Bouira Les parents n’hésitent pas à mettre la main à la poche – La réussite des enfants à tout prix…

À peine la rentrée scolaire entamée, que les parents d’élèves commencent à inscrire leurs enfants aux cours de soutien afin d’optimiser leur chance de réussite.

Au niveau de la wilaya de Bouira et plus précisément dans les villes de Bouira et Ain Bessam, on enregistre un véritable engouement pour ces cours de soutien. D’ailleurs, certains parents, soucieux de l’avenir et la réussite de leurs enfants, recherchent déjà des places au niveau des garages où se tiennent généralement ces cours. Ils sont, même, prêts à payer le prix fort afin que leurs progénitures puissent y bénéficier. Cet engouement pour les cours de soutien qui, jadis, étaient réservés uniquement aux élèves faibles issus de familles aisées, est devenu, au fil du temps, un phénomène qui prend de l’ampleur et touche l’ensemble des classes sociales de la wilaya. Selon certains parents interrogés, les écoles publiques souffraient de surcharge des classes et d’indiscipline des élèves. « Ma fille a certaines carences en mathématique. L’atmosphère instable de l’école ainsi que les grèves à répétitions des professeurs, m’ont poussé à l’inscrire à des cours de soutien en cette matière », dira Smaïl, fonctionnaire de son état. Interrogé sur le prix de la séance, notre interlocuteur esquissera une légère grimace en avouant qu’il paie la coquette somme de 1 500 DA. « Certes, ce n’est pas donné mais la réussite de ma fille n’a pas de prix », a-t-il affirmé. D’autres parents estiment que ces cours de soutien reflètent « l’échec » de l’école publique. « Sans remettre en cause la compétence des professeurs, car c’est eux qui officient ce genre de cours, je constate que l’environnement de l’école ne sied pas à l’assimilation de nos enfants », regrettera Madjid, père d’un lycéen en 2ème année. Répondant à la question, est-ce que son fils est inscrit à ces cours de soutien, notre vis-à-vis dira : « Non, pas encore, je cherche un bon enseignant de langue arabe. Car mon gamin a des difficultés en cette langue. Toutefois, c’est dans mes projets de l’inscrire », a-t-il indiqué. Pour ce qui est des élèves, du moins ceux que nous avons interrogé ces cours de soutien sont un « milieu libre », afin qu’ils puissent poser toutes les questions qu’ils veulent sans que les enseignants les « zappent ». « Personnellement, je suis beaucoup plus à l’aise et concentré avec mon professeur lors de mes cours. Je me sens plus libre et je ressens que mon enseignant m’accorde beaucoup plus d’importance », soulignera Belkacem, lycéen en classe de terminal. Samira, une lycéenne en 1ère AS, s’est qualifiée comme une « abonnée » de ces cours de soutien. « Mes parents m’ont inscrit lors de ma 3ème année de collège et depuis, j’y ai droit chaque année », dira-t-elle. Interrogée sur une éventuelle amélioration de ses résultats scolaires depuis qu’elle est « abonnée » à ces cours, cette jeune fille s’exclamera ainsi : « Bien évidemment ! J’étais vraiment nulle en arabe. Je ne savais nullement la disposition de verbe dans une phrase et encore moins formuler une phrase correcte en arabe classique. Désormais, j’arrive à obtenir la moyenne », s’est-elle réjouit.

Quitte à suivre des cours dans un garage ! 

Là où le bât blesse, c’est les endroits qui servent de « salle de classe » pour accueillir les élèves. Ainsi, à Bouira, Ain Bessam ou ailleurs à travers la wilaya de Bouira, les parents paient le prix fort pour que leurs enfants soient parqués comme du bétail, dans des salles vétustes et dépourvus des moindres commodités. En effet, des locaux comme des garages, des caves, des vides sanitaires servent de salle de cours et fleurissent comme des champignons, car c’est devenu un créneau juteux. Profitant des carences du système éducatif, les programmes trop longs, les classes surchargées, certains enseignants encouragent leurs élèves à recourir aux cours de soutien chez leurs collègues ou chez eux. Ces derniers, vu les prix exorbitants pratiqués, devraient en principe trouver de meilleures conditions pédagogiques. Or, les salles de cours particuliers ou de soutien sont pour leur majorité exigu&euml,; mal éclairées et mal aérées, où le nombre d’élèves avoisine la cinquantaine, voire plus. Malgré l’interdiction, les mauvaises conditions pédagogiques et les résultats incertains de ces cours, certains parents d’élèves préfèrent toujours inscrire leurs enfants dans ces programmes, car pour eux les enseignants s’appliquent mieux en cours de soutien que dans leurs établissements respectifs, tout simplement, pour des raisons financières. D’autres parents d’élèves tiennent, par ailleurs, à dénoncer ce phénomène car, selon eux, ce genre d’activité commerciale a comme seul objectif de prendre les élèves en otage. Ces derniers estiment qu’il faut conjuguer les efforts pour rendre efficaces les mécanismes institués au niveau des établissements scolaires pour dispenser des cours de soutien aux élèves qui en ont vraiment besoin. Pour d’autres enseignants, cela est un problème de conscience et de déontologie, comme l’explique Mme K. S., enseignante au moyen : « Pour moi, ce comportement est empreint de malhonnêteté. Ce ne sont plus des cours de soutien, c’est devenu du commerce, de l’arnaque. Comment un professeur peut-il dispenser un enseignement de qualité à plus de 200 apprenants, par semaine, à un rythme régulier ? Ce n’est pas normal. De plus, ces élèves ne sont pas assurés. En cas d’accidents, à qui incombera la responsabilité ? Les autorités compétentes doivent, sérieusement, se pencher sur le problème qui prend l’allure d’un phénomène de société. Les parents d’élèves également doivent cesser d’inscrire leurs enfants dans ces cours, car ça ne donne aucun résultat», conclut notre interlocutrice.

«Pas une priorité» pour le Cnapest

Dans le but de connaître l’avis des responsables à propos de ce phénomène, nous a avons tenté de prendre attache avec les services de l’académie de Bouira. Mais toutes nos tentatives sont restées vaines, car on nous a indiqué que le DE était absent. Par la suite, langue a été prise avec le représentant du syndicat du Cnapest à l’échelle locale, M. Oucherif. Notre interlocuteur fera savoir d’emblée que son organisation est « fondamentalement contre ces cours de soutien prodigués dans les garages ». « Notre position est clair sur le sujet. Ces cours parasitent l’enseignement prodigué dans les salles de classe », soulignera-t-il. Interrogé sur le fait que certains enseignants appartenant à son syndicat exercent dans « l’illégalité » en donnant des cours de soutiens hors des établissements scolaires, notre interlocuteur a été très clair : «Aucun de nos adhérant ne pratique ces cours. Nous sommes un syndicat responsable », notera-t-il énergiquement. Enfin, questionné à propos d’éventuelles propositions formulées auprès de la direction de l’éducation de Bouira, ayant pour but de mettre un terme ou, à défaut, règlementer ces cours de soutien, le porte-parole du Cnapest rétorquera : « Pour l’instant, nous n’avons rien formulé dans ce sens. Nous avons d’autres priorités », s’est-il contenté de dire.

Ramdane B. et Oussama K.