A J-1 du décisif Algérie – Burkina Faso – Bouira s’est déjà mise à l’heure du match

A 24 heures de la rencontre décisive qui opposera l’équipe nationale à son homologue du Burkina Faso, au stade de Blida, l’ambiance a déjà atteint son paroxysme au niveau de la wilaya de Bouira. Les préparatifs des supporters locaux ont, du reste, commencé il y a de cela plus d’une dizaine de jours déjà.

Les différents boulevards et autres artères de la ville se sont tous drapés de l’emblème national et les automobilistes de tous âges ont décoré leurs véhicules aux couleurs de l’Algérie. Les tubes à la gloire des Fennecs sont redevenus à la mode et le célèbre «One, Two, Three, viva l’Algérie», raisonne de toutes parts. C’est une ambiance de folie qui s’est emparée des Bouiris à la veille du match. «On va aller au Brésil Inchallah ! J’en suis convaincu», dira avec enthousiasme, Samir, un jeune étudiant. Son camarade, Fodil, arborant fièrement une écharpe aux couleurs nationales, abondera dans le même sens : «On va mettre le feu à Bouira ! Même si on ne peut se déplacer, on sera de tout cœur avec nos champions». D’autres, à l’image de Mohand, père de trois enfants et fervent supporteur de l’EN, rencontré à proximité de la cité Ouest, dira avec un grand sourire: «Ça y est ! J’ai acheté trois drapeaux et des banderoles. Mes deux fils et moi sommes prêts à prendre la route dès mardi matin pour être les premiers à occuper les tribunes». Du côté des quartiers populaires des 1100logements et l’Ecotec, il règne une ambiance de kermesse depuis la semaine dernière. Toutes les ruelles sont achalandées de drapeaux. «Ce bled, on l’aime malgré tout ! Ces couleurs, on les chérit de toute notre âme. Malheureusement, il n’y a que le foot qui nous rappelle que nous sommes algériens», dira Abdelkrim, commerçant. Au quartier de l’Ecotec, véritable fief des amateurs de foot, on a croisé El Hadj Maamar, un sexagénaire qui a toujours bon pied bon œil. Cet inconditionnel du Verts, qui portait un maillot flocké du nom des Capitaine de l’EN, Madjid Bougherra, dira : «Ecoutez, j’ai 58 ans et je suis un amoureux de notre EN. Ces vrai que cette équipe n’a rien à voir à celle des Madjer, Belloumi et Assad, mais ce sont nos gars et on les supportera jusqu’au bout. Et puis, avec Vahid, cette équipe ira loin, c’est moi qui vous le dis. C’est le tout Bouira, à l’instar des autres régions du pays, qui se prépare à festoyer». Sa petite fille, Fatima, âgée de 9ans et tenant l’emblème national, s’exclamera en toute innocence : «Comme mon grand-père, je souhaite la victoire à notre équipe nationale». Un peu plus loi, et plus précisément dans le quartier Aïssat Idir, c’est la même ambiance de fête qui prédomine. Tout n’est que chants à la gloire des Verts, drapeaux tricolore et bruits de klaxons de jeunes qui ont commencé à défiler et à exprimer leur enthousiasme. «Avec notre bon score à Ouaga, on ne peut que gagner ! Un seul but nous suffira pour décrocher notre ticket pour le pays du roi Pelé », dira Nassim, chômeur de son état. Cette euphorie s’est propagée à travers l’ensemble du territoire de la wilaya. On la retrouve notamment à Lakhdaria, Kadiria, Bechloul, Sour El Ghozlane, M’Chedallah et Ain Bessam.

L’esprit d’Oum Dormane ressuscité…

Au niveau de cette dernière, de grandes opérations de collecte d’argent sont entreprises par des jeunes qui n’hésitent pas à faire du porte-à-porte pour convaincre les voisins de la nécessité de confectionner un grand drapeau, au beau milieu d’une course frénétique vers la création du plus beau drapeau de la ville. L’entrée de la ville d’Aïn Bessam est désormais ornée par un long drapeau qui longe l’avenue principale, au même titre que le quartier populaire «Les Tours», où des adolescents exhibent, chaque soir, le grand drapeau qu’ils ont conçu eux-mêmes. On parle d’un écran géant au niveau du centre-ville, le jour du match. Des collectes sont également menées à cet effet, alors que des disc-jockeys ont été réservés un peu partout pour préparer la fête, tout en lorgnant sur les prévisions météo, pour demain, car pour beaucoup, l’événement doit être vécu dehors, et de bout en bout. Même les autorités locales, notamment les services de l’APC et ceux de la DJS et de l’ODEJ, se sont mis de la partie. Ainsi, au niveau du chef-lieu de la wilaya, ce ne sont pas moins de trois écrans géants qui sont prévus. Du côté de l’ODEJ, on prévoit également de faire des projections data-show à l’intérieur des différentes structures de cette institution. Bref, à travers l’ensemble des villes de la wilaya, on constate que l’esprit d’Oum Dormane est bel est bien de retour.

