Les alliances politiques « contre nature » sont devenues, ces derniers temps, une mode typiquement algérienne. Et pour cause ! Après le fameux « Forum du boycott », initié par un groupe de partis et de personnalités politiques aux sensibilités et idéologies diamétralement opposées, juste avant la dernière élection présidentielle, c’était au tour, hier, d’un groupe constitué principalement d’anciens cadres du Front des Forces Socialistes (FFS) et de l’ex Front Islamique du Salut (FIS) de lancer un mouvement appelé Alliance Nationale pour le Changement. Ce nouveau cadre politique est « ouvert à tous et à toutes, sans exclusive, incluant tous les courants idéologiques ou partisans…», lit-on dans un appel signé par des hommes politiques et des universitaires algériens connus, à l’instar de Samir Bouakouir, Karim Tabbou et Abdelkader Zerrou (anciens responsables au FFS), Anouar Heddam et Mourad Dhina (ex-FIS), le professeur Omar Aktouf, l’ancien ministre Ghazi Hidouci et le représentant des chômeurs du Sud, Tahar Belabbes. Les treize premiers signataires de cet appel se disent «persuadés que seul un rassemblement de toutes les forces patriotiques, au-delà des clivages idéologiques ou partisans, créera dans notre pays le nouveau rapport de forces qui amènera le changement. Nous restons, bien entendu, disposés à faire ce changement, à travers une période de transition consensuelle, avec la participation du pouvoir actuel. Mais nous le ferons sans lui, s’il persiste dans sa fuite en avant». La situation du pays, selon les fondateurs de l’ANC, « s’est encore aggravée, ces derniers mois, en raison des graves dissensions au sommet du régime, qui mettent en péril l’unité de la Nation ». Ils ont estimé que « l’heure est venue pour agir et dire non à l’État policier, à la corruption et à l’étouffement des libertés ». Ce qui saute aux yeux, à la lecture des noms des premiers signataires de cet appel, est le fait de trouver un certain Anouar Heddam, ex-cadre du parti dissous, qui avait revendiqué l’attenant terroriste au début des années 90 contre le commissariat central à Alger. Un attentat qui avait fait une vingtaine de morts et des dizaines de blessés, et que les algériens ont condamné à l’unanimité à part cet islamiste réfugié en ce moment aux Etats-Unis, et ses sponsors politiques, à l’image d’Ali Benhadj et Abassi Madani ainsi que les partisans du « qui tue qui ». Ce Même Anouar Heddam, qui vient de signer un appel destiné au peuple algérien, aux côtés d’anciens cadres du FFS, n’est autre que celui qui avait paraphé il y a une vingtaine d’années, le fameux contrat de Sant’ Egidio au nom de l’ex FIS, pourtant dissous par la justice algérienne. C’était le 13 janvier 1995, à Rome, lorsque des chefs de partis politiques, à l’instar de Hocine Ait Ahmed (FFS), Ahmed Ben Bella (MDA), Djabalah (Ennahda).., ont signé en compagnie d’Anouar Heddam et d’Ali Yahia Abdenour, le fameux contrat qui appelait à « une solution politique et pacifique à la crise algérienne », au moment où les groupes islamistes armés, qui opéraient des massacres à grande échelle, refusaient toute forme de dialogue. Aujourd’hui, au moment où l’Algérie a retrouvé la paix et la stabilité voila des hommes politiques, censés défendre un projet de société pour lequel des milliers de patriotes s’étaient battus au détriment de leur vie, remettre sur le tapis les slogans des années de braise dans le but de faire « chuter le régime », à travers ce qu’ils qualifient de « période de transition ».
A. C.
