Une épidémie nommée bureaucratie

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La bureaucratie en Algérie a atteint des proportions alarmantes. Le Premier ministre, Abdelmalek Sellal, a déclaré à ce sujet : «Le cancer de l’Algérie est la bureaucratie».

Ce mal, qui a engendré par voie de conséquence la corruption à tous les niveaux, s’est propagé dans la société tel un venin. Au niveau de la wilaya de Bouira, à l’instar des autres régions du pays, ce fléau touche la quasi-totalité des administrations et autres institutions de l’Etat. Malheureusement, les exemples ne manquent pas pour illustrer cet état de fait qui s’assimile aisément à une épidémie. Cette « bureaucratie insolente», comme l’a qualifiée le ministre de l’Intérieur et des Collectivités locales, M. Tayeb Belaiz, se retrouve partout et à tous les échelons, du simple planton de service au directeur d’une administration, en passant par le chef de service. En effet et à titre d’exemple, le service de l’état civil de Bouira, une institution des plus névralgiques, est pour ainsi dire contaminé par ce mal. Les citoyens sont contraints de subir les humeurs et les états d’âmes de certains employés, dont la majorité est sous-payée et dépassée. Pour obtenir un extrait de naissance, les citoyens sont obligés de passer par «une connaissance», afin que les choses aillent plus vite. Sinon, il faut s’armer de beaucoup de patience et avoir des nerfs d’acier, pour ne pas «craquer» devant des latences aussi absurdes que voulus. Algérie Télécom, elle, n’est pas épargnée par ce phénomène. Ainsi, pour pouvoir s’acquitter d’une simple facture téléphonique ou bien signaler un dérangement, les citoyens doivent avoir «le bras long» et compter dans leur carnet d’adresse un « ami» qui peut intervenir. Dans le cas contraire, bonjour les files d’attentes et autres excès de zèle de certains fonctionnaires. Pis encore, dans certains cas, formuler une simple demande d’ADSL peut, si on ne dispose pas de « connaissances» nécessaires, relever du parcourt du combattant. Les services d’ADE et de Sonelgaz ne sont également pas exempts de reproches. Pour l’installation d’un simple compteur d’eau ou d’électricité les citoyens sont dans la quasi-obligation de formuler plusieurs fois leurs demandes, ou carrément recourir à des manifestations de masse. Sur un ton ironique et humoristique, certains jeunes rencontrés aux abords des institutions citées, prennent leur mal en patience et préfèrent rire de cet état de fait. D’ailleurs, la blague du moment reflète bien la situation. «Pourquoi dit-on l’Algérie de demain? Et bien, à chaque fois qu’on réclame quelque chose, on nous répond: revenez demain!», nous dira un jeune rencontré aux abords de l’Actel de Bouira. Preuve que cette bureaucratie s’est réellement institutionnalisée, on la retrouve aussi au sein des institutions ayant pour but de relancer les activités des jeunes.

Des mesures… et après ? 

Le cas de M. Tekhlicht Abdenour est édifiant à plus d’un titre. Comme nous l’avons rapporté dans notre édition du 02 octobre dernier, ce promoteur s’est vu carrément bloqué son projet de création d’un service de transport de malades, à cause d’une cacophonie entre les services de la CNAC et ceux de la DSP de Bouira. Bouira, comme chacun le sait, est une zone d’investissement à riche potentiel. Cependant, ces capacités sont freinés par des pratiques bureaucratiques qui ont la peau rude. Certains investisseurs n’ont pas manqué de la signaler au premier magistrat de la wilaya lors de leurs différentes réunions avec ce dernier. Le cas le plus flagrant est celui d’une entreprise chinoise, désireuse de s’implanter dans la zone de Sidi Khaled, sise la localité d’Oued El Bardi, qui a été littéralement prise en otage, à cause d’un litige opposant les services des domaines à ceux de l’URBAB. Résultat : cette entreprise a failli abandonner son projet, si ce n’était l’intervention du wali et ses assurances qui ont réglé ce problème dans les plus courts délais. Au vu de ce qui a été relaté le constat du Premier ministre est plus que juste et approprié. La bureaucratie est la bête noire des algériens. Ce n’est un secret pour personne, ce phénomène représente un handicap pour toute l’Algérie et ralentit les démarches et les activités des acteurs économiques. Cette pratique a pris des dimensions fort alarmantes et pourrait, selon certains observateurs, mener le pays et ses institutions à la ruine. Dans le but d’essayer d’endiguer ce fléau, les autorités, à travers les déclarations de Tayeb Belaïz, le ministre de l’Intérieur et des Collectivités locales, vont prochainement proposer une batterie de mesures, afin de «lutter contre les démarches administratives superflues en éliminant, d’ici peu de temps, 90% de paperasse inutile”. Par cette annonce, c’est tout le gouvernement qui déclare la guerre contre la bureaucratie ambiante. Le ministre de l’Intérieur a annoncé la semaine dernière, vouloir éliminer la “bureaucratie insolente», en procédant “à l’élimination de 90% de la paperasse (documents administratifs) inutile”. Selon M. Belaiz, cette démarche consiste à traduire dans les faits une “administration de qualité qui sera au service du citoyen et non le contraire», et qui aura comme principal objectif “l’assurance de la sécurité des personnes et de leurs biens”. “Nous avons préparé un plan d’action qui entrera en vigueur dans un délai de 10 à 20 jours», assure-t-il. Ces annonces, aussi encourageantes que volontaires, sont perçues par la population comme « très difficiles» à atteindre. D’ailleurs, le Premier ministre avait déclaré à ce sujet, en juin dernier :» On ne peut pas mettre fin à la bureaucratie, mais nous devons faire des efforts pour la réduire». Ainsi, la lutte contre la bureaucratie et la corruption ne peut pas se faire sans un combat acharné contre ce phénomène au niveau de toutes les institutions étatiques.

Ramdane B.

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