Kadiria Ni gaz, ni électricité, routes délabrées… – El Guerariche, un village oublié

Les villageois de la localité d’El Guerariche, relevant de la commune de Kadiria, à une quarantaine de kilomètres au nord-ouest du chef-lieu de la wilaya de Bouira, se disent abandonnés par les autorités locales et dénoncent énergiquement la dégradation de leurs conditions de vie qu’ils qualifient delamentables.

Ce hameau, de près de 900 habitants, situé sur le flanc ouest de la montagne qui surplombe la commune de Ziraoua, est pour ainsi dire coupé du monde. Pour y accéder, il faut arpenter un chemin sinueux, à dos de mulet, tant cette piste est accidentée. En quelques endroits, cette piste est carrément impraticable, notamment par temps pluvieux, comme ce fut le cas lors de notre passage sur les lieux. Quelques gouttes suffisent pour transformer cette piste en un vaste marécage boueux. Cette prise de contact, donne un petit aperçu du calvaire que peuvent subir les habitants de ce bourg. Les villageois, du moins ceux qu’on a pu croiser, donnaient l’impression d’éprouver un profond mal-être, à cause de la misère et de la précarité qui les entourent. Ces sentiments d’abandon et d’exclusion ont fait naître chez la population un profond désarroi. En effet, les moindres commodités font défaut. Pour certains citoyens, la misère, la souffrance et le désespoir font partie de leur quotidien. « Ni gaz, ni électricité ni routes… Tout est inexistant ! », déclarent d’un ton dépité et exaspéré bon nombre de villageois interrogés. Ces derniers réclament, notamment, le raccordement de leurs foyers aux réseaux d’eau potable et de gaz naturel, l’aménagement des routes. «Notre village n’a bénéficié depuis l’indépendance, d’aucun plan d’aménagement. Nous sommes isolés du monde. Nous manquons de tout », dira Mokhtar, un grand père de son état. Avant d’ajouter : « On nous a uniquement abreuvés de fausses promesses ! Aussi bien les différents walis qui sont succédés à la tête de la wilaya, que les soi- disant élus locaux que nous avons eu ». El Hachemi, jeune chômeur, soulignera quant à lui le fait que son hameau serait le cadet des soucis des élus et des pouvoirs publics. « Qui connait El Guerariche ? Je suis prêt à parier qu’aux yeux des hauts responsables de la wilaya, on n’existe même pas sur la carte. La vie ici est impossible ! On n’a absolument rien, on vit encore à l’âge de pierre », dira-t-il d’un ton rageur. Concernant le raccordement au réseau d’AEP, certains habitants ont noté le fait que plusieurs demandes ont été faites auprès des services concernés, mais, selon eux, celles-ci sont restées lettres mortes. «On nous a promis l’eau… Où est-elle ? », s’est interrogé Abdallah, un retraité des PTT originaire de la commune voisine de Ziraoua. Avant d’ajouter : « Nous sommes encore contraints de nous approvisionner en eau à partir des puits forés durant la période coloniale et d’aller la chercher à dos d’âne ». Karim, un jeune employé du pré-emploi et qui était en première ligne, lors des manifestations organisées par ses camardes à Bouira et à Alger, assure que les autorités de la wilaya se sont engagées à les alimenter en eau potable à partir du barrage de Koudiat Acerdoune. « En 2010, on nous avait promis que notre localité allait être alimentée à partie du barrage. Trois ans plus tard, rien n’a été encore réalisé. Aujourd’hui, nous sommes toujours obligés de parcourir des kilomètres pour nous approvisionner en eau», déplorera-t-il.

Des habitants indignés

 

Informé que la daïra de Kadiria et ses communes et localités allaient bénéficier d’un programme de raccordement à partir des eaux dudit barrage à partir de 2014, selon les estimation faites par le ministre des Ressources en eau lors de sa visite à Bouira, notre interlocuteur, s’est montré incrédule. « Ah bon ? Le ministre a promis cela? Eh bien cela doit faire partie du lot de promesses qui sont faites depuis… 2007 ! », a- t-il lancé d’un ton ironique. Quant au gaz naturel, ces villageois désespèrent de voir, un jour, leurs foyers raccordés à ce combustible. « On peut toujours rêver ! Et puis, ne dit-on pas que l’espoir fait vivre », dira avec une pointe d’humour et une bonne dose de sarcasme, Mahmoud, éleveur de son état. Et d’enchainer d’un ton beaucoup plus sérieux et amer : «Cet hiver, comme les précédents d’ailleurs, on s‘est retrouvés seuls face au froid, la neige et les intempéries. Sans bois pour nous chauffer et je ne parle même pas de bonbonnes de gaz. Ces dernières, sont un luxe pour nous. C’est un scandale et une honte de recourir au bois, en 2013, et quand il y’en a, pour nous réchauffer et cuisiner», s’est-il indigner. Ces villageois, abandonnés à leur sort, ne savent plus à quel saint se vouer, ni à quel responsable se plaindre, pour mettre un terme à ce calvaire qui n’a que trop duré. Pour rappel, en 2009, ces mêmes villageois avaient tenu un sit-in devant le siège de l’APC de Kadiria, dans le but d’exprimer leur mécontentement et de réclamer un semblant d’aménagement pour leur hameau. Ces témoignages reflètent bien la détresse et l’exaspération des villageois face à leur triste sort. La population locale souhaite que les autorités prennent en considération ses conditions, jugées misérables, et en appelle au premier magistrat de la wilaya pour qu’il prenne les mesures adéquates. « On lance à un appel au wali, afin qu’il vienne se rendre compte, par lui-même, de la précarité qui frappe notre village », nous a-t-on indiqué.

Ramdane. B.