Oued Ghir : Entretien avec le P/APC, Ramdani Yacine – «Le cadastre a commis un crime dans notre commune»

Yacine Ramdani est le maire de la commune de Oued Ghir, sise à 10 km du chef-lieu de wilaya. élu sur la liste MPA, M. Ramdani fait, à travers l’entretien qui suit, le bilan d’une année et demi de gestion et répond à ses détracteurs qui l’accusent d’unilatéralisme.

La Dépêche de Kabylie : Comment avez-vous trouvé l’APC de Oued Ghir à votre installation en novembre 2012 ?

Ramdani Yacine : D’abord, il y a lieu de rappeler que l’APC de Oued Ghir était bloquée plus d’un an durant le mandat précédent, suite à des conflits entre élus. A notre arrivée, j’ai trouvé beaucoup de projets en instance, d’autres carrément bloqués, tels que les stades de proximité à Tayma et Taourirt Larbaâ, les antennes communales, la bibliothèque municipale et le revêtement de pistes et d’autres projets inscrits dans le cadre des PCD. Dieu merci, tous ces projets nous les avons relancés. Certains comme l’antenne municipale d’Ibourassene, destinée à rapprocher les citoyens de l’administration, et la bibliothèque communale sont presque achevés et devraient être réceptionnés d’ici peu.

Justement, pouvez-vous nous faire le point sur vos réalisations depuis que vous êtes à la tête de l’APC ?

Durant le 1er exercice de notre mandat, c’est-à-dire en 2013, nous avons acquis, dans le cadre du FCCL, une benne tasseuse de 6 m3, un pouklin pneumatique, un bus et une citerne de 6 500 litres. Ainsi, notre parc matériel a été renforcé. Côté infrastructure, nous avons dégagé du budget communal le montant de 2 milliards pour parachever le projet du nouveau siège de l’APC, qui est une priorité. Aussi, l’assemblée avait lancé le projet de réalisation de six nouvelles salles de classe à l’école primaire du chef-lieu communal pour un montant de 2,3 milliards en vue de  régler définitivement le problème de l’amiante, qui menace la vie des écoliers. Par ailleurs, nous avons inscrit, dans le cadre des PCD-2013, plusieurs projets d’aménagement urbain, comme l’amélioration de l’éclairage public, le revêtement d’une quinzaine de pistes en béton et en béton bitumineux. La majorité de ces projets a été réceptionnée. Pour les PCD-2014, nous avons consacré 750 millions de centimes juste pour l’assainissement. Nous avons également inscrit le revêtement de plusieurs pistes en béton (600 millions) et en béton bitumineux. Ainsi, la piste menant à la cité 103 logements sera revêtue très prochainement en BB avec un montant de 495 millions. Le projet a été confié à la SNTP. Aussi, l’assemblée a inscrit un projet de réalisation d’un mur de soutènement avec un montant de 500 millions en vue de régler le problème d’un affaissement de terrain au chef-lieu communal. En outre, nous avons lancé une opération de réfection et du renforcement de l’éclairage public à travers les différents quartiers de la commune. Quant au secteur sanitaire, l’APC a dégagé 6 millions DA de son budget pour la réfection du centre de santé de Melalla. À ces projets s’ajoute le lancement en adjudication de la crèche communale et du marché hebdomadaire, ce qui générera de la richesse pour l’APC.

 

Qu’avez-vous fait pour améliorer le service public au niveau de l’état civil ?

À notre arrivée, l’informatisation du fichier d’état civil (décès, mariage et naissance) était à 22 %. Un mois après notre installation, nous avons atteint les 100%. Actuellement, le citoyen ne dépasse pas trois minutes pour retirer un papier d’état civil. Aussi, le certificat de résidence et le papier de vente des véhicules sont maintenant délivrés au niveau de l’antenne communale, contrairement aux années passées. Cela a permis d’alléger le service d’état civil du chef-lieu de la commune. Par ailleurs, nous avons inscrit un projet de réalisation de deux antennes administratives à Amaâdan et à Taourirt Larbaâ, ce qui porte le nombre d’antennes municipales, au niveau de notre commune, à quatre.

Quels sont les efforts que vous avez fournis pour préserver l’environnement de votrecommune et améliorer le cadre de vie de vos concitoyens ?

