Une carte politique aux contours indéfinis

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Par Amar Naït Messaoud

C’est aujourd’hui que va démarrer la campagne électorale pour le scrutin du 29 novembre prochain. Des dizaines de partis se présentent ainsi à des élections censées prolonger et affermir le processus de renouvellement institutionnel, lequel sera suivi, en 2013, par la révision constitutionnelle incluse dans l’agenda des réformes lancées par le président de la République en 2011. Tout, ou presque, a été dit sur le dernier scrutin de mai 2012 ayant porté sur le renouvellement de l’Assemblée populaire nationale, sans que le sujet ait pu être épuisé. Ses retentissements au sein de l’opinion, des électeurs et, surtout des partis politiques, continuent à faire des vagues. La “mécanique” du nouveau code électoral et les autres jeux de coulisses n’ont pas manqué de jeter un malaise profond dans les ranges de certaines formations politiques, à l’image du MSP qui, en faisant, à son corps défendant, des ‘’petits’&lsquo,; donne l’image d’un parti sans repères, disloqué épousant très mal les contours que lui assignait au début son ancien patron, Mahfoud Nahnah. Le FFS, de son côté et malgré le score obtenu à l’Assemblée, jugé ‘’honorable’‘ par son staff de direction,  n’en a pas moins pâti des conséquences de sa participation. Une série de dissidences s’est opérée dans le parti au point que l’une d’elle a donné naissance à un nouveau parti, celui de Karim Tabou. Ce dernier vient de révéler (voir El Watan week-end du 2 novembre) que, sa position critique par rapport à la commission des réformes politiques, dirigée par Abdelkader Bensalah, lui a valu une ‘’sèche remise à l’ordre’‘ de certains conseillers d’Aït Ahmed, vu que cette position ‘’gênait des démarches en cours’‘.  Les partis majoritaires à l’APN, à savoir le FLN et le RND, ne manquent pas de traîner de nouvelles dissidences, ou d’autres péripéties d’anciens clivages publiquement assumés. En tout cas, c’est un paysage politique effiloché déchiré et peu cohérent qui s’avance vers les élections locales (APC et APW) qui auront lieu dans 25 jours. Quelles peuvent être les conséquences et les prolongements d’une telle carte politique sur le cours et les résultats du scrutin. C’est connu depuis longtemps, face à une perte de repères ou d’identité les formations politiques donnent naissance à des ‘’individus’&lsquo,; à des coteries et à des regroupements qui s’appuient sur la tribu, le village et, lorsque cela est possible, sur l’argent. Signe des temps, sur les 52 partis participant à la cours aux communales, dans des dizaines de municipalités, il n’ya que deux partis qui s’affrontent. Là où l’on avait craint une dispersion historique des voix et une composition en mosaïque trop diaprée de l’exécutif communal, on se retrouve avec un rétrécissement du champ politique. C’est une logique alimentée par la pléthore de partis agrées, le ‘’combat de chiffonniers’‘  qu’ils mènent depuis des mois et le déficit de maturité chez beaucoup d’acteurs.  Cette architecture de la sociologie électorale qui prend racine dans notre pays se greffe, malheureusement, à une avancée cahoteuse du cadre administratif censé soutenir la marche vers l’émancipation politique de notre pays. Il en est ainsi des nouveaux codes de la commune et de la wilaya, adoptés en 2011, et avec lesquels les élus locaux sont appelés à travailler à partir du 29 novembre prochain. Ces codes reproduisent, à quelques exceptions près, les anciens schémas contenus dans les codes de 1990, et pérennisent la suprématie de l’administration sur les structures élues.  Dans ce contexte, que vaudront les promesses par lesquelles les candidats aux APC et APW émailleront leurs harangues électorales pendant trois semaines à partir de ce dimanche? De quelles assurances réglementaires et politiques disposent-ils pour s’avancer sur un terrain aussi glissant, terrain que les citoyens-électeurs, plusieurs fois bernés et grugés par toutes sortes de boniments, ne connaissent que trop bien?  L’avenir est “une suite de quotidiens», affirme, dans un mot d’esprit, un ancien Premier ministre français. Sur le plan territorial et institutionnel, la République est une somme de communes. Par quels moyens politiques, humains, réglementaires et managériaux le scrutin du 29 novembre prochain pourra concrétiser cette donnée naturelle de la gestion d’un territoire ? D’abord, au vu des précédents électoraux peu consensuels, quel accueil sera réservé par les populations à l’invitation qui leurs est adressée de se rendre aux urnes dans trois semaines? Une éventuelle réédition de l’abstention du 10 mai risquerait de discréditer   encore davantage l’acte de vote dans notre pays. Du côté du ministère de l’Intérieur et des Collectivités locales, on semble moins pessimiste.  On a même introduit un distinguo entre les élections législatives, présidentielles et locales en soutenant que ces trois scrutins ne mobilisent pas les mêmes électorats et que, de ce fait, l’on ne devrait pas avoir d’appréhensions particulières quant à la participation aux élections locales prochaines. En tout cas, dans un futur très proche, on sera édifié sur la validité d’un raisonnement qui voudrait conjurer le mauvais sort par des finasseries de circonstance. Cependant, s’agissant de la gouvernance locale par laquelle, sous d’autres cieux, s’ébauchent la culture démocratique et la conscience citoyenne, les enjeux s’avèrent d’une importance capitale pour la vie quotidienne des citoyens.                          

A. N. M.

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