Dans un entretien accordé à El Watan, la langue de Nouria Benghebrit n’a pas fourché.La nouvelle ministre de l’Education nationale affirme et assume son algérianité qu’elle oppose au combat « d’arrière-garde », lui reprochant ses prétendues origines juives, et de ne pas maîtriser la langue arabe.
«On n’est plus aux années 1970 ou 80, on est en 2014. Je suis une Algérienne, sans complexe », répond-elle aux vieux démons ayant été à l’origine du discrédit qui entache, aujourd’hui, l’école algérienne. Et à ce propos, la ministre charge la démarche qui consiste à se conformer à la théorie économique de l’offre et de la demande. « Avant, nous étions une minorité à avoir décroché le bac. Actuellement, il y a une moyenne de 40 à 45% d’élèves qui décrochent annuellement leur baccalauréat. Même la licence et le doctorat n’ont pas la valeur des années précédentes, selon cette logique. Durant de longues années, on s’était focalisé sur la certification. On a axé tous les efforts là-dessus et on s’est peu soucié de ce que représentait réellement cette certification », dira-t-elle. Pour y pallier, Benghebrit compte, entre autres, « mettre en place les dispositifs d’évaluation et d’observation. Une école qui n’est pas suivie et évaluée régulièrement et où il y a peu de recherche, ne peut jamais être une école performante. L’Institut national de recherche en éducation doit absolument retrouver sa place, d’où notre objectif de changer le statut de cet établissement de recherche. Pour évaluer la réforme et prendre les décisions nécessaires, il faut que nous disposions d’enquêtes et de recherches. Dans ce domaine, le secteur était fermé si je prends ma casquette d’avant. Il faut aussi réactiver les appareils d’analyse des résultats des examens pour disposer d’outils de pilotage du réajustement tant recherché ». À propos de Tamazight, et à son niveau de responsabilité la ministre va au-delà des acquis symboliques. Elle affirme qu’il y a « un travail qui se fait sur l’académie de Tamazight. Cette académie est fondamentale, si on veut avancer dans la normalisation ». Le caractère facultatif de l’enseignement de Tamazight est une réflexion que la ministre compte lancer. Cela étant, elle estime : « Eu égard à son statut, aujourd’hui, de langue nationale, il faut qu’elle se positionne. Et pour se positionner, il faut que son enseignement soit obligatoire ». «Positionner » est, en fait, le mot clé impliquant directement la politique linguistique envisagée par l’Etat. Jusque-là l’Etat algérien n’accorde à Tamazight que le statut de langue nationale, sans pour autant s’occuper sérieusement de l’aménagement de son corpus et, encore moins, la déclarer langue officielle.
S. O. A.

