Au terme du congrès algéro-français sur la toxicomanie, organisé le week-end dernier à l’établissement hospitalier spécialisé en psychiatrie Fernane-Hanafi de Oued Aïssi, les congressistes ont convenu de la nécessité de coordonner les efforts entre pays touchés par ce fléau et échanger les expériences de lutte mises en pratique dans chaque pays, ainsi que l’utilité de la prise en charge thérapeutique des toxicomanes. Il est recommandé également l’implication de tous les services de l’Etat et de la société pour endiguer ce fléau qui ravage des pans entiers de la société. « C’est une affaire qui concerne tout le monde », ont plaidé les conférenciers qui se sont succédés à la tribune. Les participants dont la majorité sont des étudiants, ont eu à écouter durant cette journée, pas moins de seize communications, développées par d’éminents médecins, portant sur la prévention, la lutte, les effets et les conséquences ainsi que la thérapie devant être apportée aux toxicomanes. Dans une longue intervention, le président du Comité national de lutte contre la drogue et la toxicomanie a présenté le plan directeur national élaboré par l’Office national de lutte contre la drogue et la toxicomanie. Il dira d’emblée, que les politiques menées, tendant à prévenir et à réprimer le trafic et l’abus illicite des drogues afin de préserver la jeunesse algérienne, « sont des missions qui s’imposent à la fois en termes de défis et d’enjeux ». « Les services de lutte ont tous ressortis dans leurs rapports une série de crimes et délits commis sous l’effet de la drogue », a-t-il plaidé. Pour bien appréhender la nature et apprécier l’évolution du phénomène de la drogue et la toxicomanie dans notre pays, le conférencier a proposé un bref aperçu historique. La première alerte avait été enregistrée en 1975 avec la saisie de trois tonnes de cannabis et l’arrestation des auteurs en majorité étrangers. La deuxième a été donnée en 1989 suite à la saisie de plus de deux tonnes de résine de cannabis et l’interpellation de près de 2 500 personnes. « Depuis cette date, on observe une évolution plus ou moins constante d’année en année », affirme-t-il. Il affirme que l’année 1992 a marqué un tournant décisif dans le trafic, « du fait de la saisie de près de sept tonnes de résine de cannabis ». Elle s’est confirmée, ajoute-t-il, les années suivantes avec des saisies mineures mais révélatrices, d’héroïne, de cocaïne ainsi que des quantités importantes de substances psychothropes. Dans l’optique de localiser les provenances de ces produits, le président de CNLCDT indiquera que la drogue provenant de la région-ouest, est acheminée d’une part vers les ports d’Oran et d’Alger, pour être exportée à destination de l’Europe et d’autre part, vers les pays situés à l’Est et au Sud de l’Algérie, en passant par Ouargla et notamment El Oued. Cette dernière tend à devenir un carrefour important du trafic à destination de la Tunisie, Libye et du Moyen-Orient. Les frontières sud, allant d’El Oued jusqu’à Tamanrasset, dira-t-il encore, sont également un danger certain, caractérisé par le réseau de trafiquants de drogues. Pour l’orateur, l’Algérie, en l’état actuel des choses n’est ni un pays producteur ni consommateur à grande échelle, toutefois, « elle constitue un espace de transit privilégié, puisque révèle-t-il, 90 % des quantités saisies par les services concernés, ces dernières années, sont destinées à être commercialisées dans les pays européens. Le conférencier conclut que la politique de lutte contre ce fléau passe par la prévention, avant de déployer les moyens répressifs. De son côté, le président de l’association française « Spiritee » Ugo d’Alesandro a mis en exergue les points forts de l’expérience française dans ce domaine, en favorisant les rencontres de groupes thérapeutiques. « L’implication des citoyens est importante et les moyens qui doivent être mis à leur disposition sont indispensables », dira-t-il. Il estime, par ailleurs, que la prévention suppose la création d’une équipe plus disciplinée. Dans une intervention intitulée « Jeunesse toxicomane et délinquance » est mis en relief les quatre cas de figures, qui pourrait se présenter à un médecin. Le docteur a développé de son côté une communication ayant trait à la consultation cannabis, l’occasion d’ »un dépistage précoce de pathologie mentale », que toute l’assistance a apprécié. Les participants se sont accordés à affirmer que le congrès est une expérience fructueuse qui devra être rééditée.
M. Aït Frawsen
