Le soleil peine à se frayer une ouverture de derrière les épais cumulo-nimbus qui couvent une grosse pluie. Mais la menace avortée et ce n’est qu’un erratique crachin qui gicle pour canarder des piétons qui ne se sont pas encore faits à l’idée d’emporter leur parapluie en sortant de la maison. Le temps pèse de sa lourdeur sur la journée. Les séquelles du réveil se prolongent sur les visages. Les yeux gardent encore des restes des buées du sommeil et les coiffures une certaine défaite nonchalante. Cet hiver capricieux, qui s’éclipse sitôt qu’il a montré le bout du nez. Béjaia n’arrive pas vraiment à s’y faire. « Tout va bien, plaise seulement à Dieu qu’il fasse beau demain », implore un jeune au siège du FFS sis à la cité du 5-Juillet. Sur la paroi extérieure du bâtiment, une affiche de dernière minute dénonce le changement de numérotation attribuée aux bulletins de vote. Une affaire qui a fait couler beaucoup d’encre ici à Béjaïa. Mais au-delà de la protestation de principe, les partis ne s’en inquiètent pas outre mesure. Ils ont toujours usé d’une technique infaillible pour éviter que les électeurs du troisième âge et autres analphabètes ne se trompent de suffrage. « Il faut juste charger quelqu’un de récupérer le bon bulletin et le donner dans une enveloppe à celui de nos sympathisants qui se présente le premier qui est à son tour chargé de ramener les autres bulletins et ainsi de suite », explique un vieux briscard. « C’était comme ça en 1997 puis en 2002 et ça a toujours bien marché », assure-t-il. Ambiance studieuse et calfeutrée au siège du RND de la Cité Rabéa. « Nous sommes en train d’installer une cellule informatique qui va, sur la base d’un logiciel que nous avons développé, suivre et consolider les résultats du vote », explique le chargé de la communication. Le parti du chef du gouvernement se veut serein et optimiste. « Notre campagne a reçu un écho intéressant et nous croyons pouvoir être la surprise de ce scrutin », ajoute-t-il. Rue Youcef Bouchebah. Des véhicules stationnent aux abords de la mouhafadha, une villa râpée de l’ère coloniale. Cela bourdonne comme dans une ruche et le mouhafedh réclame le silence pour se faire entendre. « L’ambiance ? Tout va bien, tout est stable, R. A. S. « , finit-il par déclarer. Le propos est télégraphique. Sûr de frapper un grand coup, le FLN est comme impatient de se transporter dès à présent aux lendemains de la victoire qu’il se promet. A la rue piétonnière, des personnes s’engouffrent, parapluie devant, dans le siège du RCD. Un vendeur de pop-corn essaie tant bien que mal de trouver une position abritée pour sa machine. La pluie et le vent moulent scandaleusement la jupe trop légère d’une midinette qui se démène pour se donner contenance face aux persiflages de jeunes puceaux embusqués dans l’embrasure d’une porte cochère. De La place Gueydon, splendide belvédère méditerranéen, la vue porte loin et fait rêver aux lendemains. De quoi sera fait demain ? Le sort en est jeté et tout le monde attend dans une tranquille fatalité chargée de mélancolie automnale.
M. Bessa
