Tamghrat prend place près de moi et me salue. Elle dépose son énorme couffin, son parapluie, ajuste son siège, serre son sac à main contre sa poitrine et se lance dans un monologue sans fin. Le bus s’ébranle, un film vidéo est projeté. Gene Hackman exhorte ses G’IS, Tamghart se tourne vers moi. Idamen n chuhada… Notre maison était Axxam n refuge… Les français l’ont brûlée et depuis Nezdagh di la cité. Le G’IS donnent l’assaut à la lisière de la jungle. Acu l’guirra akki ? tu vois mon fils, j’ai vu hier la tombe de mon frère di lamnam rebbi. Il y avait des serpents tout autour. Izmawen, ce sont tous ces traîtres et ces viles personnes qui nous mènent la vie dure. Ur nessaï l’houkouma, ur nessaï caâb ! Tamaghart rit plus fort que Gène Hackman… Sufaghniyi Tmanya Imlaynen lizimpô…Je vais voir mon avocat à Alger. Je lui ai déjà donné quatre millions et il n’a rien fait. Il va m’entendre aujourd’hui ! Ammi di ledzaïr itxadmad ? Tamghart serre son sac de skaï contre sa poitrine. Le sourire de Gene Hackman se fige sur l’écran. Une complainte kabyle l’efface. Tamghart soupire et se tait. Le violon de Mohammed Mokhtari adoucirait un roc.
Tayeb Bouamar
