Les gardes communaux ne sont pas restés impassibles au contexte de tension que vit le pays, à trois jours des élections présidentielles. Alliouat Lahlou, porte-parole de la coordination, juge que les patriotes qu’ils sont, avant tout, n’ont pas le droit de se taire devant les menaces de violences qui pèsent sur la patrie. Dans l’entretien qu’il nous a accordé il lève le voile sur ces menaces à peine voilées, proférées par-ci par-là et explique pourquoi les gardes communaux soutiennent le président candidat.
La Dépêche de Kabylie : Vous venez de rendre publique une déclaration, engageant la garde communale, dans laquelle vous vous exprimez clairement pour le parachèvement du processus de développement initié depuis 99 par le président Bouteflika. Si on comprend bien, vous apportez d’une manière indirecte votre soutien au président sortant pour un quatrième mandat ?
Alliouat Lahlou : Avant toute chose, je tiens à préciser que la coordination nationale de la garde communale s’est de tous temps battue pour arracher des droits d’ordre socio-professionnel. Cependant, cette coordination a évolué en un mouvement qui a inclus dans ses revendications un volet politique. La conjoncture actuelle et les enjeux que comporte l’élection exigent un engagement politique aux côtés des forces patriotiques. A un moment donné nous avions critiqué l’option du quatrième mandat et allions même empêcher le meeting d’Ahmed Ouyahia à Bouira. Mais en suivant l’évolution de la situation dans le pays, notamment durant la campagne électorale, nous nous sommes ravisés, car nous avons assisté à des scènes de violence à Bejaia, en plus des troubles à Ghardaïa, conjugués à d’autres appels à la violence et au retour de l’islamisme politique. Devant ces évolutions dangereuses, nous avions décidé à l’unanimité lors d’une AG, tenue à Alger, jeudi dernier, en présence des délégués de 29 wilayas, de soutenir clairement la candidature de Bouteflika pour un quatrième mandat. Une option qui nous semble la seule à même de garantir la stabilité du pays et la sécurité des Algériens.
Mais pourquoi un tel revirement ?
Notre mouvement comptait organiser un congrès à Ifri pour clarifier ses positions, on a dû l’annuler, et ce, suite aux évènements qui étaient survenus à Bejaia. Nous ne voulons pas que notre action soit un prétexte pour plus de violence et de destruction. En tant que patriotes, notre seul souci est d’épargner au pays une situation de chaos et de destruction. L’Algérie et sa stabilité passent avant toute chose. Désormais, on a plus que besoin d’un pays fort et d’institutions pérennes. Pour nous, le changement ne peut pas venir de la rue ou par la violence. Nous préconisons un changement pacifique avec Bouteflika. Car nous estimons que nous avons un rôle à jouer en tant que force de proposition.
Quelle analyse faite vous de la situation politique actuelle ?
Nous assistons malheureusement à un retour en force de l’islamisme politique. Pour nous, il y a des signes qui ne trompent pas. Le mouvement « Rached » est en train d’activer en Algérie sous la couverture d’un mouvement associatif. Il suffit de suivre de près les évènements de Ghardaïa. Car, si c’était un conflit tribal, ça aurait été résolu rapidement. Mais nous croyons dur comme fer que ce sont des islamistes qui attisent le conflit et exacerbent les violences. Pour nous, il n’est pas question de revenir en arrière et de revivre les moments douloureux. Nous avons combattu l’islamisme et nous l’avons vaincu. En élisant le président Zeroual, nous avions mis un terme à un vide juridique, en entreprenant le processus d’édification des institutions. Celui-ci s’est consolidé après 99 avec l’élection de l’actuel président.
Qu’est-ce que votre mouvement attend du prochain président ?
Nous souhaitons que ce soit Bouteflika et son staff qui seront reconduits à la tête de l’Etat. Nous espérons que ces gens ont su tirer les leçons du passé. Notre mouvement n’attend pas une quelconque contrepartie pour son soutien à Bouteflika. Mais les patriotes que nous sommes veulent que ce cycle de violence cesse. Car le pays a perdu beaucoup de ses enfants, ceux qui ont payé le prix fort pour que l’Algérie reste debout.
Propos recueillis par D.M

