12e anniversaire de la création de la Dépêche de Kabylie – Au cœur d'un paysage médiatique diapré

Par Amar Naït Messaoud

La Dépêche de Kabylie célèbre, aujourd’hui, le 12e anniversaire de sa création en tant que journal de la Kabylie et de l’Algérie, se donnant pour mission de rendre compte de l’actualité de la région, particulièrement dans son volet de proximité et de fixer le lecteur sur les grands axes de l’actualité du pays. La naissance d’un organe se donnant un titre qui fait référence à une région ne fait pas partie des traditions bien ancrées dans le paysage médiatique du pays, hormis la période coloniale où les objectifs n’étaient pas les mêmes que ceux d’aujourd’hui. La centralisation excessive de toutes les structures de la République a induit une politique et une culture ambiante empreintes de jacobinisme de bas étage, faisant que tout devait se décider du centre, d’en haut et de la capitale. En dehors de ce cercle infernal animé par la pensée unique de l’époque, point de salut. Le 14 juin 2001, ce fut le premier anniversaire de la grande marche organisée par le mouvement citoyen de Kabylie sur Alger. Une marche, tout en ayant drainé plus d’un million de marcheurs, s’est terminée d’une façon dramatique par la faute d’une gestion catastrophique des services de sécurité. C’est ce premier anniversaire que choisit un groupe de journalistes pour fonder la Dépêche de Kabylie. Le Printemps noir de 2001, qui a vu plus d’une centaine de jeunes de la Kabylie fauchés dans des émeutes qui avaient opposé les populations aux gendarmes, avait cristallisé l’attention sur cette région d’Algérie qui, dans un pays qui avait inauguré le pluralisme politique et médiatique onze ans auparavant, voulait faire valoir ses spécificités et sa force d’entraînement, et faire recouvrer son identité entière au pays. Notre journal était donc, au cours de ces premières années, complètement immergé dans cette atmosphère du mouvement citoyen, auquel il avait réservé un traitement particulier (informations, communiqués, tribunes, commentaires,…). L’évolution de la scène nationale, sur les plans politique, économique, social et culturel a contribuer à enrichir et diversifier le contenu du journal. Ce dernier se mettra à l’écoute de la population, des villages, des associations, des élus, des artistes, des sportifs, des écrivains, et de tous ceux qui, peu ou prou, font l’actualité de chaque jour et animent le champ social. Lorsqu’on se replace dans le contexte de juin 2002, il n’était pas évident d’imaginer un journal régional pour la Kabylie. Les repères culturels, professionnels et politiques, dans la confusion qui fut la leur, ne militaient que très peu pour ce genre de projet. Malgré toutes les imperfections dues à plusieurs facteurs générés par une Algérie qui veut se reconstruire et une autre Algérie qui s’échine à faire des pas en arrière, le parcours du journal a été des plus exaltants. En lisant des informations apparemment anodines relatives à leurs villages et bourgades, les citoyens de la Kabylie, et même de la périphérie immédiate de cette région, se sentent « réhabilités » dans leur sentiment d’appartenance à une communauté solidaire, susceptible d’écouter le cri de leur plainte et la voix leurs doléances. A une autre échelle, la diaspora kabyle d’Europe et d’Amérique a trouvé dans notre journal, via l’Internet, un incontestable lieu d’immersion culturelle qui la fait rapprocher de la mère-patrie. Les réactions faites aux articles du journal sur la Toile et la reprise de certains autres sur des sites communautaires, culturels ou personnels, en sont la parfaite illustration. Des dizaines de correspondants et rédacteurs ont pu, dans la difficulté et même face à une redoutable adversité mettre chaque jour entre les mains du lecteur un journal proche de leurs préoccupations. Ce n’est pas du tout un miracle ; le mérite revient aux efforts continus et au dévouement de cette équipe. Une équipe qui a évolué au fil du temps. Certains éléments ont connu d’autres aventures intellectuelles et professionnelles, d’autres continuent à servir encore le journal. L’évolution actuelle du paysage médiatique national, avec la diversité de ses supports techniques (radio, TV, Internet, une centaine de quotidiens-papiers), commande assurément d’avoir un nouveau regard. Il s’agit de s’adapter et d’adapter le contenu du journal aux attentes des lecteurs. Le colloque sur Tamazight dans les médias, organisé la semaine passé à Azazga, a conforté l’option de la Dépêche de Kabylie d’inaugurer, il y a six ans, l’information écrite dans cette langue. Pour l’instant, le projet s’est limité à des pages hebdomadaires. C’est là une entreprise qui est loin d’être de tout repos, n’étant rendue possible que par la foi, le dévouement et l’engagement d’une équipe qui a bravé la difficulté et l’ « utopie ». L’entreprise a même fait des émules, et c’est tant mieux. Vingt-quatre ans après la fameuse loi sur l’information qui avait établi, en avril 1990, le pluralisme dans la presse écrite, le débat semble prendre un peu plus de maturité et s’engager sur des questions d’avenir. C’est ainsi que, avec le nouveau ministre de la Communication, Hamid Grine, les esquisses de débats, qui n’ont jamais eu de prolongement sur le terrain, portant sur la déontologie, le distribution de la publicité la professionnalisation de la presse et la formation des journalistes, connaissent une nouvelle fraîcheur. Le nouveau ministre parle d’un « cercle vertueux » de l’éthique permettant d’instaurer une presse professionnelle. Avec l’introduction des nouvelles technologies de l’information et de la communication, l’évolution vertigineuse des besoins de la jeunesse en matière de culture, de spectacles et d’information, et le besoin pressant de se recentrer sur les éléments identitaires constitutifs de notre authenticité la presse en général, avec elle notre journal, se trouve au carrefour des grands choix et au bivouac de nouvelles aventures.

A. N. M.