Kebbiche Aissa est le président de l’association pour enfants handicapés, le « DEFI », des daïras de Seddouk et Beni Maouche. Psychologue de formation et de profession, et coordinateur à l’agence de développement social de la wilaya de Béjaïa, il nous a accordé cet entretien.
La Dépêche de Kabylie : Comment vous est venue l’idée de créer une association pour les handicapés ?
Kebbiche Aissa : Quand j’étais en fin de cycle comme étudiant à l’université de Bouzaréah, à Alger, j’ai fait un stage d’une année à l’hôpital Frantz fanon de Joinville à Blida et un autre de 8 mois dans une association qui prend en charge les enfants victimes du terrorisme. Ayant vu toutes les souffrances vécues par ces enfants handicapés physiquement ou mentalement, j’ai décidé de créer une association pour enfants handicapés mentaux. Elle a vu le jour le 29. 06. 2006, agréée sous le numéro 228. Nous lui avons donné le pseudo le « DEFI », car c’est vraiment un défi à relever.
Comment avez-vous fait pour sensibiliser, voire convaincre les parents d’enfants handicapés de vous confier leurs enfants ?
D’abord, des bénévoles se sont joints à moi et on a constitué une équipe de départ. On a tracé un programme en trois étapes. La première a consisté à animer des conférences de manière à sensibiliser les parents des enfants handicapés et la société qui doit les accepter comme une frange qui a le droit à l’épanouissement comme les valides. La deuxième a consisté à rendre des visites à domicile et à des établissements scolaires. La troisième était de ramener les listes de ceux déjà inscrits dans les APC et la DAS de Béjaïa. Ce travail de fourmi nous a conduits à dresser un inventaire de départ, c’est à dire un aperçu, sachant que la liste est loin d’être exhaustive. Nous avons continué et nous continuons à fouiner jusqu’à dénicher jusqu’au dernier handicapé dans notre région.
Vous avez combien d’enfants adhérents à l’association ?
Nous avons, actuellement, en tout 198 enfants et adolescents handicapés mentaux. Il y a des handicapés physiques, mentaux et des polyhandicapés, c’est-à-dire ceux qui sont atteints des deux insuffisances à la fois. Trente d’entre eux sont inscrits au centre médico-psycho-pédagogique de Timezrit. Nous leurs assurons le transport avec le bus de l’association offert par l’APW de Béjaïa. Je profite, d’ailleurs, de cette occasion pour remercier le P/APW et le responsable de la DAS de Béjaïa pour l’attention qu’ils consentent aux handicapés de notre association. 45 handicapés sont scolarisés dans des établissements scolaires ordinaires. Le reste, faute de moyens, est à la maison jusqu’à la réalisation d’un CMPP à Seddouk pour la prise en charge de tous les handicapés de la région.
Ce CMPP se réalisera-t-il dans un avenir proche à Seddouk ?
Son importance n’est plus à démontrer dans l’orientation et la prise en charge des handicapés. Depuis la création de notre association, nous n’avons pas cessé de le réclamer aux autorités à tous les niveaux. D’ailleurs, l’objectif statutaire de notre association est l’inscription d’un CMPP. Notre démarche n’était pas vaine, puisqu’on a atteint notre but du fait que le projet est inscrit dans le programme quinquennal 2015/2019 et que la municipalité de Seddouk a mis à la disposition de notre association une assiette foncière de 3 500 m2 pour l’implantation du projet.
D’autres actions sont-elles entreprises par vos soins ?
En attendant la réalisation de ce CMPP, nous ne restons pas les bras croisés. On vient de mettre en place une cellule d’écoute qui assurera l’accompagnement par des psychologues et des orthophonistes pour l’ensemble des personnes handicapées y compris les adultes et leurs familles (guidance parentale). On a pris aussi attache avec les centres de formation de la région pour l’insertion des handicapés. On vient de créer une section informatique pour 15 enfants handicapés au centre de M’cisna, une autre s’ouvrira cette semaine au centre de Seddouk et prochainement une troisième au centre de Béni Maouche.
Quels sont les moyens dont dispose l’association ?
En moyens humains, notre association fonctionne avec 9 agents recrutés dans le cadre du pré emploi et 11 bénévoles, membres du bureau. En moyens matériels, un bienfaiteur a mis à notre disposition un local provisoire où nous avons pu installer notre siège, depuis que le notre a été ravagé par un incendie, cela en attendant d’aménager le local que vient de nous attribuer l’APC qui nous coûtera dans les 2 millions de dinars. On a fait pour cela une fiche technique adressée à l’APW, l’ADS et la DAS pour d’éventuelles subventions.
Et cette visite du wali aux handicapés de Seddouk, a-t-elle été positive ?
Elle a été plus que positive. La visite du wali de Béjaïa a drainé un monde fou, venu participer à la fête des handicapés. Nous lui avons soumis les projets réalisés et ceux à venir auxquels il a totalement adhéré. Nous souhaitons que les autres communes prennent comme exemple l’exploit réalisé par notre association afin de venir en aide à leurs handicapés.
Le mot de la fin ?
Les handicapés sont une frange de la société utiles comme les valides, quand on leurs donne les moyens de s’affirmer et de faire éclater leurs talents. L’avenir nous le dira !
Entretien réalisé par L. Beddar

