La wilaya de Béjaïa découvre de plus en plus et avec horreur et consternation, le phénomène du suicide qui ne cesse de prendre des proportions alarmantes dans la région. En effet, ce mal, qui continue d’endeuiller des familles entières sans distinction aucune et qui a fait couler beaucoup d’encre, reste une « énigme » pour les citoyens qui n’arrivent toujours pas à imaginer les véritables causes qui poussent les gens à mettre fin à leur vie par pendaison, en se jetant des immeubles, des ponts ou en avalant des produits dangereux tels les acides…Ce phénomène, longtemps pris pour un acte isolé commis par des personnes vivant en marge de la société, gagne de plus en plus du terrain pour atteindre aujourd’hui toutes les couches de la population. A Aokas, où le suicide bat son plein, ce « fléau » est devenu une monnaie courante et ne cesse de meubler les discussions des riverains qui gardent avec beaucoup de tristesse et à jamais dans leurs mémoires le suicide de ce « dentiste » de Tizi N’berber qui s’est donné la mort par pendaison; d’autres parlent de cette malheureuse fille de Akkar qui a préféré mettre fin à ses jours en avalant des gorgées d’acides. « La situation est très grave et rien n’augure une éventuelle solution à cette horreur », nous a déclaré un jeune citoyen de la région et d’ajouter : « La société traditionnelle fondée sur la psychologie du groupe où l’individualisme, est assimilée à une « hérésie », rejette et condamne sévèrement tout ce qui ne rentre pas dans son « moule », à plus forte raison l’acte par lequel on se donne la mort n’a plus de prise sur les individus ». Si on enchaîne sur le littoral béjaoui, plus particulièrement, presque toutes les régions enregistrent leurs lots de suicides et la liste macabre ne fait que se prolonger. A Melbou, une coquette station balnéaire située à une quarantaine de kilomètres à l’est de Béjaïa la population ne s’est pas encore remise de ce suicide dont a été victime un jeune « gardien » originaire de « Bakarro » retrouvé suspendu à un poteau électrique à quelques encablures du siège de l’APC. « C’est incroyable mais vrai », ont déclaré nos interlocuteurs. A Darguinah, Tamridjet, Aït Smaïl, Kherrata où dans les régions ouest de la capitale des Hammadites, le spectre du suicide est omniprésent. « La société qui devait assurer à l’individu un minimum de bien-être sous-tendu par une solidarité à toute épreuve n’est plus en mesure de tenir ses engagements et l’individu, affaibli et psychologiquement fragilisé parce que marginalisé, se trouve tout seul face à lui-même, désarmé dans un environnement qu’il ne reconnaît plus », nous a déclaré une psychologue que nous avons interrogé. C’est un véritable drame qui a été occulté pendant des années mais, comme disait l’adage de nos terroirs, « on ne peut cacher le soleil avec un tamis ». Les chiffres vérifiables auprès des services concernés, sont effarants, presque toutes les couches et les tranches d’âges sont frappées de plein fouet par cette « catastrophe » du suicide pour des causes multiples. La misère, le dénuement, le chômage, la perte de l’emploi, les problèmes familiaux, la frustration, le désespoir et la détresse des jeunes, notamment, qui ne croient plus en rien ni en cette vie, complètement ratée et qui empoisonne leur quotidien. « Pour les uns les portes sont grandes ouvertes dans tous les domaines, pour nous par contre on brandit à chaque sollicitation le spectre du tarissement », nous a déclaré un chômeur. La situation est plus que dangereuse et rien ne montre une éventuelle prise au sérieux de ce phénomène qui ronge inexorablement la société. « Celui qui se donne la mort, volontairement, est une victime qui rencontre son bourreau… et se tue ». A. Dumas. La saignée poursuit son chemin et les candidats au suicide sont nombreux !
Rabah Zerrouk
