Drainant les grandes foules, comme à l’accoutumée, l’actuel pionnier de la chanson kabyle s’impose de plus en plus en multipliant ses sorties à travers les différentes régions et anime un gala explosif au niveau de la maison de la culture de Béjaïa. C’est un retour triomphant et très significatif d’un grand poète, qui est très attendu, vu cle grand nombre qui s’y déplace à chaque rendez-vous ! Dès l’entrée sur scène, l’auditoire s’électrise, lui réservant un accueil enthousiaste et complice. Poings levés, Lounis salue « timidement » ses innombrables admirateurs venus des quatre coins de la capitale des Hammadites assister à un gala très attendu. Des applaudissements et des « youyous » stridents fusent des arènes d’une salle pleine à craquer. C’est l’un des moments les plus forts de cette vingt-quatrième soirée de Ramadhan, c’est celui des véritables retrouvailles. Armé d’une guitare électrifiée, il entame tout de « go » une série des chansons, un époustouflant « non-stop » de plus de deux heures. Son orchestre se réduit à un accompagnement sec et dépouillé, une derbouka, un bendir, un synthétiseur et surtout une voix chaude et régulière provoquant un silence quasi religieux dans la salle. Une voix au timbre pur et à la diction parfaite qui interroge le présent et apporte le message du passé, qui raconte aussi les inquiétudes, les espoirs, les angoisses de l’homme de toujours et de partout. Cette voix habitée par la souffrance et le désespoir chantera encore des thèmes universels, liés au devenir de l’humanité. Le poète fustige le mensonge, l’injustice, l’oppression et le vice sous toutes ses formes. Ses mélodies originales sont fortement inspirées du folklore. Lounis a, et comme toujours, utilisé des textes fouillés où le nombreux public présent a découvert toute la puissance de la suggestion et de la métaphore. Il use d’une langue remarquable par sa pureté et sa richesse et son attachement profond à la parole des anciens. Des souffrances intérieures et du mal profond qui semblent miner son être, a brillamment réussi sa chanson de l’Algérie « D’ayen-ay-nesâa d’ayla-negh s’ani-thbgham a n ruh ». C’est tout ce que nous avons, où voulez-vous qu’on trouve refuge ?) ou son interprétation de « Anfyi-kan » (laisse moi). Je traîne le fardeau de mes malheursComme l’escargot sa coquille…)Le public a admirablement suivi Aït Menguellet pendant toute la soirée et apprécié sa chanson « Achou-Gher ? » (pourquoi) où il disait :Mon front est labouré par les joursQui ont semé la souffranceIls ont utilisé le fer rouge en guise de socpour y laisser une trace indélébileIls l’ont labouré en toutes saisonsEt j’ai moissonné les soucis et les peines (…)A 55 ans, Lounis Aït Menguellet, ce digne héritier de Si Mohand U M’hand a fait vibrer la salle des fêtes de la maison de culture de Béjaïa et promet encore des concerts dans les jours à venir. Du côté de ces milliers de ses fans de la capitale des Hammadites qui n’ont pas eu la chance d’y assister, malheureusement, espèrent qu’un jour leur « idole » se produira en plein air notamment dans les stades et pourquoi pas ?C’est un message pour Lounis.
Rabah Zerrrouk
