La consommation de la drogue dans la wilaya de Béjaïa se propage à un rythme hallucinant.
À se fier à des échos corroborés par de rares témoignages, le cercle des consommateurs s’élargit dangereusement. Facilement accessible, et aux effets de plus en plus puissants, le cannabis fait des ravages chez les ados, mais aussi chez les moins jeunes. «L’adolescence est marquée par l’instabilité induite par des mutations profondes chez l’individu, tant somatiques que psychiques, et c’est l’âge de tous les dangers. Beaucoup, parmi ces jeunes, basculent dans une accoutumance qui les mettra en péril», nous explique une psychologue du service public exerçant à Akbou. Loin d’être inoffensif, le cannabis n’a rien à voir avec les «joints» baba-cool d’hier, et sa dépendance est quasi instantanée. Il n’est pas facile de connaître avec certitude le profil des consommateurs, ni de mesurer avec exactitude l’ampleur du phénomène. La loi du silence y est scrupuleusement observée. Un psychiatre privé établi dans la ville de Sidi Aïch, estime toutefois qu’il y a toujours un facteur, voir plusieurs, qui interviennent pour fragiliser l’individu et le faire vaciller dans l’enfer de la drogue. «Une affection mentale, une déception amoureuse, un échec professionnel, un choc post-traumatique lié à un deuil ou à un accident, sont autant d’ingrédients susceptibles de concourir à jeter l’individu sur les sentiers de la drogue», explique notre interlocuteur, ajoutant qu’«il y a pas mal d’expériences qui prouvent la dépendance psychique, l’isolement, la désocialisation et la perte de repères, engendrés par la consommation régulière de la drogue». Le psychiatre déclare récuser l’image d’un diablotin mal léché collée un peu trop facilement à ces naufragés du désespoir. «Nous ne connaissons pas de profil-type des personnes qui sombrent dans la drogue. C’est comme une dépression ou une toute autre maladie, elle peut vous happer à n’importe quel moment, pourvu que les conditions y soient réunies», tranche le médecin. Interrogé sur les conséquences de ce mal insidieux, un médecin généraliste de Tazmalt se veut catégorique : «L’état de souffrance et de morbidité de notre masse juvénile est un signe avant-coureur de sa déliquescence, et à la longue, c’est tout l’édifice social qui est menacé d’effondrement». Pour conjurer ce scenario catastrophe, le praticien préconise, en sus de prendre en charge les jeunes en situation de détresse, de «placer cette frange de la société au cœur de tous les programmes d’éducation, de formation et d’emploi». «Il faut agir en amont, car un jeune épanoui et bien intégré socialement n’éprouvera aucun besoin d’aller vers la drogue», assène le médecin.
Nacer Maouche

