Il est devenue fréquent que l’on soit surpris par une laie meneuse, à la tête d’une compagnie de marcassins, ou par un sanglier solitaire qui traverse la route, pour ensuite disparaître rapidement dans les bois.
De nos jours, ces animaux sont fortement présents sur les divers chemins aux lieux dits « les oliviers », « les aiguades » ou à « Cap Carbon ». Et l’on assiste à de véritables parades, régulières et imposantes. De ce fait, les voies qu’empruntent les résidents et les touristes, jadis rassurantes, ne sont plus sans risques. Des dizaines de sangliers qui sont, généralement casaniers, se pavanent le long de la route, aussi bien de jour comme de nuit. Ils sont perceptibles à partir de Sidi Bouali ou du cimetière juif, lieu de départ vers les Aiguades, jusqu’à l’arrivée à ce site pittoresque. Faut-il préciser que la plage des Aiguades et le Cap Carbon sont des lieux très prisés par les estivants, Bougiotes ou étrangers. En été surtout, on s’y rend quotidiennement, à pieds ou en voiture. Et l’on se rend compte, le long des six kilomètres de route que l’on fait pour atteindre cette plage, bordée de part et d’autre de forêts et de buissons, du véritable danger qui menace les vacanciers. Si pendant le jour, les sangliers occupent les limites du bois, dés la tombée de la nuit, ils envahissent la route et deviennent les seigneurs des lieux. Ces bêtes énormes, de couleurs gris-brun, pèseraient, à vue d’œil, entre 130 et 160 kg, et dépassent 1,30m, avec des défenses énormes et bien visibles, viennent fouiner dans les restes de nourritures balancés par des touristes indélicats. Parfois, ces bêtes n’hésitent pas à s’attaquer aux passants. « L’autre jour, des enfants non accompagnés et inconscients ont pris un bâton pour donner un coup à un sanglier, si je n’avais pas été là l’un d’eux aurait surement reçu des défenses de l’animal dans le ventre », nous dira un sexagénaire, habitué des lieux et témoin de la scène. « Plusieurs véhicules ont échappé de justesse à des accidents qui auraient pu être fatals », ajoute notre interlocuteur. Ce phénomène d’envahissement des lieux par ces animaux semble nouveau et ses causes sont multiples. « Je constate que le nombre de sangliers a augmenté ces derniers temps», affirme le sexagénaire. Pour en savoir plus sur cette forte apparition des sangliers, nous nous sommes adressés auprès des services du Parc National de Gouraya (PNG, gestionnaire des lieux). Au niveau de cette structure, il semble que l’on a pris conscience du problème et « le constat est bien réel. Il y’aura une étude sur cette surpopulation de sangliers prochainement, dans le cadre du plan 4 d’études, concernant le PNG. Et pour l’instant, nous n’avons aucune statistique sur cette surpopulation », nous dira M. Farid Achour, chef de département de sensibilisation au PNG. Pour ce qui est de l’existence d’un plan de chasse, « il ne peut pas y avoir de plan de chasse, car notre mission est, avant tout, la protection, et la chasse est interdite. Toutefois, nous allons accentuer la sensibilisation pour que les estivants s’abstiennent de jeter les ordures dans des endroits inappropriés », ajoutera notre interlocuteur qui n’omet pas de préciser qu’« effectivement, il y’a des risques bien réels, notamment d’accidents qui pourraient s’avérer graves », dira-t-il. Du PNG, on nous oriente vers la Conservation des forets. Au niveau de cette direction, habilitée à autoriser la chasse, on nous dit : « Nous avons des contacts avec des associations de chasseurs à qui des autorisations sont accordés par la wilaya, après notre avis, bien sûr, suite à la demande d’agriculteurs dont les champs ou les récoltes ont été endommagés par des attaques de sangliers », nous dira M. Mahmoudi, directeur de la conservation des forêts de Béjaïa. Par ailleurs, les raisons de ce phénomène sont dues au fait que « ces animaux se sont habitués à venir sur les lieux, car par les gens laissent derrière eux les restes de leurs repas après une journée passée à la mer », avance notre interlocuteur. Si ce constat est bel et bien réel, il n’en demeure pas moins que la collecte d’ordures ne se fait pas régulièrement. En effet, l’on constate, le long de la route des Aiguades, de grands sacs blancs pleins d’ordures éventrés par des bêtes. « La collecte relève des services communaux », ajoute le conservateur des forêts. Signalons, aussi, qu’au bois des Oliviers, des sangliers côtoient des enfants insouciants et préoccupés par l’aire de jeux, se trouvant dans ce périmètre. Quant aux gens qui y viennent pour un pique-nique, si pour l’instant « aucune attaque grave de sangliers n’a été enregistrée, des tentatives d’agressions surviennent de temps en temps », nous dira un marchand de bonbons, rencontré sur ce lieu. On remarquera à travers les endroits visités qu’il n’y aucune indication qui signale la présence de ces sangliers. Si les louables initiatives de nettoyage des plages sont à applaudir, ce phénomène de descente des sangliers est à prendre en charge urgemment, au vu des menaces multiples qu’il présente.
Y. B.

