Entretien Wassyla Tamzali à propos de son roman "Histoires minuscules des révolutions arabes" – «Je crois que c’est un pari gagné»

L’invitée de la ‘’Ballade littéraire’’ de samedi dernier fut Wassyla Tamzali. Elle a animé une conférence débat au théâtre régional de Béjaïa. Elle a également parlé de deux de ses ouvrages « Une éducation algérienne », paru aux éditions Gallimard en 2011, et « Histoires minuscules des révolutions arabes », paru aux éditions chèvrefeuille étoilé en 2012. L’auteur dira que « Une éducation algérienne » était « une ballade dans la mémoire », une évocation du pays natal lequel ne se limite pas à « une odeur de terre et de mimosa » mais qui est également et surtout un lieu où « l’on peut vivre sa liberté ». Elle s’attardera dans la description allégorique du rapport « charnel et névrotique » qui la lie à l’Algérie, son pays natal. Quant à l’exposé du second ouvrage, il fut axé sur la révolution tunisienne et ses différents aspects, notamment le militantisme féministe.

Comment est né le projet de « Histoires minuscules des révolutions arabes » ?

Au départ ça devait être un cahier à l’intérieur d’une revue éditée par un groupe de femmes qui se sont exilées à Montpellier et qui faisaient partie d’une association née dans les années 2000 à Sidi Bel Abbès. Elles m’ont donné carte blanche pour réaliser quelque chose sur les révolutions arabes. Le projet est devenu tellement important que nous en avons fait un livre

Pourquoi traiter ce sujet des révolutions arabes de cette manière ?

Vous voulez dire en contant des fictions ? C’est tout simplement parce que je pense que ce genre d’événements ne relève pas de l’économie ou de la culture. Ces événements sont complexes et très importants. Ils nous parlent de différentes manières et renvoient à la vie. Je voulais m’intéresser à leurs effets sur l’intime, raconter comment cette révolution a été vécue. Je crois que c’est un pari gagné dans la mesure où le livre publié en 2012 reste d’actualité alors que parallèlement des articles qu’on avait écrit à la même époque ne sont plus relus maintenant. Il y a quelque chose d’explosif et de spontané qui m’intéressait dans le fait d’interroger, et la fiction pouvait le faire mieux que l’analyse politique.

Dans cet ouvrage kaléidoscopique, quelle image renvoie l’Algérie ?

Cet ouvrage compte la participation de 43 auteurs maghrébins et arabes. Il compte beaucoup d’Algériens pour la simple raison que je suis moi-même algérienne et que je les connaissais bien. L’Algérie sur le plan littéraire, renvoyait des messages très intéressants à travers des textes très intéressants. Je peux citer à titre d’exemple le texte de Nourredine Saâdi sur cette fille égyptienne qui s’est photographiée nue. Sur le plan politique, elle renvoie à ce que nous savons de notre Algérie.

Vous insistez sur le fait de ne pas confondre révolte et révolution.

Quelle frontière placez-vous entre les deux ?

Les révolutions commencent par des révoltes et quand une révolte prend de l’ampleur, ça devient une révolution. Alain Badiou disait : « pour qu’il y ait une révolution, il faut qu’il y ait un lieu commun sur lequel se rencontrent des corps différents ». En Algérie, il y a certes des révoltes, mais elles sont très sectorisées. Il n’y a pas de lieu commun, les places sont très contrôlées. Lorsqu’il y a une place et que les femmes rejoignent le groupe, on peut parler de révolution. Les révolutions commencent d’un surgissement, d’un fait minuscule, la jonction entre la révolte et la société civile doit être là.

Vous parlez de morale sexuelle et vous la liez intimement à la révolte arabe…

L’oppression des femmes dans le monde arabe est très liée à ce que je peux appeler la morale sexuelle. Elle est basée sur la définition des sexes et sur la hiérarchie du sexe masculin sur le sexe féminin. Ceci a beaucoup de conséquences et d’incidences. Cette morale, qui est islamique, est fausse. On a l’impression qu’elle défend la famille et la femme, mais en vrai, elle l’humilie.

Propos recueillis par Imen Anya Kahoul