Nous avons beaucoup investi pour améliorer le cadre de vie de nos concitoyens. D’ailleurs, juste après notre installation, nous avons entamé une grande opération de nettoyage à travers le territoire de la commune, où nous avons rempli plus de 700  bennes de camions d’ordures ménagères, de détritus et autres objets hétéroclites. Actuellement, nous mobilisons, chaque jour, trois bennes tasseuses, deux tracteurs et un camion pour la collecte des ordures ménagères, qui se fait quotidiennement dans certaines localités à forte concentration démographique, contrairement aux années précédentes. Nous avons acquis 1 000 bacs pour la collecte des ordures ménagères, que nous avons distribués dans les villages et nous avons affecté un éboueur au niveau de chaque quartier. Chaque jour, nous collectons 2 mille tonnes d’ordures, ce qui est énorme. Et d’après les échos qui nous parviennent des citoyens, nous avons quand même pu améliorer l’image de la commune. Je dois dire que ce grand ménage n’était pas possible sans l’aide des équipes de Blanche Algérie, que je remercie vivement au passage. Puisque nous parlons de l’environnement, je vous informe que nous avons consacré 150 millions pour aménager le jardin public d’Ibourassene. Nous y avons installé des jeux pour enfants, l’éclairage public, l’eau, réalisé un siège pour l’association locale de pétanque et planté des arbres. Actuellement, cet endroit est devenu un lieu de loisir  visité par des familles. Aussi, nous sommes en train de réaliser un espace vert et une aire de jeu au niveau de la cité des 150 logements.

Parlons maintenant de l’habitat. Quels sont les projets dont a bénéficiés l’APC de Oued Ghir ?

Nous avons un programme de 600 logements de type LPL, destiné aux personnes dont le revenu ne dépasse pas les 24 000 DA. Une centaine de logements est prête et sera distribuée très prochainement. À cela s’ajoute un quota de 130 logements entrant dans le cadre de la résorption de l’habitat précaire. Ces logements RHP sont destinés au recasement des habitants des quartiers la SAS et Tiberakine. En outre, il y a 233 logements LPA, qui sont déjà lancés au chef-lieu communal. Je pense que l’attribution de ces logements diminuera un peu la crise du logement dans notre commune. Je promis à la population de veiller personnellement à ce que ces logements soient distribués à des familles qui méritent. J’ai fait moi-même une enquête préliminaire avec le président de la commission sociale, où nous avons visité des familles pour constater de visu la situation dans lesquelles elles vivent. Par exemple, j’ai trouvé une famille de 11 personnes qui occupe une habitation de 15m2. Voici une famille qui mérite un logement.

À côté de ces logements, il y a la prolifération des promotions immobilières sur le territoire de la commune auxquelles vous avez refusé d’accorder des permis de construire… 

Effectivement, ces promotions immobilières posent un grand problème pour notre  commune qui est rurale et à vocation agricole. Ces promoteurs achètent des assiettes foncières de 2000 m2 avec des prix insignifiants pour y construire des promotions de 300 ou 200 logts, sans prévoir aucune aire de jeu, parking, espace vert et autres commodités. J’ai déjà reçu, dans mon bureau, des habitants d’une nouvelle promotion immobilière qui sont venus, quelques temps après leur installation, me demander la collecte des ordures ménagères, la réalisation de l’éclairage public, des dos d’ânes… etc. Or que l’APC n’en a pas les moyens pour prendre en charge les doléances de ces nouveaux habitants. Il y a une pression énorme sur moi de la part de ces promoteurs, qui se sont plaint au wali et aux différents ministères, suite à mon refus de leur accorder des permis de construire. Je souligne dans ce sens que le mouvement associatif local a affiché son opposition à la réalisation de ces promotions immobilières. Actuellement, je n’ai délivré aucun permis de construire pour ces promoteurs (une dizaine) qui veulent transformer notre commune en cité dortoir. Bien entendu, je ne suis pas contre ces gens-là mais l’Etat doit revoir leur cahier de charge.

Au plan économique, est-ce qu’il y a des opportunités d’investissement dans votre commune ?

