Selon un habitant des lieux,
«les 80 baraques du bidonville n’ont jamais désempli. Si jamais un occupant parvient à quitter son taudis, il est très vite remplacé par un autre, et souvent par un proche en situation similaire.
Au cœur de la haute-ville de Béjaïa, à la cité Soumari, plus de 80 familles ont élu domicile dans un bidonville au niveau duquel règnent des conditions de vie plus que difficiles.
Sur un vaste terrain, au milieu des arbres, plus de 80 cabanes sont sorties de la terre, occupées par autant de familles. Ces baraques de fortune, construites avec des matériaux rudimentaires et qui sont là depuis des années, abritent des familles entières qui évoluent dans des conditions « insoutenables ». Des murs mal isolés, qui ne protègent ni du froid ni du bruit, des tôles de zinc en guise de toitures, qui risquent d’être emportées à la moindre rafale de vent, des portes et des clôtures aléatoires. A cela, il faut ajouter le problème de la promiscuité entre les habitations, qui élimine toute forme d’intimité et celui de l’exigüité qui est souvent la cause de l’expansion du bidonville. « Comme vous pouvez le voir, les conditions de vie, chez nous, sont insoutenables. Mon habitation comporte deux petites chambres, que j’occupe avec ma femme et mes trois enfants. Si dans quelques années rien ne change, je serai sans doute dans l’obligation d’improviser une autre chambre pour ces derniers », confie un des habitants. En difficulté et sans logement, ces familles n’ont trouvé d’autres choix que de se refugier dans ce taudis, en espérant pouvoir le quitter un jour. Mais comment ? Suffit-il seulement d’espérer pour que le rêve devienne réalité ? Toutes les familles que cet endroit accueille n’ont pas atterri là par hasard. La précarité dans le logement n’est que le fruit d’autres séries de précarités dont on retrouve, en première position, celle de l’emploi.
Une réalité économique difficile
Bien évidemment, c’est tout d’abord la précarité économique qui explique le recours à des formes d’habitat non ordinaires et précaires. A défaut d’un poste d’emploi stable et bien rémunéré plusieurs chefs de familles, qui ont élu domicile dans ce bidonville, se sont confrontés à l’impossibilité de pouvoir assurer un logement décent à leurs familles. C’est le cas de Mahmoud, la cinquantaine, l’un des premiers arrivés au bidonville. Il y habite avec sa famille depuis douze ans, dans une baraque qu’il a lui-même construite avec l’aide de ses voisins. « Avant mon arrivée dans ce bidonville, ma famille et moi habitions avec mes parents dans un appartement F3 à Sidi Ahmed, qui, à un moment donné ne pouvait plus nous contenir. Le départ s’est imposé sans qu’une alternative autre que le bidonville ne se soit présentée. Même une location n’était pas à la portée de mes moyens, puisque j’étais sans emploi. Aujourd’hui, je travaille, mais je gagne juste de quoi subvenir aux besoins immédiats de ma famille, rien de plus pour envisager une location », confie Mahmoud, qui, malgré tout, reste philosophe et garde espoir. Il attend une aide de l’état pour pouvoir s’extirper de cette misère. Comme Mahmoud, les 80 familles du bidonville placent tous leurs espoirs dans une aide publique, sans laquelle elles auront du mal à quitter leurs taudis.
Logement social, le rêve !
Pour faire face à la crise de logement, l’état dispose de plusieurs formules, dont le RHP (résorption de l’habitat précaire). Quelques familles à Béjaïa ont pu bénéficier de logements sociaux dans le cadre de cette formule, dont une partie des habitants du bidonville de la cité Soumari. Toutefois, les quotas de logements destinés à absorber l’habitat précaire sont loin d’être suffisants. Selon un habitant du bidonville, « les 80 baraques du bidonville n’ont jamais désempli. Si jamais un occupant parvient à quitter son taudis, il est très vite remplacé par un autre, et souvent par un proche en situation similaire. Certains arrivent et construisent leurs propres baraques ». Ce témoignage est à lui seul révélateur d’un grand «manque » en matière de logement qui doit être traité avec la plus grande perspicacité. D’autres habitants du bidonville affirment avoir formulé leur demande de logement social au milieu des années 80, sans pour autant avoir bénéficié d’un toit. Cet état de fait exaspère Aziz, un autre habitant du bidonville, qui dit avoir déposé sa demande il y a plus de dix ans. « Depuis dix ans, j’attend vainement que mon nom apparaisse dans les listes des bénéficiaires », dira-t-il dépité. Il est vrai que depuis l’année 2000, seules deux attributions de logements sociaux ont pu avoir lieu, alors que la liste des demandeurs a atteint le seuil des 24 000 demandes, selon des chiffres officiels.
M. H. Khodja

