Dès l’arrivée de la première vague de froid, on a assisté à une véritable ruée des citoyens à travers champs à la recherche de bois sec qui devrait servir au chauffage. Pour ce faire, divers moyens de transport sont utilisés : tracteurs, bêtes (mulets, ânes) jusqu’aux brouettes et même sur les dos pour les démunis qui confectionnent des fagots qu’ils ramènent sur leurs épaules. La moindre brindille est ramassée. Quoi que l’on dise à propos de l’embellie financière, ce brusque retour à ce moyen de chauffage rudimentaire, préhistorique, souligne on ne peut mieux la situation sociale des plus précaire de toute une région atteinte de plein fouet par la misère. Ils ne sont désormais plus nombreux ceux qui peuvent se payer le luxe d’un autre moyen de chauffage (gaz, électricité, mazout). Si dans d’autres régions, on évoque la chute du pouvoir d’achat, dans cette région de Kabylie ce terme perd toute sa signification en l’absence de repères d’évaluation. Une baisse du pouvoir d’achat par rapport à quoi? Quand on sait que le minimum qui se réduit à un repas quotidien équilibré est inexistant dans plus des 80% de foyers! «Si la dignité omniprésente chez ces campagnards les empêche de gémir ou de se plaindre, se contentant de serrer la ceinture un peu plus chaque jour, la provocation par ces milliards de dollars engrangés qu’on annonce en bombant le torse ne passe pas inaperçue. Les pouvoirs publics devraient cesser de tirer le diable par la queue. Les réactions imprévisibles et incontournables de la région devraient aussi donner à réfléchir aux décideurs», commente ce sujet un représentant de la société civile de la localité de Saharidj qui nous dira que «nul n’est mieux placé que les représentants de la société civile pour constater l’exaspération de ces citoyens dont ils partagent le quotidien». Notre interocuteur termine par : «Ce retour massif au bois pour le chauffage articule une situation sociale des plus préoccupantes et qui nous oblige à tirer la sonnette d’alarme (un ventre creux n’a pas d’oreilles) car la sagesse risque d’être écartée par la misère… la patience aussi».
Omar Soualah
