Le 28 février 2014, au cimetière du village d’Ibadissen, des milliers de personnes viendront rendre l’hommage qu’il mérite à un homme, un sportif, un écologiste et humaniste, qui a donné toute sa vie au travail de l’épanouissement du sport et de la jeunesse, par le biais du bénévolat pour lequel il a donné ses lettres de noblesse. Bachir Belkacen, puisque c’est de lui qu’il s’agit, est né le 24 novembre 1968 à Ibadissen, un village niché au flanc sud du Djurdjura dans la commune d’Ait Bouaddou, daïra de Ouadhias, distant d’environ 40 kms du chef-lieu de la wilaya de Tizi-Ouzou. Dés son jeune âge, Bachir Belkacem aimait se donner pour la jeunesse, dans le domaine sportif en général et l’athlétisme en particulier, sport qu’il adulait. Il n’a été formé par personne et ne doit rien à personne, si ce n’est sa volonté inébranlable. En l’absence de toutes commodités, absence de stade et de moyens adéquats, il s’est investi dans la formation des jeunes au CEM Medjkane Rabah d’Ait Djemââ, appelée communément base 7. C’est dans cet établissement qu’il a exercé de façon bénévole et désintéressée, pendant une durée de ……07 ans, qui peut mieux faire ? Elément infatigable, précurseur du mouvement associatif, il s’est engagé à un moment donné dans son ultime espoir, né de la création d’une association écologique dénommée Agulmim. Avec cette association, aidé par le CEM qui lui a mis à disposition son stade pour assurer ses entraînements, il a fait monter des dizaines de jeunes sur le podium des gagnants à l’échelle nationale et internationale. Avec cette association et d’autres, il croyait enfin trouver une structure de travail sur laquelle il va s’appuyer, afin de continuer à former des jeunes. Ce fut le désenchantement. L’association sportive, minée par la politique (chaque formation politique voulant se l’approprier), finit par se dissoudre d’elle-même. N’ayant pas été pris en charge sur le budget de l’école, l’association Agulmim est dissoute. Il gardera, jusqu’à ses derniers jours, d’amers souvenirs de cette dissolution prématurée, et fuyant le désert culturel et sportif de sa commune natale, qui ne lui a donné aucune chance, il décide de tenter sa chance auprès de la ligue d’athlétisme de la wilaya de Tizi-Ouzou. Cette ligue lui ouvrit grandes ses portes, connaissant son grand intérêt pour le sport, son travail irréprochable, son assiduité et, surtout, ses résultats sur le terrain de la compétition, obtenus avec les moyens de bord offerts par sa commune natale. Bachir Belkacem gravit vite les échelons, au point d’accéder au poste de premier vice-président de la ligue de la wilaya de Tizi-Ouzou. Le président de la ligue, M. Boukais Farid, invité à une réunion préparatoire avec l’ensemble du mouvement associatif de la commune, dira de lui : « Ce fut un homme exemplaire. Il a assuré à lui seul, des dizaines de tâches auprès de la ligue, et à chaque fois, il faisait son travail avec tout le sérieux et l’abnégation voulus ». À la dernière édition du cross international Cherdioui Saïd à Fréha, alors qu’il balisait le parcours devant servir à la compétition, il fut l’objet d’une 1ère attaque cardiaque. Il sera vite acheminé vers une structure de soins de proximité de la région par ses collègues de la ligue. La nouvelle a circulé telle une traînée de poudre. Le soir, à l’arrivée de sa dépouille mortelle de Fréha, le village était noir de monde et la petite place attenante à sa maison n’a pu contenir tout ce beau monde, en émoi, venu se recueillir pour la dernière fois sur celui qui a été le précurseur du sport dans cette commune déshéritée.
R. S.

