir envers l’apport inestimable de la Kabylie à la guerre de libération. L’ancien thème principal qu’était l’émigration est atténué et passe au second plan. Une textuelle évolutive va alors gagner en portée pour faire un saut qualitatif extraordinaire sur le plan linguistique et de la pensée. On notera que le premier à avoir tracé les sillons est le chanteur compositeur Slimane Azem, alors sournoisement interdit d’antenne jusqu’à 1998. Il est considéré aujourd’hui, comme étant le père de la chanson à texte politique. Slimane Azem a également introduit dans sa textuelle des sujets de valeurs sociales et ceux de dimension internationale très préoccupants, comme la guerre froide qu’il a disséqué dans sa chanson «tarwi tebbarwi», où les deux grands belligérants (Rrus d Marikan) sont nommément cités ainsi que son avertissement sur le réveil Chinois (tura yerna-d Ccinwa). La radio Kabyle, devenue le seul canal de diffusion de l’expression amazighe, verra la puissance de ses émetteurs limités au seul périmètre algérois et de Kabylie et son volume horaire en courbe descendante particulièrement à partir de 1970. Malgré la reconduction de l’héritage colonial dominé par la surveillance, l’interdit et la terrible censure. La chanson kabyle a pu survivre grâce au laborieux travail de base effectué auparavant par les Chikhs El Hesnaoui, Chikh Nouredine, Cherif Kheddam, H’nifa, L’djida, Ahcéne Mézani, Youcef Abdjaoui, Abdelwahab Abdjaoui, Mohamed Hilmi, Kamal Hemmadi, Akli yahyatene, Taleb Rabah, Mohand Rachid, Ali Kherraz, Arezki Bouzidi, Hcicéne, Sadaoui Salah, Fatma Zohra, Noura, Djamila, Anissa, Taous, Mdjahed Hamid, Cid Messaoudi, Lghouznan… etc. Succédera alors une génération charnière composée de jeunes talents tels que Hacen Abbasi, Mouloud Habib, Athmani, Slimani, Ait Meslayen, L’ghazi, Ait Menguellat, Amar Koubi, Amour Abdennour, Slimane Chabi et bien d’autres encore qui ont plutôt chanté à leurs débuts de sublimes chansons d’amour avant d’aligner la textuelle sur la revendication. M’henni, donnera le ton avec son célèbre texte éclaireur de la chanson contestataire : «Tcekkredh-iyi-d jeddik». L’appoint non négligeable apporté par le personnel technique et administratif de la chaine deux mérite d’être souligné. Certains d’entre eux seront purement et simplement licenciés pour leurs appoint et sentiments militants envers la berbérité. A suivre.
A. A.
