«Les œuvres de feu Mohia doivent toutes être publiées, mais pour le moment, il s’agira au préalable de reconnaître au grand homme de théâtre et à ses œuvres leur valeur scientifique»
C’est là l’appel qu’a tenu à lancer M. Omar Fetmouche, chercheur et directeur du théâtre régional de Béjaïa lors de la conférence qu’il a animée avant-hier soir, au niveau de la Maison de la culture Mouloud Mammeri, à l’occasion de l’hommage rendu à l’artiste Mohand Ouyahia. Lors de son intervention, le directeur du théâtre régional de Béjaïa a en effet interpellé les autorités et les a exhortées à acquérir des œuvres de Mohia qui n’ont pas pu être publiées. «C’est le droit de l’Etat de revendiquer les œuvres de Mohia pour les publier et les mettre à la disposition des professeurs d’université et des étudiants, mais surtout des chercheurs», dira-t-il. En effet, en plus des œuvres que l’artiste a enregistrées avant son décès, de nombreuses autres ne l’ont pas été. Lors de son témoignage et de sa participation à l’hommage, Tahar Slimani, vieux compagnon de Mohia, fera en effet savoir : «Mohia a réadapté en kabyle toute l’œuvre de Molière, mais cette réadaptation est confisqué par une certaine personne», une personne dont il ne donnera cependant pas le nom. Il faudra donc, dans un premier temps, et d’après M. Fetmouche, restituer toutes les œuvres de Mohia, pour pouvoir ensuite entamer un vrai travail d’investigation et de recherche sur tout ce qu’il a fait. M. Fetmouche ajoutera : «le travail de Mohand Ouyahia ne se résume pas à des adaptations, comme on le dit injustement, il a laissé un grand travail de pure création». Insistant sur ce point, le chercheur expliquera : «Mohia tire certes une certaine inspiration de l’œuvre originale, mais au final, on ne retrouve que de rares similitudes entre ce qu’il crée et les textes littéraires étrangers, étant donné que Mohia les adapte au contexte, aux traditions et à la culture de la société kabyle».
L’œuvre de Mohia, un patrimoine national à promouvoir
C’est d’ailleurs pour cette raison que le chercheur a insisté sur le fait qu’il est plus que primordial de rendre à l’auteur, à l’homme de théâtre, sa valeur scientifique : «Mohia et malheureusement injustement étiqueté comme étant un adaptateur, alors qu’il est tout simplement un génie. Son travail est beaucoup plus complexe qu’il ne le paraît, même difficilement compréhensible». M. Fetmouche appellera par ailleurs à la nécessité de ne pas folkloriser la mémoire de Mohia. «Il faut plutôt faire en sorte que ses pièces soit étudiées à travers des colloques et des conférences débats», clamera-t-il.
Il signalera d’ailleurs le manque d’implication des étudiants dans l’étude des œuvres de Mohand Ouyahia : Les étudiants se cantonnent dans leurs travaux de recherches aux simples bibliographie et biographie de l’artiste et ne s’intéressent nullement aux questions de fond», dira-t-il. Mais comment peuvent-ils faire autrement si ses œuvres ne sont pas disponibles ?
C’est d’ailleurs là la question soulevée par de nombreux intervenants, comme cet étudiant de l’institut national des arts dramatiques (INAD) qui lancera en pleine conférence un «SOS» à l’orateur afin d’aider les étudiants de cette institut ainsi que celui de l’Institut supérieur des métiers des arts du spectacle et de l’audio visuel (ISMAS) à se procurer les œuvres de Mohia pour les utiliser dans leurs travaux de fin d’études. Une doléance à laquelle le responsable promettra de répondre «avec tout les moyens dont nous disposons, que ce soit nos propres troupes de théâtre, où encore les quelques enregistrements dont nous disposons», assurera-t-il.
Vers un concours de dramaturgie «le Mohia d’or»
L’implication du directeur du théâtre régional de Béjaïa est telle qu’il annoncera la tenue prochaine d’un festival consacré au répertoire de Mohia à Béjaïa : « nous n’avons pas encore fixé la date, mais cela devra se faire entre les mois d’avril et mai prochains. Ce sera un festival consacré au répertoire de Mohia sur lequel, les participants, chercheurs, professeurs, dramaturges et autres sociologues, psychologues, anthropologues et hommes de science se pencheront », précisera-t-il. Par ailleurs, l’idée d’un concours au nom du dramaturge ne manquera pas d’être proposée. En effet, M. Omar Fetmouche invitera le directeur de la culture de Tizi-Ouzou, Ould Ali Lhadi, à travailler ensemble à l’élaboration et l’organisation d’un concours pour les jeunes talents et auteurs de pièces théâtrales : «Un concours que nous appellerons peut-être ‘’le Mohia d’or’’ qui nous permettra de découvrir et de récompenser les jeunes talent», lancera-t-il, «Ou encore ‘’un festival de Thachvaylit’’», proposera-t-il. Il conclura en disant :«Dans un travail d’investigation, nous instruirons plusieurs troupes de mettre en scène la dite pièce, et à travers les différentes interprétations, nous parviendrons à percer certains aspects et caractères cachés du dramaturge. Ce n’est qu’après de telles initiatives que l’œuvre de l’artiste sera, peut-être, comprise, à sa juste valeur».
Ch. T.