Oui, il y a beaucoup d’investisseurs qui nous ont sollicités pour leur disposer des assiettes foncières. Parmi eux, il y a un investisseur de grande taille qui demande un terrain de 20 hectares pour créer des unités de fabrication, notamment en agroalimentaire, qui peuvent générer jusqu’à 1 000 postes d’emploi. Il y a d’autres investisseurs qui demandent 10 000 ou 5000 m2 pour implanter des unités de production, ce qui va créer plusieurs postes d’emploi et renflouer les caisses de l’APC par les recettes de la fiscalité. C’est pourquoi, nous réclamons vivement la réalisation d’une zone d’activité digne de ce nom dans notre commune. Actuellement, nous dépendons financièrement des subventions étatiques (PCD, sectoriel, FCCL et BW). Cependant, avec l’installation des investisseurs dans notre commune, nous pouvons accéder à une autonomie financière, ce qui nous permettra d’inscrire des projets d’intérêt public au profit de notre population.

Aujourd’hui, la majorité de la population remette en cause le travail effectué par les services du cadastre. Qu’avez vous fait pour remédier à cette situation qui a engendré des conflits entre familles ?

Malheureusement, les services du cadastre ont commis un crime dans notre commune. Beaucoup de terrains ont été cadastrés sous la mention « inconnu » ou attribués à d’autres propriétaires, ce qui a fait que des familles recourent à la justice pour restituer leurs biens confisqués par d’autres. Personnellement, j’ai saisi officiellement le wali pour désigner un géomètre en vue d’étudier les cas soulevés par des propriétaires terriens et essayer de régler ces problèmes à l’amiable. J’attends toujours la réponse du wali.

Le manque d’eau persiste dans certaines localités. Pourquoi ?

Une meilleure distribution de l’eau potable vers ces localités est subordonnée à la rénovation du réseau d’AEP, qui souffre actuellement de vétusté de dégradation et de colmatage chronique. Mais, Dieu merci, la commune a bénéficié dans le cadre d’un programme sectoriel, de 20 milliards pour refaire ce réseau et 30 autres milliards pour réaliser neuf châteaux d’eau. Je pense qu’une fois ces projets concrétisés, le problème de la pénurie d’eau ne se posera pas au niveau de notre commune, à condition, bien sûr, de la mise en place d’une gestion adéquate par les services de l’ADE.

Qu’est ce que vous avez fait pour s’occuper de la jeunesse ?

D’abord, l’APC a aidé financièrement les clubs sportifs de la commune, à savoir l’ASOG et le CRM qui vient d’accéder à un palier supérieur. Je félicite, au passage, les dirigeants du CR Mellala pour cette accession et je promis de soutenir l’ASOG pour qu’elle puisse réaliser le même succès l’année prochaine. Concernant la réalisation d’infrastructures sportives, nous avons demandé à la DJS la dotation du stade communal d’une pelouse en gaz synthétique, de tribune et la réalisation d’une piscine de 25 m. Aussi, nous venons d’inaugurer un stade de proximité au village Ibachirene et nous avons inscrit deux autres au niveau des localités Taourirt Larbaâ et Amaâdan.

 

Vous avez eu du mal à faire passer le BP de l’année 2014, suite à une opposition de certains élus, qui vous accusent d’ailleurs de gérer les affaires  de l’APC d’une manière unilatérale…

J’ai été élu à la tête de l’APC, suite à une alliance contractée avec d’autres formations politiques, conformément au code communal. Ensuite, nous avons réparti les postes de l’exécutif suivant cette alliance. Des élus d’un autre parti, qui a eu la majorité des sièges, n’ont pas apprécié cela. Ils demandent à ce qu’ils soient intégrés dans l’exécutif, mais il y a une alliance que je ne peux pas enfreindre. Du coup, ils se sont mis à l’écart eux-mêmes. Je n’ai marginalisé personne. Je les appelle à la sagesse et à venir contribuer à la gestion de la commune. Ils peuvent servir comme délégués communaux ou comme présidents dans des commissions permanentes. En tout cas, nous sommes en train de négocier avec eux pour trouver un consensus qui arrangera les deux parties. Une chose est sûre, il ne m’est pas permis de sacrifier ceux qui ont fait alliance avec moi pour m’élire à la tête de l’APC. C’est de la trahison. J’appelle ces élus à mettre l’intérêt de la collectivité au-dessus de leur casquette politique.

Entretien réalisé  par Boualem Slimani