Il n'est sans doute pas surprenant que les soldats de l'arabisme continuent à se recruter particulièrement dans la vieille garde, moulée dans le parti unique et la pensée sclérosée.
Mais, que ces mêmes zélotes reprennent du poil de la bête et continuent à déblatérer contre tout ce qui bouge dans un moment où l’Algérie commence à se délester de ses vieux complexes et de tous les ostracismes, voilà qui ne manque pas de sentir le ridicule plutôt que l’inquiétude. C’est un peu l’exercice auquel s’est livrée madame Z’hour Ounissi, ancien ministre sous Chadli Bendjedid, ancienne secrétaire générale de l’Union nationale des femmes algériennes (UNFA) dans un entretien-fleuve qu’elle a accordé au journal Echourouk du 8 février 2014 et numéros suivants. Après avoir révélé qu’elle était à l’origine de l’expression tant répétée et galvaudée, à savoir « nous sommes des Berbères islamisés par l’Islam », elle appelle à ce que la langue amazighe soit écrite en caractères arabes. Elle se contente d’ « appeler » seulement, car la professeur d’arabe qu’elle est n’est pas prête à écrire elle-même, ni à enseigner, ni à lire en tamazight, que ce soit en caractères arabes ou en d’autres caractères, même si elle se considère comme Berbère arabisée par l’Islam, comme, précise-t-elle, l’ensemble des Algériens. Comme toujours, le « choix » que propose se genre de personnes has been est directement destiné à l’obstruction. Les Algériens qui ont pris leur destin entre leurs mains pour réhabiliter la langue de leurs ancêtres, qui est en même temps leur langue maternelle, ont fait le choix dicté par les circonstances historiques, à savoir les caractères latins, sans fermer complètement le débat. Mais le pseudo-débat que Z’hour Ounissi, Athmane Saâdi et consorts feignent subtilement de proposer, ils ne veulent pas en assumer les conséquences, à savoir à se mettre eux-mêmes au travail et à la production pour montrer la faisabilité de l’entreprise. Outre cette voie nihiliste que l’on nous oppose depuis une trentaine d’années, Z’hor Ounissi perd complètement son sang froid et se met dans la peau d’un soldat aveuglé par le désir d’atteindre sa cible, lorsqu’elle déplore qu’elle ne soit plus jeune pour pouvoir « porter un treillis et une kalachnikov contre les séparatistes »; ces derniers seraient « un produit colonial, comme l’est…l’Académie berbère, animée par le seule propagande contre la langue arabe ». Le travail de mémoire auquel s’est attelée Berbère Télévision à la fin du mois de janvier dernier sur l’Académie berbère, en réunissant ceux qui ont vécu cette période et qui ont eu des contacts avec cette institution-association, a révélé pourtant un militantisme tout dévoué à la cause culturelle berbère en dehors de toute forme d’exclusion. L’un de ses fondateurs, Mohand Arab Bessaoud est un officier de l’ALN qui sait ce que l’unité nationale veut dire. Ceux qui tiennent des positions et des discours d’arrière-garde, comme Z’hor Ounissi, savent pourtant que le terrorisme intellectuel qui était en vigueur sous le parti unique n’a plus sa place dans l’Algérie d’aujourd’hui, malgré les grandes interrogations qui taraudent la jeunesse algérienne et nonobstant la longue transition démocratique qui s’étire encore malheureusement dans le temps. C’est le même personnage qui reconnaît qu’elle n’a pas réussi, en tant que ministre de l’Éducation dans les années 1980, à pouvoir remplacer le français par l’anglais comme première langue étrangère. « Nous aurions réussi si la mondialisation ne nous avait pas envahis », fait-elle remarquer. Nous savons que l’enfer est pavé de bonnes intentions. L’histoire de la primauté de l’anglais sur le français en Algérie est un non-sens culturel et sociologique. Ces gens qui nous « veulent du bien » ne cherchent à conférer la préséance à l’anglais que pour couper l’Algérie d’un butin de guerre très présent dans la société et qui assure le rôle de passerelle avec le reste du monde. Personne ne refuse l’anglais. Les jeunes Algériens s’inscrivent partout dans des écoles de langues pour apprendre la langue de Shakespeare, mais aussi de la science et de la technologie. Quelle vésanie ou quel démon nous ferait éloigner de l’anglais? Mais le jeu machiavélique et fourbe des bâthistes a été révélé au grand jour dans un monde devenu village planétaire. Ils nagent, eux, sur une autre planète, celle dans laquelle ils sont frappés par le vertige des sommets, tout en se délectant du vestige des sonnets moyenâgeux.
Dans une entreprise à remonter le temps, ils comptent entraîner toute la société dans un nouvel âge de l’inhitat (déchéance) civilisationnel. Dans le domaine où, en tant que femme instruite et militante, elle pouvait apporter un plus à la société Mme Ounissi n’a pas jugé utile de s’engager. L’adoption, en 1984, du code la femme (ou de l’infamie, comme l’ont appelé les militantes féministes de l’époque) n’a suscité ni rejet ni commentaire chez elle. La politique de la femme-alibi (par la logique des quotas) ne semble pas non plus déranger sa tranquillité. À lire les réponses de l’ancien ministre, le malheur de l’Algérie est le fait exclusif des militants de la culture berbère et des francophones. L’argumentaire est d’une affligeante indigence intellectuelle et l’offensive antiberbère révèle la persistance d’une fausse élite arabisante (que Mouloud Mammeri a appelée des demi-clercs) qui se noie de plus en plus dans un monde qui leur échappe complètement.
Amar Naït Messaoud

