Entre émerveillement et profanation

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Sitôt introduit dans le périmètre du Parc National de Gouraya (PNG), l’esprit est baigné par une cascade d’envoûtements. On se sent déjà si loin de la cohue de la ville et de ses bruits stressants. La puissante imprégnation olfactive des senteurs de chlorophylle, la luxuriance de la végétation et la foison d’espèces faunistiques qui peuplent ce site paradisiaque, convie le visiteur à une suave randonnée. De quoi se réconcilier avec soi-même et assouvir ses rêves d’exotisme et d’escapade. Le singe magot fait partie des 1 224 espèces faunistiques protégées qui font la richesse du PNG. Ce primate anthropomorphe, qu’on rencontre au hasard d’une déambulation du côté de la baie des Aiguades, apprécie la proximité de l’homme. Pas moins de 564 espèces de poissons, 152 espèces aviaires et 35 espèces animales y sont, par ailleurs, répertoriées. Concernant la flore, les responsables du PNG font état de la présence de 974 espèces, dont la plupart sont endémiques. Euphorbe Arborescente, une plante rare, dont la niche écologique est localisée autour de Cap Carbone, constitue l’espèce phare dont se targue de receler le parc. En arpentant la côte ouest de la ville de Hammadites, en direction de Boulimat, on découvre un décor moins engageant. La pérégrination est contrariée par un chapelet de coups tordus infligés à cette aire, théoriquement protégée. Des agressions multiples et des profanations multiformes, qui nous mettent en face de nos inconséquences, de nos incongruités et nous rappellent notre modernité mal assumée. Ici, un panache de fumée s’échappant d’une décharge publique, une grosse plaie purulente au milieu de la nature. Plus loin, une station d’enrobés et trois carrières d’agrégats, crachent, sans vergogne, leurs rejets de poussière chargée de métaux lourds et de dioxyde de carbone. Un désastre écologique, doublé d’une grave menace sur la santé de la population des villages alentours. Le bras de fer qui a opposé par justice interposée, les responsables du PNG aux entreprises exploitant ces gisements, a curieusement tourné à l’avantage de ces dernières.  Une manière de damer le pion aux défenseurs de l’environnement.  La santé publique et le cadre de vie semblent, ainsi, avoir été sacrifiés sur l’autel des impératifs économiques.  

  N. Maouche

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