Abderrahmane Bouguermouh s’est éteint avant-hier – Un autre monument s’en va

Abderrahmane Bouguermouh n’est plus.

Le monument du cinéma algérien s’est éteint, avant-hier en soirée à l’hôpital Birtraria à Alger, à l’âge de 77 ans, suite à une longue maladie.

Il sera enterré aujourd’hui, dans son village natal à Ighzer Amokrane, dans la wilaya de Béjaïa. Tout le monde reconnaît en lui sa générosité et sa disponibilité.

D’ailleurs, l’année dernière, malgré sa maladie, il avait tenu à être présent à l’enterrement de Chérif Kheddam à Boumessaoud, dans la commune d’Imsouhal.

Ce jour-là Bouguermouh présentait, en effet, des signes de fatigue qui en disaient long sur sa maladie. Une année plus tard, cette maladie a fini par avoir raison de lui.

Elle l’a emporté dimanche dernier, au grand dam des milliers d’admirateurs et d’hommes de culture qui envahiront, à coup sur, le village Ighzer Amokrane pour lui rendre un ultime hommage à l’occasion de son enterrement.

Abderahmane Bouguermouh s’en est allé mais il a laissé derrière lui une oeuvre qui restera éternelle. On lui reconnaît le fait qu’il soit le premier à mettre en image, pour reprendre l’expression du directeur de la culture de Tizi-Ouzou, Ould Ali El Hadi, un film en Tamazight.

Il s’agit de « La Colline oubliée », une œuvre de Mouloud Mammeri qu’il adaptera en œuvre cinématographique en 1996. Sinon, Abderrahmane Bouguermouh a réalisé plusieurs autres oeuvres cinématographiques.

Il a à son actif, en effet, trois autres longs métrages, « Les oiseaux de l’été » (1978), « Kahla oua beida » en 1980, et « Cri de pierre » (1986).

L’enfant de Béjaïa s’est toujours sacrifié pour le 7e art algérien, d’une manière générale, pour le cinéma Amazigh, en particulier, et son parcours plaide pour lui.

Né le 25 février 1936 à Ouzellaguen, d’un père instituteur et d’une mère analphabète, Bouguermouh a suivi ses études secondaires à Sétif où il a vu de prés l’horreur et la mort lors des événements de 1945.

En 1957, il rencontre l’écrivain Mouloud Mammeri avec qui il lia en suite une amitié infaillible. Il réalisa ses premières émissions en 1960, après ses études à l’Institut des hautes études cinématographiques (IDHEC) de Paris.

En 1963, il participe à la création du CNCA (Centre National Cinématographique Algérien), avant d’en être exclu en 1964, à cause de ses idées.

Une année plus tard, soit en 1965, il tourne « Comme une âme », une adaptation d’un texte de Malek Haddad. Le film, un moyen métrage en berbère, lui a été toutefois refusé par le ministère de l’époque qui en exigeait une version arabe. Il en a été de même, d’ailleurs, pour « La Colline oublié », dont le projet de tournage lui avait été refusé en 1968.

Au passage, il réalisa une série de documentaires de 1965 à 1968. On citera, à titre d’exemple « l’enfer à dix ans », « 8 mai 1945 », « jeux universitaires maghrébin », « Ghardaia », « Souf » et autres.

Après 1968, il a connu une traversée du désert, avant qu’il ne collabore avec Mohamed Lakhdar Hamina dans « Chronique des années de braise », en 1973, avant qu’il ne  réalise, successivement, pour la télévision, « Les oiseaux de l’été », en 1978, puis « Kahla oua beida », en 1980, qui a eu un grand succès populaire.

En 1987, il tourne son premier long métrage en 35mm, « Cri de pierre », plusieurs fois primé à l’étranger, mais très attaqué en Algérie.

En 1989, on lui accorde, enfin, l’autorisation de tourner en berbère « La Colline oubliée».

En 2012, il a reçu l’« Olivier d’or », la plus haute distinction du festival du film amazigh, par rapport à cette adaptation.

C’est dire, en somme, que Abderrahmane Bouguermouh a connu une vie mouvementée, caractérisée par un combat sans faille et continuel pour le cinéma et la culture algérienne, Amazighe en particulier.

A travers sa disparition, l’Algérie vient de perdre un autre monument dont le nom restera gravé à tout jamais dans la mémoire collective du pays.                                                    

M. O. B