Le billet atteint les 5000 DA dans l’informel

Mais au-delà de l’aspect sportif, nos jeunes ne perdent pas le nord et profitent de cette fièvre verte pour s’adonner à leur activité favorite, le commerce informel. Ainsi, tous ces drapeaux, écharpes, fanions et autres produis dérivés, sont issus du marché informel. Cette activité illégale connait, depuis quelque temps déjà un véritable boom grâce aux exploits de l’EN. Les spécialistes du domaine la chiffre en millions de dinars. Ainsi, et selon certains, «l’industrie de l’EN» génère plus de 660 millions de dinars par an. Ce chiffre ne comptabilise pas le marché noir, lequel s’élèverait, d’après les spécialistes, à plus de 380 millions. Ainsi, à l’échelle locale, on se rend très vite compte que l’EN fait vendre et que c’est un créneau plus que juteux. En effet, le petit drapeau est vendu à 150 dinars pièce, l’écharpe à 300DA, le maillot ‘’original’’ avoisine les 700DA, sans compter les brassards et autres produits dérivés portant l’image des Fennecs. Pour se faire une idée sur le sujet, on s’est dirigés vers les principales places de l’informel au niveau du chef-lieu de la wilaya. Vendredi dernier, au niveau du quartier des 1100 logements, il y avait foule, et pour cause, c’était jour d’approvisionnement pour les différents marchands de l’informel de la ville. Salim, un ancien marchand de fruits et légumes, reconverti pour l’occasion en un véritable spéculateur des produits estampillés EN, a bien voulu nous servir de guide dans le monde « underground » de l’informel. Notre expédition commence aux alentours de 16h, il nous emmena vers un atelier de confection de drapeaux nationaux situé dans l’un des sous-sols d’un bâtiment de la cité Ecotec. Là on retrouvera des jeunes filles et des femmes qui s’attelaient à coudre de manière machinale et à quantité quasi industrielle des mini drapeaux. Notre guide nous dira : «Le coût de la confection avoisine les 40 DA l’unité ajouté à cela 15 DA pour le bâtonnet. Moi et mes associés, on se charge de les écouler», nous expliquera-t-il fièrement. Interrogé sur la provenance du tissu, notre interlocuteur ne s’étalera pas trop sur le sujet, déclarant simplement : «On l’a ramené de Tazmalt, j’ai de bon contacts là-bas ». Par la suite, notre guide nous emmènera vers un autre dépôt, situé à proximité du stade Rabah Bitat de Bouira. «C’est là qu’on entrepose notre marchandise, avant de la revendre aux détaillants». Surpris par tant d’organisation, on lui demandera si tout ce commerce a été planifié à l’avance ou bien improvisé ? Et bien, ce jeune homme qui ne dépasse pas les 26 ans dira, d’un ton amusé : «La machine s’est mise en branle après le match aller. Nos joueurs ont tracé le chemin vers la qualif’, et nous nous occupons du reste. S’ils avaient perdu, comme l’Egypte (rire), on ne se serait pas trop cassé la tête. Mais là c’est l’occasion ou jamais de se faire un petit pactole». Interrogé à propos des maillots vendus 700DA pièce, notre accompagnateur nous lancera : «Vous vous faites bien avoir ! On les achète à 400 DA et c’est du Made in China ! On est businessmen ou on ne l’est pas !», rétorquera-t-il. Un peu plus loin, et plus précisément au niveau du quartier dit des «Allemands», on croisera d’autres marchands spécialisés, quant à eux, dans les feux d’artifices en tous genres. Ainsi, les fumigènes sont cédés entre 1200 et 2500 DA le bâtonnet. Mais le «must» reste sans conteste le méga feu d’artifice qui peut monter jusqu’à 60 mètres d’altitude. « C’est notre bijoux ! On le vend à 6500 DA ! Si vous en voulez un, je vous fais un prix », nous lancera le vendeur. Même constat à Ain Bessam, où de pseudos commerçants exposent leurs marchandises sur des cartons ou à même le sol. Ainsi, drapeaux, trompettes, Vuvuzelas, écharpes, tenues, survêtements, maillots, portraits et autres, se vendent à des prix très élevés, comparativement aux derniers matches des Verts. Un petit drapeau de 20 cm est cédé par exemple, à 300 DA, alors qu’il était affiché quelques jours avant, à seulement 150 DA. Des Vuvuzelas en plastique «Made In China», sont cédées à 600DA, des écharpes ornées de l’emblème national sont affichés à 450 DA. Mais ce qui attire le plus notre attention, c’est le vendeur de billets pour assister au match de demain. Le prix du ticket a atteint des records et c’est le moins que l’on puisse dire. Ainsi, samedi après-midi, le ticket de la tribune supérieure flirtait avec les 5000 DA au niveau de la rue Foch, l’une des principales places de l’informel à Bouira. Malgré leur prix qui pourrait en dissuader plus d’un, ces précieux sésames s’arrachent comme des petits pains et trouvent acquéreur dés leur mise en vente. «Je le veux et je l’aurais ! Ce n’est pas tous les jours qu’on a l’occasion de voir son équipe fétiche jouer un match de qualification. Blida, j’arrive !», s’écria un fan des Verts, en tenant une liasse de billets de 500DA à la main. D’autres, moins fortunés, déclarent vouloir regarder le match en famille ou entre amis, surtout que l’APC de Bouira vient de décider de l’installation d’un écran géant.

Ramdane B. et Oussama K.