Pour une pédagogie de l’action institutionnelle

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Le ministère de l’Aménagement du territoire, de l’Environnement et de la Ville est sans doute l’une des institutions publiques algériennes qui offraient, pour le large public et même pour une partie des médias, peu de  »visibilité » quant aux missions qui lui sont dévolues.

Par Amar Naït Messaoud

Une partie de l’opinion publique arrive difficilement à situer l’action d’un tel département ministériel qui semble, dans la lecture superficielle qui en est faite, s’occuper à la fois de  »tout et de rien ». Cette impression de « flou artistique » n’est pas due à la structuration de l’organigramme du gouvernement, hormis sans doute le fait que ledit ministère ne dispose pas de démembrements (subdivisions) au niveau des daïras. Le phénomène est peut-être à chercher dans l’impact concret que l’action du ministère a à exercer sur le terrain. La relation avec la population est longtemps demeurée confinée à la gestion des déchets ménagers et des décharges publiques. Lorsque ce département comptait dans son organigramme la direction du tourisme, c’est souvent cette dernière activité qui apparaissait en saillie dans les médias. Depuis septembre 2012, lorsque le gouvernement Sellal a été formé le ministère de l’Aménagement du territoire et de l’Environnement, dont le portefeuille est revenu à Amara Benyounès, est « délesté » de la direction du Tourisme- laquelle va constituer un ministère à part entière avec l’Artisanat-, pour se voir greffer une autre direction, celle de la Ville. Rappelons que cette dernière était prise en charge, en tant que ministère délégué au début des années 2000; le poste revenait à Abdelhamide Boukerzaza. L’action du ministère de l’Aménagement du territoire, de l’Environnement et de la Ville (MATEV) a été dès les premières semaines après la formation  du nouveau gouvernement, fortement médiatisée lorsqu’elle a cherché à s’inscrire dans la proximité la plus porteuse, à savoir le nettoyage des quartiers et des boulevards de nos villes et villages. Les walis, les chefs de daïra, les directeurs des exécutifs de wilayas, les maires, les associations et les comités de quartiers ont été puissamment impliqués dans des journées de volontariat, qui se sont étalées sur plusieurs week-ends. Tout en appréciant à sa juste valeur ces actions d’envergure, les populations et le monde associatif attendent une politique pérenne en matière de gestion de l’environnement domestique, tout en sachant que les principaux acteurs d’une telle politique ne peuvent être que les populations elles-mêmes. Les pouvoirs publics sont là pour un accompagnement logistique en aval. Dans ce cas de figure, l’aval commence sans doute dès le dépôt des ordures ménagères dans les dépotoirs publics agrées. Le transport des ordures et la gestion des centres d’enfouissement techniques relèvent des missions des collectivités locales et des directions de l’Environnement. Mieux encore, d’autres ministères sont concernés par les questions de l’environnement, particulièrement lorsqu’on pose la problématique du recyclage de certains types de déchet (métaux ferreux, non ferreux, verre, plastique,…), et ce, dans l’optique de créer de petites et moyennes entreprises chargées des opérations de recyclage.  La coopération des populations, par l’intermédiaire des associations et des comités de villages, est attendue par les pouvoirs publics dans la facilitation d’ouverture de décharges contrôlées ou de CET ; car, jusqu’à présent, de farouches résistances ont été à plusieurs reprises, exprimées par des habitants face à des projets de ce genre. La wilaya de Tizi Ouzou est, en la matière, riches en exemples. 

Les objectifs de la bonne gouvernance des territoires

Si dans le domaine de l’environnement domestique, l’action du MATEV commence à être reconnue par les citoyens, les autres aspects de l’environnement suscitent sans doute moins de réactivité au vu de la spécificité des sites et de la complexité des opérations. Il en est ainsi des effluents industriels (usines de détergents, mégisseries, ateliers de pâte à papier,…) et des émanations poussiéreuses (cimenteries) ou gazeuses. Sur ce plan, l’Algérie dispose d’une riche panoplie de lois censées protéger les populations et la nature contre toute forme d’atteinte environnementale. Les associations de défense de l’environnement sont en attente d’une politique offensive en la matière, particulièrement dans cette période d’ « aisance financière » qui permet l’accompagnement de tous les investissements industriels par des mesures d’atténuation tendues vers la protection de l’environnement.  Indubitablement, l’axe qui demeure le moins médiatisé de l’action du ministère est justement la première tranche de son intitulé: « aménagement du territoire ». Il faut dire que, au niveau des wilayas, la confusion a été longtemps entretenue au sujet des missions des DPAT (directions de la planification et de l’aménagement du territoire). Ces directions ne se sont, en effet, occupées que des inscriptions des programmes sectoriels de développement et des crédits des payements y afférents. D’aménagement du territoire, il n’y en a point. Depuis 2011, elles ont été rebaptisées directions de planification et du suivi budgétaire (DPSB), ce qui réponde mieux à leur mission. L’aménagement du territoire est un concept complexe qui convoque les notions géographie physique et de géographie humaine. Le territoire est pris dans son ensemble dans l’objectif de le soumettre à la bonne gouvernance. La bonne gouvernance, dans ce cas de figure, suppose la répartition équilibrée de la population, la distribution équitable des infrastructures et des équipements publics (routes, autoroutes, habitat, services, unités de santé espaces de loisirs, investissements industriels,…), et la gestion rationnelle des ressources (eau, terres agricoles, forêts, foncier industriel,…). C’est là assurément, le volet le plus complexe et le moins  »compris » de ce ministère. Il ne se manifeste pas de façon concrète et figée dans une commune ou une wilaya; il s’agit d’une coordination assez rigoureuse qu’il y a lieu d’assurer entre les actions de plusieurs ministères de façon à obtenir cette bonne gouvernance des territoires tant souhaitée. La bonne gouvernance territoriale est la politique par laquelle l’anarchie urbanistique et architecturale qui étouffe les milieux urbains, l’exode rural qui assiège les villes, le développement qui peine à s’installer dans les zones de montagnes, la désertification qui menace sérieusement les zones de steppe, la littoralisation excessive et asphyxiante du développement du pays, enfin, tous les signes du « mal-développement » dont souffre le pays, à l’ombre d’une manne financière historique, sont appelés à être jugulés, voire neutralisés à terme. C’est la philosophie même portée par le Schéma national d’aménagement du territoire (SNAT), adopté en 2010 par le gouvernement.  Lorsqu’il a  été initié en 2004 par le MATEV, ce Schéma a été conçu pour  »anticiper les ruptures et les risques pesant sur l’espace algérien en tant que lieu de vie à protéger et à préserver », selon les termes de l’ancien titulaire de ce ministère, Cherif Rahmani. Le SNAT se donne pour ambition de fixer, à l’horizon 2025, les grandes orientations spatiales en matière d’investissement et de politique de développement, localisation des infrastructures de base et des équipements publics, voies de communication, ouvrages hydrauliques, zones à urbaniser, zones touristiques,…comme il prévoit aussi les actions qui pourront valoriser les espaces particuliers caractérisés par une sensibilité exceptionnelle comme les zones littorales, les couloirs steppiques, les zones désertiques, les franges frontalières et les zones de montagne. En tout cas, les missions- nombreuses, variées et complexes- du ministère de l’Aménagement du territoire, de l’Environnement et de la Ville méritent bien des actions pédagogiques en direction des associations, des écoles et même de la presse, particulièrement pour les volets qui sont caractérisés par une certaine « abstraction » notionnelle ou méthodologique.  

A.N.M.

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