Les habitants de la localité de Zbarboura, relevant de la commune de Lakhdaria, vivent dans une extrême précarité.
En effet, cette petite bourgade d’à peine 1 200 âmes, perchée sur les hauteurs de la commune de Lakhdaria, connaît une situation critique. Et pour cause, ce hameau semble figé à une époque qu’on croyait révolue, ou du moins qui tire à sa fin. Une époque où les gens font leurs commissions à dos d’âne, faute de routes accessibles aux voitures. Une époque où les femmes font leur lessive sur les rives d’un ruisseau, faute d’eau courante… Cette localité donne l’impression que l’horloge du progrès et du développement semblerait s’être arrêtée. Ces conditions de vie qui semblent remonter aux archives de l’Algérie coloniale, ou bien des archétypes des villages kabyles d’antan, sont, hélas, l’insupportable quotidien des citoyens de cette bourgade. Certains d’entre nous peuvent y voir « le charme » de la Kabylie profonde, ou bien la sauvegarde d’un mode de vie ancestral. Cependant, la population de ce village voit les choses différemment, à savoir un enclavement total de leur localité et une léthargie éternelle. Toutefois, cette paisible localité recèle d’énormes potentialités qui peuvent briser les chaînes de cette précarité présumée sans fin.
Des terres à l’abandon !
L’un des nombreux atouts de cette localité est, sans conteste, l’agriculture et plus précisément, celle des arbres fruitiers. A l’instar des autres localités de la commune de Lakhdaria, la localité de Zbarboura offre des terres fertiles, extrêmement propices à la culture de l’orange, la mandarine, le citron, la clémentine… etc. D’ailleurs, c’est à cette activité que s’adonne la quasi-majorité de la population. A ce propos, un agriculteur de la région dira : « La nature nous a donné une terre riche et fertile, laquelle, pour un minimum d’effort, nous offre des récoltes très significatives. Je vous laisse imaginez qu’est-ce que ça serait si tous les moyens humains et financiers étaient mis en œuvre. » Avant de regretter « l’abandon » par les autorités locales. «Notre bourg ne demande qu’à prospérer. Néanmoins, pour ce faire, il est impératif que les autorités locales mettent la main à la poche et décident, une fois pour toute, d’investir dans la région. Car cette terre a besoin d’être irriguée et travaillée, afin qu’elle puisse livrer ses richesses…», dira-t-il d’un ton ferme. Et de conclure : « Que l’Etat se décide à nous donner le coup de pousse nécessaire, et vous verrez le résultat !» Ce témoignage reflète bien la capacité de cette localité à se surpasser en matière de production d’agrumes et autres arbres fruitiers. L’autre facteur économique qui pourrait tirer cette localité de sa torpeur, est celui de l’artisanat. Cette activité indissociable à la région et sa culture, semble avoir été complètement délaissée par la population. Pourtant, ce segment économique est quasi vital pour la renaissance de cette localité et il vit toujours dans les chaumières. A l’image de cette poterie modelée à la main, qui a le plus souvent un usage domestique et par la même possède un caractère utilitaire (plats à galettes et à couscous, pots à eau ou à sauce, marmite, cruches à eau, à huile, à vinaigre, à graisse, pots à miel, à semoule et à beurre, lampes,… etc. ). Ces trésors restent méconnus du grand public, du fait que ni les citoyens et encore moins les autorités locales ne daignent s’y intéresser. Comme l’expliquera un vieil artisan croisé au détour d’une étable : « Ecoutez, certes on n’a pas fait de grandes études, d’ailleurs pour ma part, je n’ai jamais mis les pieds à l’école, mais nos mains peuvent réaliser de véritables prodiges. Je me rappelle d’un temps où je façonnais la terre glaise à ma guise, afin d’en faire des cruches et autres pots pour les touristes… »
Un potentiel touristique, mais…
Outre l’agriculture et l’artisanat, la localité de Zbarboura offre des paysages grandioses et enchanteurs qui peuvent relancer un tourisme moribond. En effet, Dame nature s’est donnée à cœur joie. Jugez-en plutôt : végétations luxuriantes, vue imprenable sur les monts de Beggas et de Ghadiwa et Tiliouine au nord bordée par les rives de Oued Isser au sud. Ce dernier, bien qu’il ait perdu de sa superbe au fil des années, reste un endroit privilégié pour les amoureux de la pèche à la ligne. Cette beauté et féerie à l’état brut pourraient aisément donner naissance à un tourisme florissant. Pourtant, il n’en est rien ! Pourquoi ? L’insécurité… Des groupes armés, que les autorités qualifient de « résiduels » continuent à écumer la région, ce qui tue dans l’œuf toute initiative ou ébauche d’un quelconque tourisme. D’ailleurs, pas plus tard que cette semaine, un attentat à la bombe s’est produit non loin de ce village et qui s’est soldé par des blessures, fort heureusement sans gravités, de trois gendarmes. En tout état de cause, et à la lumière de ce qui a été relaté la localité de Zbarboura possède les moyens nécessaires qui peuvent la faire sortir de sa longue agonie. Cependant, ces acquis aussi imposants soient-ils, sont vains face à la passivité des autorités. Pour rappel, c’est seulement en 2005 que le gaz de ville a été introduit dans cette localité et depuis, plus rien ! Ce qui a provoqué récemment « la révolte » de la population, qui a pris pour cible le siège de l’APC de Lakhdaria afin de s’insurger contre le non raccordement de leur village au réseau d’AEP, et aussi l’insalubrité et la misère qui font loi dans ce petit hameau de la grande Kabylie. Ce ras-le-bol général des citoyens, face à ce qu’ils qualifient d’« injustice » et de « mépris des autorités », devrait inciter ces dernières à se pencher sur les doléances de la population.
Ramdane B

