Non à la télégestion

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Par Anouar Rouchi

– Allô ? Monsieur le chef du gouvernement ? Bonjour. Ici Djamel “l’Horloger” du “Midi à 14 heures”. Je voudrais vous poser quelques questions relatives à l’état de santé du Président et au climat général qui en découle.- Allez-y. Je vous avertis, cependant, que je n’ai rien d’autre à déclarer sinon que l’état de santé du président ne prête pas à inquiétude. – Bien entendu. Personnellement, je n’ai aucune raison de ne pas vous croire. Mais, vous n’ignorez pas que la rue suppute et s’inquiète…- Que la rue suppute, il n’y a à cela rien d’anormal puisque la supputation est le sport favori des Algériens, loin devant le football. Que les citoyens s’inquiètent est plutôt bon signe. Cela signifie au moins qu’ils tiennent à leur président…- Vous l’aurez compris, M. le chef du gouvernement. Derrière ma question, il y a comme un reproche sur la qualité de la communication officielle…- Je sais où vous voulez en venir. Rassurez-vous : ce n’est pas la communication officielle qui est en cause. Dans toute communication, il y a un émetteur et un récepteur. Dans le cas qui nous intéresse, l’émetteur n’est pas en cause.- Vous voulez dire que le gouvernement communique bien et que c’est la société qui reçoit mal ?- Vous pouvez le comprendre ainsi. Je m’en vais vous dire quelque chose. Lorsque le président rentrera pour reprendre ses activités, vous trouverez des zigs qui vous diront que c’est un sosie…- Monsieur le chef du gouvernement, savez-vous que des partis viscéralement hostiles au président évoquent déjà l’article de la Constitution relatif à l’état d’empêchement ?- C’est plutôt de bon augure. Cela prouve au moins que dans ces partis, on a plus ou moins lu la Constitution…- Et que pensez-vous des déclarations de M. Belkhadem qui assure que le président se porte bien et qu’il gère le pays à distance ?- Les déclarations de M. Belkhadem ne peuvent en aucun cas engager le gouvernement. Que le président se porte bien, je l’ai déjà dit moi-même en affirmant qu’il n’y a pas lieu de s’inquiéter. Quant à ces histoires de télé-gestion, je les laisse à leur auteur.- Vous voulez dire que ce n’est pas vrai ? Que le président ne gère pas à distance ?- Je n’ai rien dit de tel. La seule chose que je peux dire à ce sujet est que je refuse de faire de l’Algérie la risée du monde.- Je ne comprends pas votre allusion.- Rappelez-vous qu’il y a des antécédents. Etes-vous d’accord avec moi que Hocine Aït Ahmed, lorsqu’il a décidé de gérer son parti par télécopies, a été la risée de toute la presse ? Qu’en serait-il si on venait à apprendre que c’est toute l’Algérie qui est désormais ainsi gérée… Voyez-vous, un responsable politique, lorsqu’il l’ouvre, doit connaître les implications de ses propos…- C’est un reproche à peine voilé à M. Belkhadem…- Je ne reproche rien à personne. Je dis simplement que le mot gestion est incompatible avec le préfixe “télé”. On ne gère ni par télécopie ni par téléphone, ni encore moins par téléphatie…- Télépathie ?- Oui. Rappelez-vous les lendemains de l’élection présidentielle du 8 avril 2004. Il s’est trouvé un candidat, chef de parti politique, qui a décidé de ne plus s’exprimer…- Et quel est le rapport avec le sujet ?- Eh bien, lorsqu’on en faisait la remarque à ses militants, ils n’hésitaient pas à affirmer que leur chef communiquait avec eux par télépathie…- Vraiment, M. le chef du gouvernement, vous m’épatez. Merci.

A. R.

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